Revoir Bertrand Belin (@Paul B. | 17.12.2015)

Bertrand Belin @ Paul B

Plus de dix ans que je suis Bertrand Belin, depuis un show case Fnac intimiste dans les étages du Forum des Halles sur lequel j’étais tombée tout à fait par hasard, avant même la sortie de son premier album. Plus de dix ans que l’artiste – mais aussi l’homme, ne cesse de m’étonner, de me surprendre, avançant à pas de géants sur l’ambitieux chemin qu’il s’est tracé.

Ce jeudi à Paul B n’a pas fait exception à la règle, bien au contraire.

Bertrand Belin @ Paul B

Bertrand Belin @ Paul BUne fois n’est pas coutume, il faut cette fois commencer par le physique. Rasé de – presque – près, coiffé à la dernière mode (court sur les côtés, plus long sur le dessus, cheveux ramassés en arrière), veste sombre au revers satiné, Bertrand Belin, qui a toujours été séduisant, n’a jamais été aussi beau. En octobre dernier, il paraissait qu’après dix ans en couple, il était célibataire depuis quelques mois ; ceci expliquant peut-être cela…

Bertrand Belin, affiche de toute façon une classe folle (« folle, folle folle »), bien que ses racines bretonnes l’empêchent de se reconnaître dans l’appellation de « dandy ». Elle n’a d’égale que sa prestance, alors qu’il nous évoque tour à tour Patrick Swayze, Etienne Daho ou Sean Penn. C’est que son déhanché, maîtrisé autant qu’irrésistible, le fait pencher du côté sexy de la force, comme avant lui Alex Turner ou plus loin même, les genoux rentrés en dedans, Elvis Presley – rien que cela.

Mais s’il bouge merveilleusement bien sur scène, Bertrand Belin danse aussi sur ses guitares, ses doigts experts caressant les cordes avec un sens du rythme assez fascinant. Bertrand Belin @ Paul BOn est scotché, en fait, par tout ce qu’il dégage : régal des yeux et des oreilles, le guitariste virtuose qu’il est depuis qu’à 18 ans, la musique l’a évadé d’un environnement pas franchement favorisé, impressionne forcément. Le velours de sa voix, qui n’est pas sans rappeler celui d’Yves Montant, enjôle l’auditoire par son aspect intemporel. En outre,  il est particulièrement bien entouré ; sa batteuse, Tatiana Mladenovitch, le secondant à la batterie et à la voix avec une finesse remarquable. Il faut le dire : musicalement, c’est quasiment une démonstration.

L’artiste s’adresse tout autant à l’intellect, avec des textes forts, entre poésie et pure littérature. Depuis peu, non content d’être déjà un auteur de chansons hors pairs, Bertrand Belin a en effet confirmé qu’il était devenu un auteur tout court, et de littérature encore. S’il n’en est pas exactement à son premier essai, son roman Requin, récit d’un homme qui se noie, s’est avéré tout aussi brillant et singulier que le personnage, écriture incluse. Le parcours force le respect, d’autant que rien ne l’y disposait. Bertrand Belin, qui a vécu en HLM dans une famille peu lettrée a, très tôt, été confronté dans son entourage proche à l’alcool et la violence. Alors, après la musique, c’est l’écriture et la lecture qui l’ont sorti de son environnement pour alimenter cette soif d’apprendre et de s’élever, de plus en plus exigeante.

Bertrand Belin @ Paul BAu fil du temps, rien n’a semblé arrêter cet autodidacte qui multiplie les talents avec un appétit féroce. A Paul B., c’est d’un talent de comédien dont il a fait preuve en plus du reste. Tandis que les années l’ont vu déshabiller ses textes, c’est comme si le live les habillait aujourd’hui, d’une mise en scène qui prend une ampleur toute nouvelle ; un peu comme s’il nous conviait au théâtre, avec un humour de plus en plus prononcé.  Il fallait le voir, introduire le titre Soldat par exemple, avec force mimiques, postures et intonations. Quel numéro ! Impossible de ne pas penser à la tirade du Spountz de Fernandel.

Finalement, le nouvel album semble cristalliser une sorte de processus d’accomplissement de soi, une étape essentielle dans la construction de l’artiste, qui n’est pas loin d’atteindre ici une certaine complétude. A la fois simple et recherché, plus rythmé que les précédents, Cap Walker aligne des morceaux passionnants qui reflètent avant tout la vision artistique de leur auteur, jouant sur les matériaux que sont les sons, les mots, les mélodies ou les effets de répétition comme le ferait un peintre. Rien n’est anodin (« seulement le mot juste »), tout a un sens, et tente désespérément un retour à l’essentiel, au fur et à mesure qu’à l’inverse, l’homme s’enrichit.

Bertrand Belin @ Paul B

Dans la salle en tout cas c’est un plébiscite, avec un rappel réclamé debout, abonnés compris.

Éminemment charismatique, Bertrand Belin, qui a eu 45 ans le 7 décembre, semble tirer de son parcours hors normes le secret de la jeunesse éternelle. Et parce que nous avons le même âge, le revoir, ce soir là, c’était un peu plonger dans son élixir…

Tout simplement immanquable.

Vidéo et photos (c) Isatagada (davantage sur le flickr)

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