Rock en Seine 2019, jour 3 : La Chica, Cannibale, Two Doors Cinema Club, Sam Fender, The Murder Capital, Royal Blood, Foals, Aphex Twin

 

Les journées à Rock en Seine se suivent et ne se ressemblent pas. Au vide intersidéral de la programmation du samedi succède ainsi un dimanche pendant lequel on voudrait tout voir. Tout en sachant que ça ne va pas être possible. Pas cool.

Cette fois c’est ma fille (arrachée à sa prépa PACES) et sa meilleure amie qui nous accompagnent. Leur objectif principal : Royal Blood et Foals. J’ajoute The Murder capital et Deerhunter, avec une pensée pour mon ami Cyril (aka The Weller sur MySpace, où nous nous sommes rencontrés il y a plus de 10 ans de cela), qui me les avait fait découvrir en m’emmenant à leur Maroquinerie en 2010.

Je me dis que 4 concerts, ça va, qu’on devrait y arriver.

Miraculeusement, nous sommes en place dès 14h pour le concert de La Chica sur la Scène des 4 vents, qu’on m’a conseillé d’aller voir.

La jeune femme, en short de boxeuse et brassière de sport, longs cheveux noirs tressés et tatouages multiples, est seule sur scène avec son sampleur et son musicien au synthé. Pleine d’énergie, elle danse beaucoup et chante en anglais ou en espagnol. Entre deux titres, elle explique qu’elle est moitié française (elle a grandi à Paris, à Belleville) et moitié vénézuélienne, et dédicace un morceau à sa famille restée en Amérique du Sud, qui vit dans des conditions très différentes. Elle le dit très simplement, sans misérabilisme, tout en faisant passer un message clair ; et ça nous plaît !

Entre ça, son sourire, sa jolie voix et sa pêche de belle (et pas seulement physique) nana décidée, c’est vraiment une jolie découverte pour ce début de dimanche, et notre premier concert sur cette toute nouvelle scène.

On nous a aussi vendu Cannibale, qui inaugure le dimanche sur la Grande Scène, alors nous nous exécutons volontiers. On y découvre un groupe de 5 quarantenaires qui envoient niveau musique, ce qui est plus qu’agréable après la terrifiante journée du samedi.

Ça fait du bien de revoir de belles guitares, si belles qu’on aurait presque envie de pardonner les interventions le plus souvent affligeantes du chanteur (« est-ce que vous aimez la nourriture ? »), même s’il parvient parfois à nous attendrir (« et les lapins moches ? vous aimez les lapins moches des années 70 ? »).

Vous l’avez compris, les membres de Cannibale sont français, ce qui ne les empêche pas de jouer du bon vieux rock psychédélique qui se situe quelque part entre les Doors et Tame Impala, avec un soupçon de Pink Floyd. Ils ont de vrais bons titres, mélodieux, qui racontent des histoires et sont un peu barrés à la fois. Décidément, cette 3ème journée commence pas mal du tout.

On devrait aller voir les Mini Mansions (Cascade) ou Le Villejuif Underground (4 vents), mais le programme est déjà bien chargé alors on s’offre une pause avec les amis, auprès de notre fameux 5ème arbre, devenu depuis l’an passé le 2ème arbre après les barrières de la zone UP (coucou les gens qui ont payé 209€ leur pass 3 jours ^^).

Toujours sur la Grande Scène, ce sont les Two Doors Cinema Club qui ont à présent pour mission de nous faire danser. C’est leur 3ème apparition à Rock en Seine, où nous les avons d’abord vus tous jeunes à la Cascade en 2010, puis déjà sur la Grande scène en 2016.

Même si on se demande comment le chanteur a eu l’idée du col roulé et du costume alors qu’il fait plus de 30 degrés, on s’est déhanchés avec un plaisir toujours renouvelé sur leur pop lumineuse qui nous donne envie de faire des chorées entre copines.

Nous repartons ensuite pour la Cascade avec l’idée de découvrir la toute nouvelle coqueluche brit pop : Sam Fender.

Mais en chemin, on traînasse un peu trop : pause pipi, pause thé glacé pour les uns et bière pour les autres, et surtout pause mirabelles, dont il faut faire un peu la pub car inexplicablement, depuis qu’ils sont présent sur le festival, c’est la première fois qu’on s’arrête sur ce stand. Et ça en vaut la peine ! Les mirabelles de Lorraine sont offertes en vrac dans un joli panier à disposition sur le comptoir, ou disponibles dans un petit pot en carton pour 1€ seulement, et elles sont délicieuses !

On arrive finalement pour le dernier titre (qui nous fait un peu penser à Bruce Springsteen, peut-être à cause des cuivres), juste le temps de se rendre compte que le tout jeune homme (25 ans seulement) aurait vraiment mérité qu’on en entende davantage. Désolée garçon, mais au moins on sait qu’il y a vraiment quelque chose derrière ton nom  – après tout, c’est le but.

nb : Sam Fender revient à Paris le 15 novembre 2019 (la Maroquinerie)

C’est à présent le moment qu’on attend, le live de The Murder Capital, le groupe irlandais que l’ami photographe Mauro nous avait exhorté à aller écouter à la Boule Noire en avril et qu’on avait lamentablement zappé (c’était un lundi soir de retour de vacances). Inutile de dire à quel point je l’ai regretté ensuite, en regardant les vidéos d’Indigilles, et notamment celle de la chanson « On Twisted Ground« , dédié à un de leur ami suicidé en février, bouleversante (j’ai pleuré).

Depuis cet impardonnable loupé, je me gave donc de leurs clips (en particulier Green & Blue  – cette batterie ! cette guitare !!!), de leurs titres à dispo (Feeling Fade en boucle) ou encore de leurs sessions live (quelle claque punk géniale que ce More is less, j’y entends même un peu de mes BLACKPOOL), n’attendant qu’une chose : foncer les voir en live, dès que l’occasion se (re)présentera.

L’occasion, la voilà : Rock en Seine.

Malgré ce soleil idiot, cette heure ridicule (17:50) et cette scène Firestone minable, le degré d’excitation est tel que j’y suis 20 minutes avant le début du concert. Il faut alors patienter, et je m’assieds contre la barrière en attendant que le temps s’accélère, tâchant de me protéger d’un astre éclatant parfaitement déplacé : s’imagine-t’on tripper sur Joy Division en été à l’heure du goûter ? Car c’est bien au groupe de Manchester que l’on pense en les voyant jouer. Et d’ailleurs James McGovern, le chanteur, avec son physique, son charisme et l’urgence qu’il semble mettre dans chacun de ses gestes, a d’indéniables points communs avec Ian Curtis.

Invraisemblablement habité, sa densité est incandescente, ce qui fascine d’une façon presque malsaine, comme s’il fallait en profiter avant qu’il ne se crashe en vol. Ses acolytes ne sont pas en reste et posent crânement tant qu’ils peuvent, en bons lads irlandais qu’ils sont, loin, très loin de la jeunesse dorée des gamins de l’ouest parisien qui les auront peut-être vus en ce dimanche et avec qui ils font très probablement le grand écart en termes d’expérience de vie. Les sensations se bousculent dans tous les sens, affolant le cerveau et surtout le coeur : on les dirait en colère et désespérés mais à la fois hyper positifs, volontaires en tout cas, prêts à tout pour vivre à s’en consumer. Et conjurer le sort. Wah. N’est-ce pas cette capacité à vibrer en oubliant tout le reste que l’on recherche incessamment, en musique ?

Certains détesteraient leurs attitudes théâtrales, et pourtant on sent que tout est vrai dans l’intensité de ces tous jeunes adultes (la vingtaine), et que derrière ce jeu-là, celui de la scène qui est leur terrain, leur défi est celui de l’honnêteté. Au-delà de leurs postures jouissivement insolentes de mauvais garçons, ils ne cachent d’ailleurs pas l’émotion à fleur de peau qui peut, très visiblement, les submerger à tout moment. Ils font aussi partie des musiciens généreux qui donnent tout sur scène, et même si le son de celle-ci ne leur rend décidément pas honneur (la voix surtout, depuis mon 1er rang ; mais allez jeter une oreille à ce live : https://www.youtube.com/watch?v=u_VWD87JZzM), c’est un bonheur d’en prendre plein les yeux et les oreilles avec ces parties de batteries hypnotiques et ces guitares débridées.

Du reste on n’a pas qu’un coup de coeur pour le leader, mais bien pour chacun des musiciens, pour lesquels le nom de « groupe » n’est pas galvaudé (« these are my best friends »). Mention spéciale pour le jeu de batterie, impressionnant, et le bassiste, aux yeux bleus perçants, un super showman.

Démonstratifs entre eux (le décès de leur ami est encore très frais, alors les bons gros « hugs » du chanteur avec le bassiste ne sont pas rares), ils le sont aussi avec leur public avec lequel ils essayent de communiquer malgré l’obstacle linguistique (« on m’a dit que j’avais parlé trop vite la dernière fois, je vais essayer de faire plus lentement »), allant à son contact à plusieurs reprises, s’asseyant sur la barrière pour mieux la briser, n’hésitant pas à slammer (et comme j’ai adoré son attention, alors qu’il allait partir d’un côté où la gent féminine était majoritaire avant de repartir sur sa droite avec une bonne concentration de gros costaud prêts à le porter davantage).

Sur les titres les plus agités, impossibles à filmer évidemment, c’est de la folie furieuse avec des pogos débridés qui rappellent la grosse ambiance du concert d’Idles l’an passé. Du rock enfin à Rock en Seine, Hallelujah !!

Enfin, les titres sont bons. Très bons. Et comme l’album est sorti, je confirme qu’il faut se ruer dessus. En physique, svp : la supériorité du son du CD dans de bonnes enceintes Triangle sur le son de Youtube est plus que jamais indubitable avec ce disque.

nb : si vous êtes passés à côté comme moi en avril dernier, c’est votre chance car ils sont en tournée en France : Tourcoing – 28 octobre 2019 / Cenon – 31 octobre 2019 / Toulouse – 1 novembre 2019 / Nîmes – 2 novembre 2019 / Paris (Nouveau Casino) – 6 novembre 2019 / Nancy – 8 novembre 2019 /  Belfort – 9 novembre 2019. Inutile de préciser qu’il y a environ 100% de chances que j’y sois !

C’est une réelle gageure de se remettre d’un concert pareil et d’enchaîner comme si de rien n’était. Nonobstant l’affiche suivante que j’attendais pourtant énormément, je n’arrive pas à partir, pas à zapper. Le besoin d’une sorte de sas de décompression est irrépressible. Je me retrouve ainsi complètement incapable de me décider à m’investir émotionnellement dans le concert de Deerhunter qui a déjà démarré sur la Cascade.

Alors on va se chercher un panier de produits de qualité à partager (fromages, charcuteries, pain frais et fruits), et comme ma fille et son amie veulent être le plus devant possible pour Royal Blood, j’abandonne les talentueux Deerhunter après une rapide photo, espérant qu’ils seront programmés à Paris bientôt (c’est le cas : 12 novembre au Trabendo), avec la tristesse de passer à côté de l’une des meilleures prestation de cette édition.

Franchement, on se demande si Royal Blood, découverts sur la chouette scène disparue de Pression Live en 2014, ne sera pas englouti par la taille démesurée de notre Grande Scène. Alors que les filles sont parties danser tout devant, le recul de notre 5ème arbre nous permet de savourer la performance.

Certes, les morceaux sont un peu répétitifs et seul le frontman est en capacité de faire un peu le show. Mais on ne peut qu’admirer le rendu du band anglais alors qu’ils ne jouent qu’avec deux instruments : une basse et une batterie. Même s’il triche un peu (Mike Kerr a deux pédales, dont l’une est réservée pour son qui ressemble davantage à celui d’une guitare), le groupe reste très impressionnant et ravit les fans de rythmique dont je suis.

Au menu, headbanging et mélodies moins binaires et vraiment dansantes, mais pas de clavier, qui refuse obstinément de fonctionner (« say goodbye to the keybord ! »). C’est très drôle en fait, comme un message adressé à ceux qui auraient la mauvaise idée de vouloir nous faire du Coldplay alors qu’on les attend ailleurs 😀 Un très bon set en tout cas. Même si on a du mal à comprendre pourquoi il aura duré 1h15 sur la Grande Scène alors que Foals n’a droit qu’à la Cascade et 1 seule petite heure, dont on sait déjà qu’elle sera bien trop courte.

Il faut partir avant le dernier titre, car justement, c’est Foals va commencer de l’autre côté du Festival. Le moment de se rendre compte qu’on aura quasiment fait que des allers-retours entre ces deux scènes pendant ces trois jours, et d’avoir encore une pensée pour notre chère Pression Live / Bosquet qui permettait de casser un peu le rythme et de profiter davantage du cadre naturel formidable du Parc National de Saint Cloud.

Comme on a vraiment foncé, on se place plutôt pas mal, même si on reste très excentré. De là, on a pris un plaisir phénoménal sur le set carrément fantastique de Yannis Philippakis et sa bande.

Après trois jours de concerts non-stop, les voir permet de se rendre compte à quel point le groupe est au-dessus de la mêlée. Ils savent absolument tout faire : de belles envolées trippantes, des morceaux pop hyper dansants, d’autres plus lourds à headbanging, du lent, du speed, du crescendo, quelle claque vraiment, et quelle joie ! A force d’albums, le potentiel de leurs set-lists est désormais exceptionnel, et le cocktail scénique est explosif. La richesse de ce que Foals nous offre remporte tous les suffrages et fait l’unanimité parmi mes amis festivaliers.

A regarder le public, c’est sans conteste le concert sur lequel il s’amuse le plus aujourd’hui, d’autant que Yannis est très en voix ce soir et semble toujours prendre autant de plaisir à jouer, sauter dans tous les sens et venir à la rencontre des festivaliers. Et chez les musiciens, qu’est-ce que ça joue bien ! Les riffs de guitare nous emportent loin et les sourires sont sur tous les visages. LE concert du jour !

Si on n’avait pas autant envie de tester Aphex Twin en live, on serait volontiers repartis sur cette géniale performance. Mais le champion de l’électro est bien trop rare sur scène pour ne pas tenter le coup.

Je ne connais pas très bien Aphex twin, mais alors que je traînais à la Fnac, j’avais été séduite par un disque diffusé dans le magasin. J’en avais gardé le souvenir de morceaux, je veux dire de vrais morceaux, brillants, qui m’avaient totalement accrochée. Or ce soir, pour clôturer ce Rock en Seine 2019, impossible définir le truc. Visuellement, l’expérience est assez dingue, avec des images de visages construites et déconstruites, difficiles à décrire. Mais que dire des sons sinon qu’on n’y comprend pas grand-chose. C’est une frustration indéfinissable, d’être devant ce petit génie de l’électro sans en avoir les clés, en comprendre les codes. Et sans aimer, d’être suffisamment captivés pour rester scotchés là.

Mais peut-être que c’était dur de dire au revoir, aussi…

A ciao Rock en Seine, on pourra te pardonner beaucoup pour The Cure et cette superbe journée de clôture. Mais vraiment, prends bien soin de toi. On t’aime trop pour avoir envie de te perdre…

Photos et vidéos (c) Isatagada
Playlist vidéo du dimanche sur mon Youtube : cliquez ICI
Lire aussi sur le blog :
  • le compte-rendu du jour 1 (Alice Merton, Balthazar, Jeanne Added, Johnny Marr, The Cure) : ICI
  • le compte rendu du jour 2 (Girl in red, Jorja Smith, Polo n Pan, Jungle et … Kompromat du jour 1) : LA

2 réflexions sur “Rock en Seine 2019, jour 3 : La Chica, Cannibale, Two Doors Cinema Club, Sam Fender, The Murder Capital, Royal Blood, Foals, Aphex Twin

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