MANSFIELD.TYA nouvel album CORPO INFERNO, 10 ans après JUNE

MansfieldTya Corpo Inferno

Il y a dix ans très exactement (et presque jour pour jour), on découvrait Mansfield.TYA aux Primeurs de Massy. Ça avait été une révélation, un choc. Entre Carla et Julia, l’intensité était telle qu’on ne l’oubliera jamais. Dès le premier live, on avait senti cette rage à peine contenue, cette puissance qui contrastait tellement avec la voix d’une pureté à faire mal de Julia comme avec l’érudit violon de Carla, ou avec les corps à l’apparence fragile des deux jeunes femmes.

Peu de rencontres procurent de telles sensations, vous submergent d’une émotion véritable. Ces filles sont à part, de celles qui bouleversent, leur accord est parfait, leur entité d’une force redoutable, les regards qu’elles échangent, indescriptibles. La tension qui les habite fout en l’air, les cris qu’elles vivent entre elles loin du micro déchirent la poitrine, fusillent le cerveau qui n’arrive plus à gérer la multitude d’oppositions. Le masculin côtoie le féminin, la violence la douceur, le rock la chanson, le français l’anglais, le classique la modernité, la poésie l’horreur. L’émotion surtout, est présente sur tous les morceaux.

Artistiquement, Mansfield.TYA sort forcément des sentiers battus et le revendique. Musiciennes confirmées, lettrées, évidemment brillantes, leur talent ne peut pas s’aventurer dans le tiède. Artistiquement hyper pointues, leur soif d’expérimentation peut parfois les amener là où il devient difficile de les suivre : jusqu’à Sexy Sushi par exemple, pour Julia. On n’avait pas franchement adoré même si on n’avait pu que trouver « intéressant » l’extrémisme du parti pris trash (interrogée après un concert sur le grand écart entre les deux projets, sa partenaire avait plaisanté, disant qu’au moins ce que Julia faisait dans Sexy Sushi vivait hors de Mansfield.TYA).

Recherchée – pour ne pas dire élitiste -, leur écriture convoque la culture dont elles assaisonnent généreusement leurs titres, comme pour sélectionner leurs auditeurs. Corpo Inferno, à l’instar de ses prédécesseurs, n’est donc pas exempt de références littéraires ou artistiques, avec plusieurs niveaux de lecture. Depuis Victor Hugo (qui les inspirait déjà par procuration avec Pour oublier je dors sur leur premier album et ici, ses Contemplations), en passant par Proust (Sodome et Gomorrhe) ou Schubert (Der Tod und das Mädchen), on finit par chercher toutes les clés possibles et (in)imaginables, jusqu’à se demander qui pourrait bien être « Gilbert de Clerc » – en se disant que Julia adorerait ça.

Les thèmes sont à l’avenant (la fuite du temps, l’homosexualité, la religion, la mort, la technologie, le nihilisme) et l’atmosphère, plus sombre que jamais. Tandis que les choeurs de sirènes côtoient les chants religieux, la voix est plus souvent parlée que chantée, parfois passée à la machine pour un rendu presque obscène façon film d’horreur.
Mansfield.TYA se joue du glauque, du malsain, réunit les anges et les monstres, la fête et la guerre, le sublime violon de Carla et la froideur du synthétique. Et puis, sur Loup Noir la formation s’offre le luxe d’une très belle collaboration avec Shannon Wright pour un titre mélancolique à souhait, quasi évanescent.

Au final, depuis 2005, on dirait que le fardeau, loin de s’être allégé, a pris un poids tel qu’il devient difficile à porter. Alors, si on ne peut qu’applaudir intellectuellement face à cette érudition, cette intelligence, cette admirable étrangeté, ces prises de risque à répétition, on ne peut pas s’empêcher, quelque part, de ressentir une certaine lassitude.

Ne les manquez pas, pourtant, si vous pouvez les voir sur scène : il y a obligatoirement à vivre une expérience hors normes.

 Mansfield.TYA, Corpo Inferno (Vicious Circle / L’Autre Distribution), sorti le 18 septembre 2015.

 Article publié sur Discordance.fr
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