The Maccabees @ la Cigale |29.01.2016

The Maccabees @ la Cigale 2016

Il y a longtemps que je n’avais pas autant vibré pour un album.

C’est arrivé très vite, cette sorte de jubilation unique, cette sensation reconnaissable entre toutes. Presque un instinct – si par instinct on entend ce déluge de stimuli difficile à décrypter, sauf pour le résultat de l’ensemble : on sait, on sent ; et surtout : on ressent.

Pourtant Charlotte en parlait depuis des lustres ; elle avait éveillé mon attention et forcément, j’étais allée les voir sur la grande scène à Rock en Seine.  Ce n’est pas rien, de se produire sur cette grande scène. Et les anglais m’avaient drôlement impressionnée, déjà.

J’étais trop loin pourtant. Et surtout, je ne connaissais pas les chansons. Grave erreur réparée depuis, en commençant par la fin et Marks to prove it (2015), dont le Spit it out,  découvert au même moment que la photo de cet enfant syrien mort sur une plage, ne pouvait que s’écouter en pleurant.

Comment ne pas être touché par cette version album, ces notes de piano qui captivent dès le début, enveloppant la voix murmurée du chanteur le temps une intro qui dépasse la minute trente, luxe que bien peu s’offrent désormais. Puis, les guitares qui montent, en accord avec la batterie qui s’énerve elle aussi, accompagnant les paroles les plus poignantes qui soient : « And he gets to the english coast, to the place he loved the most […] And we get to guessing games / Where no one knows their names / Guess no one’s going home » avant de laisser place à la douceur du pont, calme avant la tempête (« What are we doing know ? »),comme pour laisser son auditoire souffler avant de mieux l’interpeller de plus belle, toutes guitares hurlantes dehors, la voix d’Orlando en étendard, plus suppliciée que jamais sur ces mots auxquels il souhaiterait désespérément croire, en vain : The Maccabees @ la Cigale 2016« Come on it’s going to get easier from now / Come on it’s going to get easier somehow ». Avec la bouleversante conclusion, qui laisse sur les genoux en effet, le ventre tordu de toute cette souffrance exprimée, transmise et enfin largement partagée : « The storm came and tore limbs from the trees / Like a drowning whale / And the thought of it brought us all down to our knees« .

TOUT est dans Spit it out : texte, orchestration, mélodie, crescendo et voix, fureur et émotion. Le morceau parfait.

Je sais depuis que Marks to prove it n’est pas forcément le meilleur album du groupe, et j’ai passé désormais cet instant de la découverte où l’éblouissement fait perdre le plus petit sens critique. Il n’empêche, une fois encore : il y a longtemps que je n’avais pas autant vibré sur un album, une chanson, un groupe enfin, que j’ai apprivoisé en apprivoisant sa discographie, prenant lentement la mesure des différentes époques et m’appropriant les morceaux.

Tout ça pour dire que je l’attendais ce concert, et pas qu’un peu. Avec ce risque intimement lié, celui d’être déçu après de si hautes attentes. Ou alors, de frôler le bonheur absolu.
The Maccabees @ la Cigale 2016C’est (évidemment) le 2ème cas de figure qui s’est imposé à moi et mes compagnons de concert ce soir là, pour un ressenti qui ne s’est pas encore effacé, deux semaines plus tard.

Il faut dire que pour commencer, j’étais particulièrement bien accompagnée. Mon chéri et son plus jeune frère, mon amie adorée Sand, ma cousine préférée (marraine de ma fille, c’est dire), mais aussi les photographes Michela et mon cher, cher Mauro pour qui j’avais tellement tremblé (réellement, physiquement, jusqu’à ce que j’apprenne enfin que tout allait bien) au moment des attentats du Bataclan. Rien que ça, ce début de soirée au bar avec les gens que l’on aime et cette joie de se voir ou de se revoir, cette joie de partager ces moments de musique qui nous nourrissent si fort, rien que ça donc, cette atmosphère de VIE, c’était si bon.

The Maccabees @ la Cigale 2016Curieusement, c’est la même ambiance de fête heureuse qui a marqué ce concert de bout en bout, et ce dès les premiers instants. Pas sûr que les Maccabees s’attendaient à un tel accueil, aussi enthousiaste et chaleureux. Car la Cigale s’est rarement montrée aussi incroyable, chantant les paroles en chœur avec un immense sourire au visage, applaudissant à tout rompre (et parfois en cadence), sautant, dansant, reprenant à tue-tête les refrains phare de la formation (Can You Give It), hurlant sa joie, communicative au possible, comme si nous étions tous de connivence, sur scène et dans la salle, comme si nous étions tous connectés.

Il faut dire que le groupe est exactement de ceux capables de créer ce genre de réponse, à la fois sincère et généreux, doué en technique comme en humanité, un peu parfait.

Car chez les Maccabees il y a la musique bien entendu, avec un catalogue de morceaux d’une désormais très belle richesse, capables de vous faire passer de la plus pure énergie rock à la la plus grande émotion (j’étais par terre dès Feel to follow). Mais il y ses membres aussi. Orlando, véritablement habité, d’une incontestable  humilité (avant Something like happiness : « This is a very big crowd for us, thank you » ), profondément imprégné de tout ce qu’il chante avec cette façon si caractéristique qu’il a de plisser le front, pénétré de ses textes. Orlando à la voix magique, une voix toujours juste et belle, pleine de tant et tant de choses, dense et profonde, magnifiquement modulée, qu’on ne peut que goûter avec passion, avec intensité, savourer avec bonheur. The Maccabees @ la Cigale 2016Les frères White à la guitare, sont formidablement différents : Felix d’un côté, en chef de fratrie comme du cheerleading, drôle et très à l’aise, le sourire jusqu’aux oreilles d’un bout à l’autre du set ; Hugo dans son rôle de beau gosse chanteur à son tour (Silence), champion de l’attitude et pourtant (lire l’interview des frères à propos de leur mère décédée ICI); tous les deux complémentaires pour des guitares qui dialoguent particulièrement bien. A la rythmique, Sam Doyle, arrivé plus tardivement dans le groupe, tient la batterie d’une façon magistrale tout en plaisantant en français, tandis que le grand (dans tous les sens du terme) Rupert Jarvis délivre les meilleures lignes de basse qui soient, même si on ne les entend pas assez, positionnés comme nous le sommes de l’autre côté de la salle. Cerise sur le gâteau, un piano finit de me chavirer tout à fait – on ne dira jamais assez la puissance des notes d’un piano, assurément, même lorsque celle qui en joue reste injustement dans l’ombre.

Il y a tout dans ce groupe décidément, chaque instrument en lui-même, la personnalité de chaque membre, les The Maccabees @ la Cigale 2016chansons. Mais en plus, chez les Maccabees, il y a cette cohésion, ce naturel, ce plaisir d’être ensemble, criant de vérité, cette communion à laquelle ils osent à peine croire avec ce public qui est bel et bien le leur, ce petit truc en plus qui fait remonter la vibration le long de l’échine pour un frisson dont on ne se lassera jamais, le fameux qui remplit de l’intérieur et vous comblerait n’importe qui. Cette capacité si rare à faire le lien.

Quelle géniale et merveilleuse soirée, inspirante, enivrante, de celles qui rendent heureux !

Alors je sais que la tournée est finie mais je n’ai qu’une envie : les revoir très vite en concert.

En attendant, je retourne à leurs disques.

Et je vous conseille d’en faire autant !

+ + +

Photos (c) Isatagada

Remerciements : Charlotte (pour TOUT !) et Gilles (pour la set list et la vidéo sur sa chaîne indiegilles), mais aussi les autres youtubeurs qui m’ont sauvée de n’avoir pas mis de carte dans mon appareil et me permettent de partager avec vous la magie de ce live, bloom74eris x nyxXavier DESCHARDelephantbaci, et Do92000

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