3 minutes sur mer @ la Menuiserie | 12.02.2015 (le live report)

3 minutes sur mer @ la Menuiserie | by isatagada

2015-02-12 19.07.58-1Paris et sa banlieue comptent des endroits magiques qui redonneraient foi en l’humanité. On s’y retrouve entre voisins ou connaisseurs (mais on accueille à bras ouverts les nouveaux), on y déguste de petits menus pas chers (ou bien des planches charcuteries / fromages, ou bien des soupes maisons à tomber par terre), on y boit du vin bio, on y organise des festivals ou des concerts, on y rencontre des gens « en vrai » au point – presque – d’oublier combien, alentours de notre chère capitale, la vie quotidienne peut être déshumanisée.

3 minutes sur mer @ la Menuiserie | by isatagadaUne pause au milieu du concert, et le voilà qui fait le clown, la mine interloquée : « Mais pourquoi est-ce que j’ai l’impression de faire une répet dans mon salon ? ».

L’endroit s’appelle La Menuiserie et lui, c’est le chanteur de 3 minutes sur mer. Je les vois pour la première fois en formation groupe après une mise en bouche en solo acoustique au Connétable plus que convaincante et dans la salle, on dirait bien que je ne suis pas la seule à avoir eu envie de prendre un peu de rab. C’est qu’au vu des interpellations qui fusent, la petite trentaine de personnes qui constituent le public est à l’évidence familière. Alors la répet dans le salon, oui en effet, pourquoi pas ?3 minutes sur mer @ la Menuiserie | by isatagada

Si par inadvertance vous avez allumé le poste et êtes tombés sur The Voice sur TF1 la semaine passée, alors vous savez que le chanteur de 3 minutes sur mer a pourtant désormais un nom et un prénom « grand public ». Il s’agit de Guilhem Valayé, qui a fait se retourner Zazie en 7 secondes chrono sur une interprétation de La Nuit Je Mens (Alain Bashung) retweetée plus de 12000 fois dans la soirée – un record. On comprend mieux l’appréhension du garçon qui écrira plus tard « J’étais fébrile, vous étiez bienveillant, merci » pour ce premier concert après passage télé. Peu importent les raisons, mais à sa question moqueuse « Finalement, qui est là parce qu’il a regardé sa télé un samedi soir ? », seule une voix s’élève pour répondre « Moi ! » – encore que sur un ton qui laisse largement planer le doute.

L’instant, de façon très palpable, est étrange ; le moment, coincé dans une sorte de sas entre deux époques dont aucune n’est réellement la bonne ; une faille spatio-temporelle dont on aurait cru qu’elle n’existait à priori que dans une vieille série SF en noir et blanc – on y parlait de quatrième dimension.
Plutôt déstabilisant.

3 minutes sur mer @ la Menuiserie | by isatagadaEn attendant cette hypothétique gloire qui n’en finit pas de ne pas arriver, il faut profiter tant qu’il est encore temps de cette atmosphère aussi précieuse qu’elle a conscience d’être éphémère. Et c’est bien ce qui transpirera tout au long de ce set, avec ces ressentis mélangés, opposés parfois : l’urgence incrédule, le soulagement désabusé, la déception peut être aussi un peu, l’humilité obligatoire. Perdu entre mille incertitudes, le set n’en est que plus dense et prend à la gorge dès le premier titre, un excellent Catapulte qu’on se mord aussitôt les doigts de ne pas avoir filmé. Dès les premières secondes, le batteur montre qu’il n’est pas là pour faire de la figuration, avec un instrument de bouche qui capte l’attention d’entrée. Plus tard, il jouera du clavier, après avoir largement démontré son talent aux fûts et aux cymbales. On goûte d’autant mieux son apport qu’il est récent ; nul doute que la musique du groupe, enrichie d’une rythmique de cette qualité (oui parce qu’on a déjà entendu des batteurs…bref), n’en est que plus percutante. La voix de Guilhem est plus remarquable encore que dans nos (pourtant frais) souvenirs et l’entrée en matière, en tout cas, est magistrale.

3 minutes sur mer @ la Menuiserie | by isatagadaPour la suite du concert, on avait fait nos devoirs depuis le Connétable. Acheté le disque, lu et relu les textes, pris la mesure de l’écriture et des histoires, interprété les espaces entre les lignes, fait siennes ces chansons de vie (« J’ai déjà perdu un peu de fraîcheur un peu de couleur par endroit »), ces jeux de mots (« à l’étroit dans mon corps sage » / la « rue barbe »), ces images dessinées et redessinées, cette obstination à se réapproprier le passé simple, cette poésie omniprésente (« Je vis dans un jardin qui fleurit quand je dors »). Confronté même un micro bout de chanson avec ce si peu de vécu d’avec son auteur (« J’aime les gens que je ne connais pas […] qui laissent la porte ouverte même quand il fait froid »). Eu l’impression de pénétrer une certaine intimité.

3 minutes sur mer @ la Menuiserie | by isatagadaEt puis, Les enfants des autres : « On se tient la main pour pas parler du reste / On regarde les enfants des autres ». La narration, l’interprétation, les intonations de voix qui touchent juste, qui laissent suspendu aux lèvres de Guilhem Valayé. Et puis, surtout, Canapé, pour ce frère en marge, dont on aimerait savoir ce qu’il est devenu (« Tu gâches tes envies comme des heures à tuer »), et qui cette fois nous prend sans résistance, malgré les rimes en ‘ic’ qui accrochent toujours un peu (mais qu’on a apprivoisées, peut-être ?), nous envahit comme une vague. Avec cette sensation que l’on connaît bien même si elle reste trop rare, parce qu’on le sait que c’est après elle que l’on ne cesse de courir. Cette émotion vraie, qui naît au creux du ventre, prend aux tripes et parcourt l’échine avant de remonter lentement, de serrer la gorge, de résonner comme en écho à la caisse de la guitare qui balance ses vibrations, d’exploser en dedans de partout. Qui fait qu’on s’essuiera les yeux après, furtivement, mais sans honte (parce que c’est si beau, après tout).

3 minutes sur mer @ la Menuiserie | by isatagadaDes chansons du Connétable déjà, pourtant, mais qui nous cueillent véritablement à La Menuiserie. Grâce à la guitare de Samuel Cajal, à ses riffs qui magnifient tout le reste, comptant à la fois pour leur valeur intrinsèque mais aussi pour tout ce qu’ils apportent aux titres, servant la voix déjà très belle de Guilhem Valayé, lui permettant surtout de baisser sa garde pour s’exprimer pleinement, complètement ; sans doute en le protégeant, quelque part, lui offrant ce lâcher prise qui aura un peu manqué en solo, le délivrant de trop de maîtrise, de trop de retenue. Cette belle guitare électrique qui remet les pendules à l’heure, envoie des frissons, conserve les chansons mais balance enfin le rock. A la Noir Désir, à la Eiffel. Authentique, bouleversant et puissant.

On en pleurerait de bonheur, à la fin, prêt à se laisser étourdir dans le tourbillon d’un Demain, parfaite valse à 3 temps et son entêtant refrain : « Demain on s’embrassera-a, on s’embrassera ».

On s’est réveillé la nuit, parce qu’on l’avait chanté dans ses rêves.

Véridique.

Setlist :

3 minutes sur mer @ la Menuiserie | by isatagada

Article publié sur Discordance.fr

https://www.facebook.com/3minutessurmerlegroupe

http://www.3minutessurmer.com/

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