Inhaler @ le Trabendo | 21.04.2022

Songeant au fait qu’Inhaler avait été mon dernier concert avant la pandémie, l’émotion survint. D’autres raisons participaient sans doute de cet émoi : la jeunesse des dublinois (20 ans à l’époque, 22 ans aujourd’hui), la filiation à laquelle chacun prétend ne pas penser, l’esprit de fête qui régnait avant même le début du concert (merci la première partie, merci la playlist d’attente et The Strokes, Arctic Monkeys, The Killers surtout)…

Tout fan de musique qui se respecte sait qu’il court après cette sensation : la joie qui remplit, l’oubli de tout le reste, l’envie de danser, de chanter à tue-tête avec une salle entière. Ce sentiment d’être porté, transporté. Ailleurs.

Lâcher prise, enfin. Se libérer du poids de tant de choses. L’impuissance. La culpabilité. La souffrance de tous ces gens de par le monde. Les traces de 2 ans d’une pandémie qui n’en finit plus. La guerre en Ukraine qui tord le ventre. L’urgence climatique dramatique. Les élections dont l’issue n’apportera aucun des changements nécessaires.

Ce concert d’Inhaler, c’était retrouver la force et paradoxalement, la légèreté, se nourrir de la puissance des générations nouvelles, celles qui ont 20 ans et qui ont encore le monde à leurs pieds, la vie devant eux, l’avenir malgré tout, l’espoir chevillé au corps, l’infini des possibles en horizon. Ce concert, c’était salutaire.

Qu’il le veuille ou non, il y a, chez Elijah Hewson, ce que l’on pouvait ressentir avec son père dans les années 80, en s’époumonant sur Sunday Bloody Sunday (« I’m so sick of it ! ») à en exploser. Cette capacité à emporter, à faire gonfler la poitrine en entonnant des refrains de stades, cette volonté qui force l’admiration, cette façon crâne de se poser en amplificateur d’émotion, ce charisme si naturel qu’il en devient presque arrogant, et surtout, ce cœur qui transpire à l’évidence – le plus bel héritage qui soit.

Sur scène, le jeune irlandais réalise un sans faute. Sa voix est pleine et ample, tour à tour chaude ou haut-perchée, totalement maitrisée, vraiment très proche de celle de l’illustre paternel. Sa façon de se tenir debout jambes écartées, de rejeter la tête en arrière pour chanter à gorge déployée ou de faire monter la tension en démarrant un titre par un compte à rebours, en disent long : Elijah connait tous les trucs. Deux ans après la Maroquinerie, son attitude est plus assurée encore, plus rock-n-roll aussi. Alors qu’on avait pu lui reprocher de ne pas se lâcher davantage, le voilà désormais prolixe dans sa communication. Il n’hésite plus à parler entre les morceaux, évoque son dernier passage à Paris et le plaisir d’y jouer à nouveau, plaisante en faisant remarquer que sa moustache a eu le temps de pousser depuis, exhorte la salle, qui ne demandait que ça, à sauter et à chanter.

Elijah Hewson (Inhaler) @ le Trabendo (c) Isatagada 2022

Malgré l’absence de concerts pendant toute la période Covid, le lien avec le public s’est visiblement renforcé. La fosse obéit au quart de tour, devançant parfois ce qu’on attend d’elle. On dirait qu’une complicité, presque une sorte d’intimité, s’est installée. Depuis la sortie de l’album, les chansons sont devenues familières et beaucoup connaissent les paroles par cœur. Le groupe, en confiance, se lâche davantage. Même si le frontman se taille toujours la part du lion, le bassiste (Robert Keating, qui excelle aussi vocalement), échange presque physiquement avec les 1ers rangs, se rapprochant du bord de scène à de nombreuses reprises. De son côté, le guitariste (Josh Jenkinson), encore bien trop discret au regard de son talent, parait déterminé à ne plus être transparent (pas encore tout de suite, mais un jour). Tous, du batteur (Ryan McMahon) jusqu’au clavier, musicien de scène planqué hors des lights (mais à qui Elijah rendra hommage), affichent un niveau que pourraient leur envier beaucoup de leurs ainés. Il n’y a rien à redire, juste à admirer et profiter.

Du côté des morceaux, on ne compte plus les tubes en puissance et les mélodies entêtantes, n’en déplaise aux critiques qui ne manqueront pas d’assener qu’ils n’ont rien inventé. Alors que j’ai vu mourir tant de petits groupes que j’aimais tant et à qui ce talent faisait si cruellement défaut, certains ont même osé le terme de chansons « faciles ». Faciles, vraiment ? Allons donc, comme si les mélodistes courraient les rues !

Les influences ont beau être évidentes (Bloc Party, Editors, Arctic Monkeys, Radiohead, et j’en passe), à force d’écouter les chansons à s’en user les oreilles, ces impressions finissent pas s’évanouir pour laisser la place à la réalité du groupe, avec une incroyable série de titres définitivement estampillés Inhaler. Ce qui n’empêche pas, sur When It Breaks, de se dire qu’il suffirait de fermer les yeux pour voir Daniel Kessler faire l’amour avec sa guitare (ceux qui ont vu Interpol sur scène savent ce dont je parle). Mais qui oserait dire que Totally (d’inspiration U2) n’est pas un titre au refrain entêtant (« Why does it hurt me sooooooo much »), ou résisterait à l’envie de danser lascivement sur A Night On The Floor (en pensant à Alex Turner, forcément) avant de reprendre à son compte le « I fuckin’ hate that bitch » de l’excellent My King Will Be Kind ?

Depuis It Won’t Always Be Like This, jusqu’au toujours très plébiscité My Honest Face, les titres qu’on a décidément apprivoisés s’enchainent, nous laissant aussi exaltés que les adolescents d’hier. Un seul album, c’est court, alors une petite heure et puis s’en vont, laissant le Trabendo étourdi et heureux ; un peu orphelin aussi…

« We’ll be back! Tell your friends! Tell your family! » (Inhaler – My Honest Face @ le Trabendo | 21.04.2022)

La filiation peut ouvrir des portes, mais pour exister artistiquement, c’est loin d’être suffisant. Je l’ai déjà dit, et le redis encore : pour Inhaler, c’est seulement le début.

Rendez-vous à Rock en Seine le jeudi 26 août 2022.

Inhaler @ le Trabendo (c) Isatagada 2022

Set list : It won’t always be like this / We Have To Move On / Slide Out The Window / Ice Cream Sundae / When It Breaks / A Night On The Floor / Who’s Your Money On ? (Plastic House) / My King Will Be Kind / Totally / In My Sleep / Cheer Up Baby / My Honest Face.

Remerciements : Pour la jeune femme qui m’a fait de la place à la barrière, me laissant la possibilité de filmer l’intégralité du concert dans des conditions idéales >>> Tout est à revoir ICI
Mention spéciale : Pour SUN ROOM, la première partie venue de San Diego, Californie, qui a su chauffer la salle à la perfection.

Photos et vidéos (c) Isatagada 2022

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