Guilhem Valayé @ Le Connetable | 29.01.2015

Guilhem Valayé @ Le Connétable

Il ne suffit jamais de découvrir un artiste virtuellement : il faut forcément le voir « en vrai ».

Aussi, le coup de coeur que j’avais eu pour 3 minutes sur mer, j’avais bien l’intention de le concrétiser le plus vite possible, et pourquoi pas au Limonaire ce 7 février.

Pourquoi, PAS ?

Guilhem Valayé @ Le ConnétableA cause du massacre à Charlie Hebdomadaire par exemple. Et des jambes coupées. Du coeur écrabouillé. De l’incompréhension. La peine immense. L’horreur indicible. Comment sortir le soir après ce coup de massue ? Comment libérer l’esprit de toute cette horreur et se rendre disponible pour cette rencontre ?

Je n’ai tout simplement pas pu. J’étais incapable de quoi que ce soit sans doute, de toute façon.

J’ai eu de la chance ensuite. Qu’il ne soit pas diffusé de suite dans cette émission. Qu’une autre occasion me soit donnée de le voir jouer avant tout ce qui va suivre et qui, forcément, changera beaucoup de choses. La chance de le voir en si petit comité (une quinzaine de personnes, des fidèles), dans cette cave voûtée du Connetable où, du temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, Cocteau et Jean Marais, Yves Mourousi et qui sait encore quelle autre figure de ce Paris d’un autre âge qu’on imagine si bien entre ces murs, avaient leurs habitudes. La chance d’avoir le temps d’échanger longtemps, avant, et après, pour discuter du Québec et de Louis-Jean CGuilhem Valayé @ Le Connétableormier (pour lequel il a fait les choeurs alors comment voulez-vous que ça ne m’impressionne pas, moi qui aime tant Karkwa) et de Pierre Lapointe, de Bashung et de Joséphine (et de La nuit je mens), de Félix Leclerc, de U2, des différences entre la musique française et la musique anglo saxonne, des sonorités, de la langue, de ce que donnerait Where The Streets Have No Name en français (allez, chiche ?). Et de The Voice aussi. Et de Neeskens, son magnifique compagnon d’aventure (les indés en terre TF1 … auraient-ils changé eux qui sont également allés chercher Mathilde et auraient pu convaincre Joachim ? Ou simplement voulu aller chercher cette audience là ? – on dirait que ça marche, en tout cas).

Ceux qui sont là, sagement assis sur les chaises pliantes, n’ont pas attendu la télé pour aimer l’homme et le groupe. Je les entends parler d’autres concerts, de grandes chansons et de grands chansonniers ; ils sont de ceux qui écument les petits endroits un peu partout près de chez vous et dont on ne parle jamais dans les médias ; ils sont de ceux qui font vivre cette si belle scène française qui mériterait tellement une autre exposition. Guilhem Valayé @ Le ConnétableIls sont de ceux qui suivent des artistes au talent immense autant qu’intemporel, des Nicolas Jules, par exemple (relire le billet sur son concert au Limonaire ICI), de ceux qui aiment les mots.

C’est d’ailleurs par un extrait de L’homme rapaillé de l’auteur québécois Gaston Miron que Guilhem Valayé (qui est venu après avoir « repassé [sa] plus belle chemise », coiffé ses cheveux en arrière et revêtu une veste de costume) entame son set, avec une élégance certaine. L’amour des textes, de la langue, de la culture francophone transpire à travers les chansons, qu’elles soient originales ou reprises (Felix Leclerc, Jean Fauque, Louis- Jean Cormier…). Tout compte, rien n’est anodin. Les paroles à tiroir, les sens cachés, la poésie, la structure d’une phrase, son rythme, le souffle requis pour en accoucher, le placement de la voix. On sent bien, derrière l’interprète, le perfectionniste. Et pas seulement dans le soin qu’il met à réaccorder sa guitare entre chaque morceau. Guilhem Valayé @ Le ConnétableMais aussi, mais surtout, dans la maîtrise de la voix, si rare, si exceptionnelle qu’on ne peut qu’imaginer les heures à penser, à expérimenter, à refaire jusqu’au résultat escompté, jusqu’au résultat satisfaisant, jusqu’au résultat juste.

Cette impression de maîtrise, de perfection, va encore au delà. Car Guilhem Valayé est très beau. La structure de son visage, ses angles, ses yeux, le dessin de son nez, de ses lèvres, sa façon de capter la lumière, ses irrégularités même, tout est graphiquement assez parfait ; comme si tout avait été prévu, créé sur commande. Ce qui est, finalement, est très injuste pour lui au regard de l’importance du reste, et de sa voix avant tout. Pas tant sa voix, encore une fois, que de la façon dont il l’utilise et dont il sert avec un bonheur égal un mot, un sifflement, un fredonnement, une vocalise toujours sobre. Guilhem Valayé @ Le ConnétableL’écouter c’est porter attention au moindre détail, jusqu’à la façon d’accentuer davantage une syllabe plutôt qu’une autre, de laisser poindre une intonation à la Brel sans jamais y aller complètement, de tenir une note sur une durée idéale, jamais trop longue, parfois plus courte qu’on ne s’y serait attendu (mais en fait oui, la bonne durée, bien sûr qu’il avait raison), pour l’arrêter au moment exact où cela devait être. La retenue est folle, la justesse des choix, indubitable, la classe, absolue.

Une maîtrise qui s’étend à sa façon de mener son tour de chant. Là encore, si jamais l’improvisation a sa place, impossible de le deviner. La mise en scène est prégnante, qu’elle habille les interstices créés entre chaque titre par cette fameuse guitare (« c’est la pire, mais c’est la plus belle, ma préférée, celle de mon père ») ou les chansons elle-mêmes, illustrant les paroles d’un sourire asymétrique léger, ébauche de sourire carnassier sans le devenir jamais vraiment, appuyant les mots d’un regard droit qui fixe et qui transperce (« tu as remarqué comme ceux qui chantent en anglais ne te regardent jamais ? »). Alors, après avoir pensé à Brel dont il est si différent, c’est l’image d’un Romain Duris qui s’est imposée parfois, de façon toute aussi surprenante.

Début février, Guilhem a posté ce très beau texte sur sa page Facebook :

« Après m’être approché craintivement de la main tendue.
Après avoir reculé cent fois pour me voir revenu.
Après les soviets suprêmes houleux, ajournés faute d’unanimité.
Le temps était venu de construire d’autres fenêtres.
Un consortium de mains fières.
Attachez votre ceinture et soutenez moi.
Je vous promets vous ne le regretterez pas. »

Alors à présent, à vous qui me lisez, j’ai envie de dire que c’est à vous de jouer, si vous l’avez aimé, pour le porter loin et lui offrir ce cadeau inestimable : cette liberté de continuer à faire ce qu’il fait de mieux, de la musique, de la chanson, de la création artistique.

Car si l’homme est de ceux qui donnent, ce serait tellement, tellement bien s’il pouvait recevoir à hauteur…

https://www.facebook.com/3minutessurmerlegroupe

https://www.facebook.com/guilhemvalayepublic

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