Composite, le nouveau MONOGRENADE

monogrenade

À l’instar de nos voisins belges, nos cousins canadiens se font de plus en plus visibles en musique, et c’est tant mieux. À l’écoute de Monogrenade, il est difficile au départ de ne pas penser à leurs compatriotes québécois Karkwa. Leur musique est un peu différente pourtant : moins inspirés sur le plan des mélodies, ils ont pour eux l’avantage de l’élégance des cordes. À l’époque de Tantale déjà, sur l’Araignée, revenaient en tête les violons de Jack The Ripper, référence suprême s’il en est. Il faut dire que la formation, vue aux primeurs de Massy en 2012, alignait violon alto et violoncelle en plus du reste, de quoi séduire largement. Or il y a toujours une classe certaine dans la musique de ceux qui ont reçu une formation classique dans leur vie ; cela se ressent dans les arrangements, et souvent en effet, dans ce désir de travailler avec les cordes et de le faire surtout de façon aussi parfaitement dosée.

Pourtant, si ces dernières apparaissaient dès le premier album, il semble que Monogrenade a franchi un cap avec Composite. Plus rythmé que son prédécesseur, l’album surprend en faisant la part belle à une électro de dancefloor hyper typée « french touch ». On s’étonne moins de lire sur l’une de leur interviews que les québécois ont écouté beaucoup de cette musique là précisément, et qu’ils adoreraient jouer avec Sébastien Tellier.

MonogrenadeCDUne autre avancée réside dans le travail accompli sur le disque dans tous ses aspects. Car Composite est cette fois un concept album, plus recherché dans ses sons mais aussi dans la cohérence de l’ensemble qui s’articule autour du thème spatial, depuis les illustrations de la pochette et du livret, jusqu’à l’utilisation des synthétiseurs – qui créent une bande son idéale – en passant par les paroles, toujours en français (« je ne suis pas là, je suis quelque part, dans l’espace, je suis fait d’encre et de poussière, de coïncidences imaginaires » ), qui explorent et interrogent notre complexité d’être humain.

D’un morceau à l’autre, les richesses de l’orchestration et la variété des genres abordés poursuivent la justification du bien nommé Composite. Portal sert de prélude instrumental au voyage en passant du synthé au piano, batterie jouée aux balais et cordes. L’aimant qui lui succède est ciselé comme de la dentelle avec force violons et une boucle de guitare entêtante. Le Labyrinthe, non content d’être un grand moment de pop avec sa basse remarquable s’offre la voix de Marie-Pierre Arthur, autre artiste phare de la scène québécoise. Plus loin, Metropolis (inspiré du film de SF du même nom) se pare de l’électro la plus pointue ponctuée pourtant d’un cor français impressionnant. Sur cette lancée, Phaéton pourrait rivaliser avec des expérimentations à la Radiohead tandis que l’excellent Tes yeux, entre synthés, guitare groovy et guimicks ultra efficaces feraient se trémousser les adeptes les plus acharnés de Daft Punk. Pour finir, Monogrenade boucle la boucle avec un phénoménal et cinématique Le Fantôme, qui, sur plus de sept minutes, nous embarque dans un space opéra particulier où les pianos concertiques et les crescendos épiques surfent sur la mélancolie d’un Arman Méliès autant que sur la géniale folie d’un Pierre Lapointe, période Forêt des Mal Aimés.

Alors, si à la longue le chant brumeux de Jean-Michel Pigeon peut lasser, c’est vrai, on ne peut néanmoins que louer la grandeur d’un groupe capable de commettre un album d’une si haute facture. Et attendre la suite !

Article publié chez Discordance

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