3 minutes sur mer au Limonaire | 07.10.2015

2015-10-08 00.19.02J’aurais déjà dû voir 3 minutes sur mer au Limonaire en janvier dernier. Le 7 janvier très exactement, neuf mois jours pour jour.  C’était prévu. J’y allais.

Sauf que ce 7 janvier 2015, vers 11h20, deux hommes sont entrés armés dans les locaux de Charlie Hedbo pour abattre successivement un agent d’entretien, ceux rassemblées là pour la conférence de rédaction hebdomadaire, un policier chargé du service de protection des hautes personnalités et enfin, dans une scène horrible à laquelle je n’ai pas réussi à échapper et dont les images se sont imprimées durablement dans mon cerveau, un deuxième policier qu’ils ont d’abord seulement blessé avant de revenir l’achever à bout portant.

Autant dire que si je ne sais pas comment on peut trouver la force d’honorer ses engagements le soir d’une journée pareille, je sais seulement que je n’avais pas pu honorer les miens. J’étais rentrée chez moi, incapable de quoi que ce soit d’autre.

7 octobre 2015 et neuf mois ont passé – le temps d’une gestation, avec, entre temps, l’aventure The Voice.

2015-10-07 21.33.27Il fait encore doux et la porte du Limonaire est grande ouverte. Comme je suis là tôt (mais pas aussi tôt qu’Astrid, Fred, Pauline et Bernadette, déjà attablés autour d’un verre), cela laisse un peu le temps pour prendre des nouvelles avant le début du concert. L’émission semble avoir tenu toutes ses promesses, laissant à Guilhem la possibilité de ne se consacrer qu’à la musique sans pour autant qu’il ne tombe dans ses pièges (« C’est que je suis Aveyronnais, tu vois ! »). L’album est terminé (signé chez Yapucca, qui est aussi leur tourneur et dont les artistes ont une jolie place ici), pour une sortie idéale en février. On devrait y retrouver Yoann Launay, ainsi qu’un duo avec le génial Louis-Jean Cormier, ce qui me met particulièrement en joie (comme Karkwa me manque…). La cerise sur le gâteau, ce à quoi notre jardinier ne s’attendait pas, consistant à écrire pour d’autres, en l’occurrence Lilian, le vainqueur de cette saison. Guilhem est heureux, ça se voit.

2015-10-07 20.50.26Le Limonaire affiche complet, même si tout le monde n’est pas arrivé encore. Après la Menuiserie, le Limonaire fait partie des lieux dont on a forcément envie de parler.
Découvert en 2011 grâce à ma chère Dyne qui m’y avait emmenée voir Nicolas Jules, l’endroit est une sorte de sanctuaire de ce que fut un Paris populaire et gouailleur aujourd’hui disparu. L’endroit est chaleureux, haut en couleur, à l’image de ceux qui le tiennent. Ceux-là, justement, respectent deux ou trois petites choses qui rendent la vie plus belle au quotidien : la convivialité, la cuisine, et la musique. C’est pourquoi au Limonaire, on vient à 18h pour l’apéro ou à 20h pour le dîner, avant de se consacrer tout entier au concert du soir à 22h. Les entrées comme les desserts sont autour de 5€, le plat de 12-13€ (imbattable pour Paris le soir), le service est ultra rapide et la cuisine, familiale et authentique. J’ose les tripes pour la première fois,  c’est dire la confiance. Et la caillette ardéchoise est bien d’Ardèche, c’est validé. Vu l’ambiance, personne ne résiste au dessert, une tarte aux pralines d’un rouge rosé aussi délicieux visuellement qu’au goût.

2015-10-07 22.22.17Ce soir, le Limonaire a laissé carte blanche à 3 minutes sur mer qui a convié à son tour Jason Webley, troubadour originaire de Seattle. J’ai la chance de comprendre tout ce qu’il raconte et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’américain, qui s’accompagne tour à tour d’un accordéon ou d’une guitare, est un formidable conteur. Depuis l’irrésistible désir de possession d’une girafe (hilarant, à voir ICI) jusqu’au scrapbook d’une certaine Margaret Rucker, chaque chanson prend sa place au sein d’une histoire parfois drôle, parfois émouvante, dans tous les cas toujours captivante.2015-10-07 23.54.28

3 minutes sur mer, que je vois en configuration à 4 pour la première fois – c’est un exploit vu la taille de la scène, lui succède peu avant 23h. Les premiers mots de Guilhem sont pour leur prestation dans ces lieux lors des événements de janvier dernier, durablement marquants. Contre les armes, l’obscurantisme, toute cette horreur, « la meilleure façon de serrer le poing c’est d’ouvrir un bouquin », ajoute t-il avant d’entamer le set avec Races de Monde (« Suis de c’te race de monde, la terre est à tout le monde ») de Félix Leclerc, revisité à la sauce 3 minutes sur mer.

2015-10-07 22.11.42Ce n’est là que l’upercut d’ouverture (il y en aura beaucoup d’autres) et le début d’un tour du monde francophone impressionnant. Parmi quelques escales franco-françaises (une évocation de Diabologum et de sa neige en été, la très belle Foule sentimentale d’Alain Souchon, Pendant que les champs brûlent de Niagara), 3 minutes sur mer a surtout « décidé de voyager autour de la langue ». Au menu la Belgique de Jacques Brel, le Brésil (Rodrigo Amarante), la Russie avec Vladimir Vysotsky ou encore les Pays-Bas (Dick Annegarn) mais par dessus tout, encore et toujours, le Québec, avec lequel Guilhem a des relations privilégiées.

Felix Leclerc aurait eu cent ans l’année passé, et rien n’a beaucoup changé, remarque Guilhem avant de reprendre l’Alouette en colère. Comme à chaque fois, le titre libère une charge émotionnelle particulière (« En janvier dernier, j’ai cru qu’il l’avait écrite pour la France »), tandis qu’avec une récente actualité qui me touche de près (la catastrophe annoncée pour ma chère côte de granit rose suite à l’autorisation de l’extraction de sable en baie de Lannion), c’est Au bord du récif du merveilleux Louis-Jean Cormier qui me met la « gorge en épissure ». Je me retiens de pleurer. C’est fou comme certaines chansons font écho en nous parfois…

2015-10-07 23.36.37D’un titre à l’autre, les paroles des autres laissent à 3 minutes sur mer l’occasion d’exprimer des préoccupations qui sont aussi les leurs. L’exclusion et les minorités ont droit à une représentation toute spéciale, à travers Richard Desjardins et Pierre Lapointe dont on vous a déjà dit le plus grand bien d’abord (Moi, Elsie) et le Bébé Eléphant de Dick Annegarn ensuite, superbement interprété par un Johan Guidou qui a décidément tous les talents (grand moment, merci merci c’était génial). Guilhem, toujours aussi charismatique, semble pénétré de ces textes qu’il nous offre en partage, comme un cadeau et font mouche à chaque fois. L’auditoire est suspendu à ses lèvres et n’en perd pas une miette, profondément touché par ses interprétations.

Parce que l’importance laissée au sens des mots autant que l’engagement sont devenus denrées rares, il faut redire à quel point 3 minutes sur mer est une formation précieuse. Profondément humaine, concernée, elle affiche des valeurs qui se vérifient en actes et ne peuvent laisser indifférent. Pour autant, qu’il s’agisse de leurs propres chansons ou des chansons des autres, tout est toujours délicat, poétique et malgré tout puissant. Au Limonaire cependant, si les oreilles étaient grandes ouvertes, le cœur l’était plus encore au moment de leurs propres titres. Ceux-là, à force, sont devenus familiers, comme un lien de connivence entre le groupe et son public. Au fil du temps, impossible de ne pas tomber en amour de cette écriture dont l’auditoire aurait aimé entendre de plus nombreux représentants ce soir. On l’a senti, la complicité était réelle et le plaisir complet lors de ces moments là. Que c’était joli, ces claquements de doigts à l’unisson sur 21 Hz, cette sorte de recueillement sur Cage, ces fredonnements sur A demain !

Pas de doute, ils vont sembler longs, ces mois qui nous séparent de l’album et de nouveaux concerts…

Vivement février.

« Demain on s’embrassera. »

Remerciements : Hélène (pour la réservation) et Frédéric Petit (pour ses magnifiques vidéos).

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