Rock en Seine 2018 – Jour 3 : Ady Suleiman, HALO MAUD, Masrhou’ Leila, Otzeki, IDLES, Black Angels

On y est : troisième et dernier jour de notre édition 2018 de Rock en Seine. Et s’il a fait bien froid la veille (14 petits degrés le soir, qui auront fait sortir la peu bavarde Charlotte Gainsbourg de sa réserve : « Ça caille, non ? »), la température est bien plus clémente en ce dimanche.

Retour à l’ambiance estivale, on se détend, on profite de ce dernier goût de vacances et le cool est de mise avec Ady Suleiman sur la Grande Seine.

Vu qu’on en attend pas grand chose, on commence par le regarder de loin sans s’investir davantage.

Sauf que la voix de ce garçon, ses rythmes soul mâtinés de reggae et son sourire XXL finissent pas nous séduire tout à fait. A la fin, on est aux premiers rangs et on se dit qu’on irait bien volontiers le revoir un de ces quatre dans une salle un peu plus obscure.

Ça tombe bien : il sera le 13 octobre prochain au Pop Up du label.

 

De loin, on regarde The Regrettes en prenant le soleil sur des transats. Apercevant l’écran géant entre deux arbres, mon chéri n’est pas loin de me soupçonner de l’avoir retenu loin des rockeuses explosives et/ou flamboyantes (une blonde, une brune, une rousse). Mauvais choix en effet, on aurait mieux fait de profiter du concert de plus près, notamment lors de leur reprise de Killing in the name des Rage.

Fidèle depuis l’édition 2011 avec son projet Myra Lee, je constate amèrement que je ne suis pas la fan la plus hardcore de Maud Nadal puisque lorsque j’arrive devant la scène de l’Industrie 20 bonnes minutes avant le début du concert d’HALO MAUD, il y a déjà quelqu’un à la barrière. Ravalant ma fierté, je digère néanmoins ma déception avec l’honneur d’assister aux toutes dernières balances en VIP.

Signée par un label anglais, Maud représente tout ce que j’aime, moi qui aime si peu de femmes en musique. Sa voix est sublime, et tout ce qu’elle fait est subtil, délicat, magnifique, intelligent, onirique, inspiré, brillant. D’elle, je dirais volontiers qu’elle est touchée par la grâce.

Et puis Maud fait partie d’un cercle de musiciens aussi humbles et fidèles qu’ils sont talentueux, au premier rang desquels Olivier Marguerit (merci pour le sourire), que je soupçonnerais d’être un peu magicien (tant de qualités ne devraient raisonnablement pas se trouver réunies en un seul homme, ce n’est pas équitable). Sur scène, ils prennent visiblement du plaisir à jouer ensemble, et leur complicité, touchante de réserve et de sincérité, est belle à voir.

Las, au vu du peu de monde à l’Industrie, il faut croire ce type de découverte se prête assez peu au mode festival. Pourtant c’est bien à Rock en Seine (édition 2011) que je dois les projets de Maud Nadal, et pour ce que ça vaut, chaque occasion de les écouter est pour moi une source inépuisable de ravissement.

« Au revoir, à bientôt », assène la voix robotique qui clôture Des bras, son dernier morceau quasi surréaliste qui explose sur sa dernière partie.

Là encore, c’est bien joué : HALO MAUD sera en concert au Café de la Danse le 20 novembre. Quant à O – Olivier Marguerit, il sort un nouvel EP le 14 septembre (Vietnam Label / Because Music).

Pour le concert suivant, on écoute les conseils de notre ami Olivier Hoffschir en nous présentant devant la scène de la Cascade, qu’on aura beaucoup fréquentée cette année.

Les Mashrou’ Leila sont libanais, et aux dires de notre photographe officiel, « très engagé dans son propos, et a priori un des seuls groupes de cette envergure ouvertement gay de tout le monde arabe… ».

Pour ce qui est du propos, les vidéos projetées suffisent à l’universaliser, même sans connaitre un seul mot d’arabe. Champions des libertés individuelles et de thèmes plus tabous les uns que les autres, on mesure la portée de ce rock alternatif dans un moyen-orient qui n’est pas forcément toujours prêt pour ce genre de message, en témoigne leur récente interdiction en Egypte après un concert plus que controversé.

Au delà de l’évidente profondeur du projet, la musique, comme la prestation scénique, valent le déplacement. La modernité des synthés se mêle avec bonheur à l’authenticité plus classique d’un violon qui réunit tous les suffrages. Les musiciens, hyper investis, mettent le feu sur scène comme dans le public, que l’on soupçonne d’avoir été investi par quelques fans. L’ambiance est survoltée et tour à tour poignante ou, à l’opposé, 100% joyeuse, soulignée par le déhanché aguicheur du chanteur, Hamed Sinno.

On est conquis, c’est un vrai coup de coeur. Merci Olivier !

On enchaîne immédiatement avec Otzeki, pour un set électro radicalement différent.

Rien à voir avec un concert de The XX, malgré des sons qui leur font décidément écho et incitent à se balancer nonchalamment pour goûter pleinement le moment. Pour avoir fait les deux : on est spectateur des uns, alors qu’on est forcément entraîné dans la transe des autres.

Certes, il est censé s’agir d’un duo mais ce serait mentir que de dire qu’on parvient à s’arracher une minute à la fascination qu’exerce Mike Sharp, son leader, à la guitare et au micro.

C’est peut-être injuste pour le cousin Joel, mais il y a quelque chose d’ absolument hypnotisant chez ce garçon dont la maigreur, dans des vêtements trop grands pour lui, n’a d’égale que la densité du personnage.

Habité par sa musique et des rythmes lancinants qui participent à l’espèce de captation totale, le jeune anglais interpelle son public tant que vocalement que physiquement, jusqu’à disparaître au milieu des festivaliers en rampant.

Regard transperçant, urgence palpable, charisme affolant, avec un pareil champion, l’album d’Otzeki prend en live une dimension incroyable.

Exceptionnel.

Après cette mise en bouche de luxe, vient le concert que l’on attend certainement le plus sur cette édition de Rock en Seine : IDLES.

A l’écoute du titre Mother, on s’était carrément emballés en retrouvant des sonorités à la Ghinzu. C’est dire l’enthousiasme.

Premier constat : ça ne ressemble pas DU TOUT  à du Ghinzu. Dans l’esprit, ce serait plus dans la veine Slaves, Royal Blood ou Parquet Courts. Du punk donc. Mais en plus excité, en plus fou, un peu comme si chaque membre du groupe était trois ou quatre fois son propre personnage.

En fait les IDLES sont déchaînés, déjantés, sauvages, incontrôlables. Quand ils n’arpentent pas la scène tels des lions en cage, ils se jettent par terre, courent d’un bout à l’autre des crashs, sautillent sur place, brandissent leurs guitares, font tournoyer leur micro ou slament sur la foule.

IDLES @ Rock en Seine 2018

Les anglais ne chantent pas, ils hurlent, rugissent, vocifèrent. On peut comprendre que le public s’éclaircisse un peu : il faut vraiment aimer le genre. N’empêche, ceux qui s’en vont manquent l’un des meilleurs moment de Rock en Seine tant leur énergie est saisissante, électrisante (quelles guitares !), stimulante. On a envie de les suivre, de s’oublier dans un de ces fameux cercles de la mort qu’ils s’amusent à créer, de rire, aussi, comme si on faisait partie de la bande de potes qu’ils ont totalement l’air d’être.

Parce qu’au delà d’une rage patente, les IDLES transpirent aussi la joie de partout, ils s’embrassent sur la bouche ou se font des câlins, échangent les rôles, font de la scène et de la fosse un incroyable terrain de jeu. Pas une minute du set sans qu’il ne se passe quelque chose de fort, drôle ou complètement fou, quelle générosité !

IDLES @ Rock en Seine 2018

Sans compter qu’au passage, on en apprend un peu plus sur eux. A travers la sangle de guitare arc-en-ciel de Mark Bowen par exemple. Ou plus tard, lors d’une chanson dédiée aux migrants. Et puis, sur la fin, avec le gamin de l’un d’eux qui se fera trimbaler, hilare, sur l’épaule de Joe Talbot (dont on apprendra par la suite que sa fille est décédée à la naissance quelques mois plus tôt). Okay. Donc en plus de ça, les gars de Bristol sont plus sincères, attachants et humains que quiconque.

Plus tard, on lira dans une interview de Konbini : « The Maccabees était le premier groupe dont je suis tombé amoureux, au-delà de leur musique » pour, plus loin, les voir citer Radiohead ou The Walkmen. N’en jetez plus les IDLES. On vous aime !

Mémorable.

(IDLES sera le 3 décembre prochain au Bataclan)

(IDLES est le seul groupe pour lequel j’ai ressenti le besoin de mettre en ligne l’album photo avant de les chroniquer. Il est disponible en cliquant ICI)

Il n’est pas tout à fait 20 heures et rien ne nous dit vraiment avant Justice, programmé à 22 heures.

L’occasion de se rendre aux stands des cuisines du monde, ce qu’on avait encore pas eu le temps de faire les jours précédents. Quel plaisir de déguster à nouveau l’assiette éthiopienne, aussi riche en couleurs qu’en saveurs !

Pendant que la jeunesse part écouter Macklemore, les vieux de la vieille que nous sommes investissons les fauteuils club du bar à vin.

Un constat s’impose alors, devant l’affluence des festivaliers, dont certains s’éternisent : les amateurs de vin ne sont pas ceux du rappeur, pas plus que ceux de Post Malone, réchappé d’un tout récent atterrissage en catastrophe (j’avais assisté à l’événement en direct de Twitter le mardi même, ce qui m’avait presque donné envie d’aller voir le survivant. Presque).

L’attente ne nous semble pas si longue jusqu’au concert de Justice, à qui incombe la lourde tâche de clôturer ce Rock en Seine.

Après des retrouvailles « au deuxième écran » (ce dernier ayant remplacé « le 5ème arbre », nous rebroussons chemin plus loin et plus au centre, afin de nous positionner au mieux pour goûter du light show dont nos frenchies doivent normalement nous gratifier.

Le public n’en peut plus d’impatience et accueille le duo comme il se doit. Un titre. Puis deux. Et trois. En fait on se fait chier et les fameuses lights n’ont rien de si exceptionnel. Quelle déception !

Direction la scène du Bosquet sur les conseils de Milou, qui nous promet une petite fascination pour la batteuse de The Black Angels, et du head banging.

Avec le rock psyché de ce groupe texan (oui, mais d’Austin, ce qui change tout) on aura tout ça, très heureusement (et du bon son lourd et trippant à la fois, et de belles lights) ce qui apaisera notre contrariété de finir sur une note un peu en demi-teinte.

Mais peu importe les têtes d’affiches qui n’étaient tout simplement pas pour nous, car au moment du bilan, le contrat est rempli : un été prolongé avec les amis, de super découvertes surtout (IDLES, Tamino, Nick Murphy, Mashrou’ Leila, MNNQNS, Carpenter Brut, King Gizzard and The Lizard Wizard), des chouchous qu’on avait très envie de revoir (HALO MAUD, Otzeki) et deux belles confirmations live avec les Liminanas ou encore l’excellente surprise Charlotte Gainsbourg.

Finalement, au milieu de la foule qui reprend comme nous le chemin du retour, on ne peut s’empêcher de se demander si ce n’est pas la toute dernière fois.

Alors, sur Twitter :

 

On croise les doigts pour 2019 !

 

Photos et vidéos (c) Isatagada

Le jour 3 en 12 vidéos ICI

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2 réflexions sur “Rock en Seine 2018 – Jour 3 : Ady Suleiman, HALO MAUD, Masrhou’ Leila, Otzeki, IDLES, Black Angels

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