Sur le banc d’Arès

Arès plage

Arès plage, 1er août 2016. Pas grand monde ici, peut-être à cause de la vase et des grandes herbes qui tapissent le fond de la baie et chatouillent les baigneurs à marée haute.

L’eau est chaude et malgré le vent, nous sortons de l’eau sans avoir froid. La sensation est tout à fait nouvelle, très éloignée de nos habitudes bretonnes.

Nous sommes allongés sur nos serviettes à quelques mètres de la digue, en face d’un banc qui nous surplombe. J’avais hésité à nous installer là pour cette proximité : pas tellement envie que des gens s’y asseyent pour nous reluquer. Sauf qu’en cette belle fin d’après-midi, les spectateurs ce furent nous.

Je ne pourrais pas dire qui des deux est arrivé le premier. En fait, c’est leur conversation qui a attiré mon attention. Son accent belge à lui, surtout, qui m’a rappelé celui des musiciens d’Applause.

Blond, les cheveux rasés sur les côtés et longs sur le dessus de la tête, short noir, son tee-shirt blanc et turquoise roulé sur ses genoux, il doit avoir une trentaine d’années et porte tatouages et plus remarquablement, deux gros anneaux qui ont agrandi ses lobes d’oreille pour les approcher de la taille de pièces de deux euros. Il raconte qu’il est venu chez une amie à St-Médard et qu’elle travaille ce lundi, alors il est venu se promener. Il aime voir la forêt d’un côté et l’eau de l’autre.

Elle porte les cheveux courts. Elle a gardé son sac sur ses genoux et une veste en jean. Malgré le soleil, les températures ne sont pas si élevées pour la saison ;  c’est une locale de l’étape : elle doit être habituée à mieux pour un 1er août. Pour elle, la forêt cède du terrain d’année en année : « les promoteurs ont tout bétonné ». Avant, elle habitait d’Agen. « Mais Agen c’est dans les terres ».

Lui est aimable et relance la conversation lorsqu’elle semble s’essouffler un peu. Il ne pourra pas rester. Il a des obligations. Il fait de la musique en Belgique. « De la musique classique ? » s’enquiert-elle ? ll hésite : «  disons que c’est un groupe de pop. On joue chez des gens ».

Sur ce banc, ces inconnus qui n’en sont plus tout à fait échangent comme dans une pièce de théâtre. « Vous me confirmez tout le bien que je pense des Belges » lui dit-elle, tandis qu’il lui confesse des origines en partie irlandaises.

En fait, je suis suspendue à leurs lèvres.

Je trouve géniale cette rencontre qui semble si improbable. Cette belle rencontre si simple entre deux personnes qu’à priori rien ne destinait à se retrouver sur ce banc. Le genre de truc à redonner foi en l’humanité.

 

On sent qu’il est temps à présent de se séparer.

« On peut se serrer la main ? demande t’il ». Puis il ajoute : « Je m’appelle Pierre ; je n’oublierai pas notre rencontre ». Elle lui répond : « Je m’appelle Andrée et moi non plus, je ne suis pas prête d’oublier notre rencontre ».

Avant de se séparer, il lui propose de l’aider à se relever.

Andrée ne doit avoir loin de quatre-vingt ans.

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2 réflexions sur “Sur le banc d’Arès

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