Dernier concert des Maccabees @ Manchester | 27.06.2017

Beaucoup d’émotion pour ce concert mancunien des Maccabees. Pas seulement parce qu’il s’agit de The Maccabees, même si cela aurait pu suffire. Mais surtout parce que les Maccabees se séparent. Ou plutôt, qu’ils arrêtent le groupe.

L’annonce, faite en août 2016, mettait un terme à une histoire commencée au début des années 2000 et un premier concert au Pleasure Unit, une petite salle de Bethnal Green, à Londres, très précisément le 21 octobre 2003. Avant leur album le plus récent, Marks To Prove It (2015, numéro 1 au Royaume Uni), dont le bouleversant Spitit out m’a marquée durablement (lire ICI), les anglais avaient sorti 3 albums, restés injustement inconnus en France : Colour It In (2007), Wall of Arms (2009)  et Given to the Wild (2012), mon préféré, dont à mon grand désespoir je n’ai jamais entendu la version live de Child, l’un des plus beaux morceaux qui soit.

A vrai dire, je ne sais pas si vous cliquez sur mes vidéos mais si vous êtes là et que j’insiste un peu, alors j’espère que vous le ferez. Même s’ils se séparent. Parce que j’ai un mal fou à me dire que tant de gens n’ont jamais entendu leur musique…

Du reste, j’ai mis moi-même un temps infini avant de les connaître et surtout de les goûter comme il se doit – c’est à dire passionnément.

Parce que je les avais vu à Rock en Seine en août 2015 déjà, en ouverture de la journée du samedi, sur la Grande scène, à 15h30. Mais par un fait exprès, j’étais trop loin – et donc pas assez dedans, mais surtout, surtout, c’est ce jour-là précisément que l’on m’a volé mon cher appareil photo, lui qui les avait photographiés et enregistrés, lui qui me permet de fixer ma mémoire festival après festival, concert après concert. Je m’en rends compte chaque année davantage, avec ces 10 années de musique accumulées ici, ce temps passé à dérusher et sélectionner les images, à mettre toutes ces vidéos en ligne, à rechercher le mot le plus adapté, le plus juste.

Bref, quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. Un ami me disait comme la musique est parfois une question de timing, de  rencontre à un moment clé ; à quel point il faut que tout soit en place avant de s’ouvrir à un artiste. Mon histoire avec The Maccabees c’est tellement ça. Mais pourquoi si tard que j’en pleurerais ?!

Car c’est quelques mois seulement après la seule date véritablement appréciée du groupe à la Cigale en janvier 2016  que le groupe avait annoncé que c’était fini. Alors qu’ils avaient évolué d’un son post punk basic (mais très bon, en attestent les comparaisons avec Joy Division à leurs débuts) à une pop rock inspirée voire carrément brillante (les comparaisons avec Radiohead ou The National, cette fois) étaient progressivement montés dans les charts jusqu’à devenir numéro 1 des ventes d’albums UK, joué en tête d’affiche au Latitude Festival (comme, les jours suivants, The National – tiens donc ! – et New Order) ou encore été consacrés par le NME meilleur groupe britannique 2016,  The Maccabees lâchaient cette bombe :

After 14 years as a band we have decided to call it a day. The decision has obviously been an incredibly difficult one, given that the Maccabees has been such a huge part of our lives until now. We are very proud to be able to go out on our own terms, at our creative peak and off the back of the best and biggest shows we have ever done. There have not been fallings out and we are grateful to say that we are not leaving the group behind as a divided force. It has been a rare and absolutely incredible time that we all feel very lucky to have shared.

Love to anyone who has ever stood by our band, bought our records, come and seen us play, or cared and contributed in whatever capacity it may have been. We have always valued it immeasurably, tried to honour it as best we could and can only say thank you to you all very deeply and sincerely.

Though there are no concrete plans at this stage, we are all planning to continue making music. We are excited about the future and intend to move on, with some sadness, but with appreciation, affection and huge pride at the music we have made and all that we have achieved together.

There will be some farewell celebration shows announced in the near future. 

Once again, especially to fans of the Maccabees, thank you for the countless good times that we will never forget. Take care and we will be in touch soon.

With love,

The Maccabees

 

Et plus tard d’annoncer ces toutes dernières dates, pour juin 2017, à Birmingham, Glasgow, Newcastle, Manchester et à Londres, en guise de baroud d’honneur.

Pas question de manquer ça.

Dans la confusion de tristesse et d’enthousiasme mêlés, mon homme s’empressait d’acheter des billets pour Londres (le vendredi), puis finalement pour Manchester (le mardi). Des billets londoniens physiques et donc impossibles à revendre avant de les recevoir. 3 jours seulement avant le départ pour Manchester, c’était bien sûr infaisable. Qui sait, à cause de cela, certains se souviendront peut-être de mon speech « Hi, I’m Isabelle, from France… » dans la file d’attente de Manchester en ce mardi 27 juin 2017, juste avant le début du concert à l’O2 Apollo (l’histoire se termine bien : les billets ont trouvé preneur au dernier moment, la veille !).

Toujours est-il que nous voici à Manchester, cicatrices encore à vif, ville que nous avons appris à aimer depuis la première de l’Opéra de Rufus Wainwright en 2009. Et que nous nous retrouvons tout devant, au plus près de la scène pour un dernier adieu à nos chers Orlando Weeks, Hugo White, Felix White, Rupert Jarvis et Sam Doyle, accompagnés pour l’occasion par Rebekah Raa au piano, Membiy Jago aux percussions et même Mike Davis à la trompette.

 

En ouverture, Mystery Jets, leurs contemporains et amis, sont visiblement émus. On avouera volontiers notre perplexité devant leur look hippie accentué ; pourtant, ils sont surtout les auteurs de quelques très belles chansons, dont celle-ci (vous pouvez aussi vous laisser porter par le reste de leur playlist) :

Entre l’essai de vente des places vers 18h30, l’ouverture des portes à 19h, la première partie à 20h et la pause, on n’en peut plus d’attendre. Alors, quand les premières notes de Wall of arms résonnent dans la salle, c’est un peu la folie.

Comme ce n’est pas mon titre préféré, j’attendrai le morceau suivant, Feel to Follow, pour sentir le truc me défoncer l’estomac et verser mes premières larmes (il y en aura d’autres). Et puis, titre après titre, tout ce pour quoi je les aime tant me revient et me frappe à nouveau.

Les chansons, bien sûr, tour à tour énergiques ou ciselée avec une grande finesse, nous embarquant pour des allers-retours incessants entre euphorie ou tristesse ; mais surtout eux, sur scène, capables comme peu de groupes le sont de jouer à la fois pour partager la musique entre eux tout autant qu’avec leur public ; comme si c’était cela, leur moteur véritable, leur nourriture.  Ce mur de guitares (3 guitares plus une basse) qui pourrait être inaudible alors que bien au contraire, il leur permet à chacun de poser sa pièce du puzzle, de se répondre les uns aux autres, de construire des titres comme un savant canevas. Cette joie palpable des frères White de jouer ensemble, si différents, si complémentaires (et cette façon qu’a Felix d’être aussi enthousiaste, aussi expressif).

Cette voix d’Orlando, poignante, qui remue les tripes, va chercher au plus profond de chacun d’entre nous ce qui nous touchera le plus, apporte ce supplément d’âme qui caractérise les plus grands. Et sa gestuelle, vibrante, généreuse, inlassablement tournée vers la salle comme pour l’inclure davantage dans quelque chose qui nous dépasserait tous ; qu’il se frappe le coeur ou ouvre grands les bras, Orlando est criant d’humilité et d’humanité, formidable et unique. Bouleversant.

Pas étonnant de lire dans leur Programme Rétrospective ensuite tous les témoignages de ces gens à qui ils sont restés fidèles et inversement. Des mots pour souligner leurs qualités comme celles de leur musique. La tension, la profondeur, le coeur, l’intelligence collective, la vigueur, la complexité, la beauté, l’amitié, la passion, l’intégrité, la sensibilité, le charisme, la poésie, la loyauté, la foi, le sérieux, la joie, l’espoir,  la vision, le talent, la capacité à « bring people together » et j’en passe, voici ce que disent d’eux ceux qui les ont entourés durant toutes ces années, depuis leur manager jusqu’à la grande Adèle elle-même, qui écrit à leur propos : « I’d say they’re the most consistant band in the UK right now. […] They know who they are ; as individuals, as friends, as a band. They’re lovely boys. »

Pas étonnant que tout cela transpire dans leurs chansons, qu’elles nous inspirent et nous transportent ; qu’elles nous transcendent. Ce soir, pour la majorité de ceux venus les applaudir, c’est la toute dernière fois. Alors que Felix White demande qui est venu déjà les voir et qui n’est jamais venu, on se rend compte que pour une partie significative de l’assemblée, ce sera même une première ET une dernière fois.

C’est dire la ferveur qui règne dans cette salle de Manchester, la conviction avec laquelle les paroles sont reprises en coeur – des pans entiers, connus parfaitement -, l’émotion qui monte avec ces paroles qui prennent une saveur si particulière ce soir. Something like happiness (« And if it’s over, let it be over ») et sa pluie de confettis en fermeture du set. Pelican, l’hymne parfait, en dernier titre du rappel (et des confettis aussi) : « In the end nothing comes easy […] And we go back to where we came from / Like those before and those to come /And know its the ever and the more /And again and again and again ». Et la salle debout. De l’orchestre jusqu’au balcon. Qui chante encore et encore.

Tandis que s’affichent en lettres rouge le THANK YOU qu’on leur renvoie tout autant qu’ils nous l’adressent.

Quel mal à quitter la salle après ça, le sol couvert de confettis, comme si rester un peu, quelques minutes, ou un peu plus, pouvait prolonger la magie, retarder l’inexorable fin.

On aurait envie de se dire que ce n’est qu’un au revoir… Et pourtant.

 

A chacun d’entre eux désormais d’écrire la suite de leur histoire.

Avec le mot de la fin pour Steve Ansell, de Blood Red Shoes, qui s’occupa de leur son avant de se consacrer à son propre groupe :  » They were odd and Magnificent all at once, like great bands should be. « 

 

Long live The Maccabees.

 

Set List : Wall of Arms / Feel to Follow / Kamakura / Ribbon Road / Young Lions / Love You Better / Precious Time / Can You Give It / Spit It Out / Silence / WW1 Portraits / Latchmere / Lego / X-Ray / No Kind Words / Grew Up at Midnight / Something Like Happiness // Encore : Marks to Prove It / First Love / Toothpaste / Kisses / Pelican

Mes souvenirs en vidéos :

Remerciements pour Charlotte – forever -, sans qui je serais sans doute restée à la porte de leur musique. 

Photos et vidéos Isatagada

La galerie photo complète est disponible sur le Flick’r d’Isatagada

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