Feu! Chatterton – L’Oiseleur

On peut n’avoir que peu d’appétence pour ce qu’on appelle communément le « Rock Français » et se passionner sans retenue pour tout ce qui fait vibrer, balançant allègrement les étiquettes.
Le mieux étant l’absence d’immédiateté.

C’est qu’il en a fallu du temps, pour abaisser les barrières et laisser passer les chansons de Feu! Chatterton. Mon cher monde de la hype, pourtant, s’en faisait les choux gras. Moi je les trouvais trop plein d’emphase, ampoulés, théâtraux jusqu’à l’extrême, caricaturaux. Too much.

C’était avant.

Puis il y eu. L’apprivoisement.

Puis il y eu. La cristallisation.

Je n’attends de personne de se laisser convaincre de prime abord. En ces temps qui consacrent l’easy listening, l’oreille, possiblement mal habituée, se défend du mieux qu’elle peut de laisser couler ces sons jusqu’au coeur. Il y a peu, cependant, d’effort mieux récompensé que celui qui s’attache à transformer ses retenues premières en invitation.

Quel bonheur, alors, d’ouvrir ses fenêtres pour laisser pénétrer la lumière et se nourrir de toutes ces âpretés fantastiques. Que de luxe dans chaque parcelle de texte, de musique. Quelle poésie* ! Quelle richesse ! Et quelle voix, quelle interprétation fabuleuse aussi.

Après Ici le Jour (a tout enseveli), ce nouvel album, l’Oiseleur, est encore un feu(!) d’artifice qui explose en mille couleurs, au point qu’on ne sait bientôt plus où donner de la tête.

D’une chanson à l’autre, dont aucune ne se ressemble pourtant, tout semble célébrer la vie dans un parti pris de positivisme surprenant. Les mots ont beau dessiner des images de fins de choses plus souvent qu’à leur tour, ils savent aussi leur donner une place émerveillée dans la construction de ce qui est. Comme si tout, bon ou mauvais, naissance ou disparition, avait son exacte place dans un monde dont on ne doit pas oublier le caractère miraculeux.

 

Les styles musicaux illustrent ce foisonnement, tour à tour rock ou plus pop, parfois synthétiques, parfois organiques.

Il y a Anna, avec ses accents japonisants, qui marque aussi d’une simple phrase (« je serai la rouille se souvenant de l’eau »), L’oiseau et sa fausse légèreté, Ginger et La Fenêtre dont la batterie emporte, le symphonique Tes Yeux Verts …

Il y a surtout, aux antipodes l’un de l’autre, du quasi hip-hop à l’onirisme parfait, L’Ivresse et Erussel Baled (les ruines), sans doute les titres les plus originaux comme les plus réussis de l’album.

Pour ce dernier, qu’on distinguera comme il l’est par ailleurs, en place centrale du livret, impossible de ne pas se laisser gagner par l’émotion. Le morceau, qui démarre par une guitare évanescente et va crescendo, frappe au coeur, fascine autant par son texte que par sa musique, nostalgique et apaisant, porteur d’une étrangeté troublante et mystérieuse comme un conte des mille et une nuits. Sublime, en fait. Bouleversant.

« Un jour je reviendrai
me promener parmi les ruines
Oui je reviendrai à
Erussel Baled mon asile »

Il y a des albums, comme ça, porteurs d’une beauté et d’une énergie qui transcendent le quotidien, suscitant l’irrépressible recours au bouton « repeat ».

Il y a des albums comme ça.

Mais si peu.

Et puis il y a cet Oiseleur.

Magistral.

 

 

  • Aragon et Eluard sont au générique de l’album
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3 réflexions sur “Feu! Chatterton – L’Oiseleur

  1. J’atterris ici grâce à la suggestion de Laurent-MonsieurFraises et c’est une jolie découverte, à double titre, la plume d’une part, le groupe ensuite. J’ai écouté L’ivresse, et je trouve l’univers musical ainsi que les intonations du chanteur, sa voix, son timbre, vraiment très intéressants. Je n’aurais qu’un bémol à formuler : il n’articule pas, ou pas suffisamment, ce qui dessert le texte.

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    • Bonjour Éric et merci pour la visite et le compliment.
      L’articulation du chanteur est tout à fait théâtrale et caractéristique (le sujet du titre n’est-il pas… L’ivresse !?).
      L’album est disponible sur Deezer et Spotify pour en entendre plus. Ce morceau est très singulier. J’espère qu’il t’aura donné l’envie d’en é outre davantage. Ce voyage là en vaut vraiment la peine !

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