Mansfield.tya @ le Trianon | 21.10.2021

Cela faisait des années que je n’avais pas vu Mansfield.tya en concert. De trop longues années. Si j’en crois ce blog, le dernier date de 2009, à Fresnes, avec Nosfell. Difficile de croire cela fait si longtemps ! Il faut pourtant en convenir : il m’aura fallu 2021 et Monument ordinaire pour retrouver mon enthousiasme, l’irrépressible envie de parler du groupe, la même excitation à la perspective de les voir.

En ce jeudi d’octobre, personne ne m’accompagne, mais ça m’est égal. Ça fait un bail que je me suis faite à l’idée d’aller seule en concert de temps à autre, d’autant que je finis toujours par y retrouver quelqu’un. Même à Paris, le milieu des musiques que j’aime est un petit milieu. On y retrouve les mêmes têtes, dont certains sont devenus des amis.

Ce soir-là ne fait pas exception à la règle, puisqu’au moment exact où j’arrive à l’entrée du Trianon, je tombe sur Ben, venu seul lui aussi. Il faut forcément aller trinquer au bar pour fêter ça, avant de nous faufiler jusqu’à la scène où nous sympathisons avec 2 jeunes femmes au moins aussi à fond que nous (j’espère que vous passerez par ici, c’était cool, vraiment).

Zaho de Sagazan © Isatagada 2021
Zaho de Sagazan © Isatagada 2021

La 1ère partie est l’occasion d’une 1ère scène pour Zaho de Sagazan, corps mal-aimé planqué sous des vêtements noirs, cheveux d’or sur coupe mulet et rouge à lèvres éclatant, voix de diva (naturelle et sans grandiloquence) sur musique électronique, « cher et tendre » (ce sont ses mots) à la batterie. Alors que les secondes qui précédent le début de sa performance nous inspirent, à Ben et à moi, la même réflexion (quel tract doit-on avoir dans ces moments-là !), le reste de sa prestation n’en finira pas de nous détromper. Zaho de Sagazan nous bluffe par sa présence scénique, sa voix impressionnante, sa façon d’occuper l’espace et sa gestuelle qui fait, parfois, penser à Catherine Ringer. En bref, un gros talent issu de la scène Nantaise à laquelle, avec ce choix, Mansfield.tya affirme sa fidélité.

Nous tuons le temps avec nos voisines en égrenant la carrière des Mansfield.tya, les side-projects de Julia, les prestas à Paris ou ailleurs. 2013 semble leur avoir fait forte impression, mais je suis passée à côté. Cette année là, pour moi, était celle Veto, In The Canopy, Artic Monkeys, Biolay, Foals, Prince Miiaou ou encore celle de mon rôle de jurée pour le Tremplin Gibus (José est mort cette année, j’ai encore du mal à réaliser).

Il est plus que temps de revoir Mansfield.tya.

Derrière le rideau rouge, les tentures blanches sont enfin en place et le concert peut commencer, sous des acclamations qui arrachent à Julia Delanoë un sourire immense. Ce sourire me fait totalement fondre. Quel sourire plus beau que ce sourire-là ? Quel cadeau.

Mansfield.tya – Julia Delanoë © Isatagada

Avant même la musique, dès le premier album et ce concert aux Primeurs de Massy, c’était la personnalité de ce duo qui s’affirmait exceptionnelle. Sa sincérité, sa complémentarité, sa passion, sa fragilité et sa force. Son éblouissante beauté. Des années plus tard, la pureté de la relation de ces deux là, dont l’alchimie ne peut que sauter aux yeux, reste intacte malgré (où grâce à) les expériences de vies qui sont passées par là. 16 ans depuis June, on n’ose imaginer les tumultes de cette mer qui les a portées jusqu’ici.

Quoi qu’il se soit passé, les regards entre Carla et Julia sont toujours là. Différents. Mais toujours aussi intenses.

Pourtant, les choses ont beaucoup changé depuis les premiers concerts. La fan base est désormais bien plus large, solide, et la relation la plus visible, la plus émouvante ce soir, est certainement celle que le groupe entretient avec le public présent au Trianon. On y sent un vécu commun, une intimité presque familiale, un bonheur des retrouvailles si grand qu’il me dépasse. Pincement au coeur ; léger. Grande joie pour elles, surtout, qui ont su développer cette histoire-là, de vérité et de fidélité, jusqu’à la création du label Warrior records, « queer, transféministe, anti-raciste, et résistant », en pleine crise Covid (lire le bel article de Manifesto-21.com).

Mansfield.tya – Carla Pallone © Isatagada

Ce n’est pas seulement le public qui s’est élargi. Car le dernier album fait la part belle aux collaborations : japonaise pour Soir après Soir, mais surtout française, avec la modernité d’Odezenne (Le couteau, Une danse de mauvais goût) et la légende hexagonale des Bérus (François aka Fanxoa ou encore Fanfan, auteur de Les filles mortes).

Alors, avec nos voisines de concert, les spéculations vont bon train : quelle belle surprise pourrait nous offrir cette date parisienne ? Odezenne ? François Béru ? Et pourquoi pas Vitalic ?

Ce sera le chanteur des Béruriers Noirs, figure emblématique de la scène punk d’une certaine jeunesse (celle qui « emmerde le Front National » – peut-on être né dans les années 70 et ne pas avoir chanté ça ? Ne pas avoir ressenti ça ?) qui nous fera le cadeau de sa présence. Parfait : Les filles mortes est l’un des meilleurs titres de l’album.

Tel Zorro sous son masque noir, notre justicier intemporel pourfendra l’air de son journal unique pour nous balancer son énergie communicative à la tronche. Moment simplement jubilatoire. Respect. Et merci !

Pour Monument Ordinaire, Carla Pallone disait sur France Inter : «  C’est vraiment Julia (Rebeka Warrior) qui a le plus écrit cet album, et il y a un côté plus frontal, plus explicite dans les mots. Là où on disait les choses de façon plus abstraite, dans ce disque, il n’y a plus de déguisements, ni de métaphores : on va à l’essentiel. On a eu la volonté d’être au plus proche des émotions, au dépend de la virtuosité, qui d’ailleurs n’a jamais été notre but.« 

Ce besoin d’aller à l’essentiel, sans concession, dépasse les textes. Alors que l’album a été marqué par la mort d’un proche, on dirait que le processus de deuil est partout, emportant même un peu du violon, nettement moins présent. Les machines, elles, ont pris davantage de place, avec un son plus électro que New wave, et des compos originales qui sont une réussite (A Forest, en revanche, reste intouchable). Se réinventer sans se perdre. Célébrer la vie.

Après une toute petite heure, le groupe se retire pour mieux revenir, et comme souvent, la salle se lâche encore un peu plus en fin de concert.

Nous avons droit à l’inoubliable Pour oublier je dors, titre désormais culte, le plus violent et à la fois, entre la voix angélique de Julia et le violon inspiré de Carla, possiblement le plus beau du groupe ; le plus marquant, sûrement, repris en coeur par une salle qui n’en manque pas une miette. C’est véritablement en cet instant qu’on se rend compte que le public ne fait plus qu’un avec le groupe : fut un temps, ce moment était accompagné d’un silence religieux. Aujourd’hui, la barrière a sauté et la salle revendique le morceau pour elle-même en chantant à l’unissons ces paroles inoubliables :

« J’ai défoncé ses dents, pour qu’on ne me retrouve pas« 

Et parce que le groupe ne déteste pas complètement le mélange des genres, Mansfield.tya laissera le Trianon enchanté et comblé avec Logic Coco et son amour « tropico » !

Mansfield.tya sera de nouveau en concert à Paris, à l’Olympia, le 1er novembre 2022.

Pour leur 20 ans.

On ne les a pas vus passer.

Mansfield.tya © Isatagada

Toutes les vidéos sont © Isatagada, avec une playlist 8 titres ICI.

Album photo complet sur le Flickr Isatagada

https://www.flickr.com/gp/isatagada/60nZ7H

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