Lou Doillon : Places

On croyait avoir fait le tour des filles et des fils de, tout particulièrement dans le clan Gainsbourg qui, pensait-on, allait mettre un peu de temps à se relever de l’essai d’un certain Lulu. Et ce n’était certainement pas l’annonce de la sortie du bébé musical de Lou, la fille de Jane Birkin et de Jacques Doillon qui allait pouvoir nous exciter, ne serait-ce qu’un peu. Sauf que…
Ne croyez pas qu’il s’agit d’un hasard si l’album de Lou Doillon a fait l’unanimité depuis sa sortie. Certes, on peut concevoir qu’un tel concert de louange agace mais après tout, s’il est mérité ?

On pourrait mettre en avant la réalisation d’Etienne Daho et le mix made in Philippe Zdar (Phoenix, The Rapture, Cat Power) pour donner d’emblée une légitimité musicale à l’ensemble et vous vendre ledit bébé, mais ce ne serait pas tout à fait honnête. Pas que leur (grand) talent ait peu d’importance, non ; plutôt qu’il n’occulte en rien le fait que ce disque, et c’est sa plus belle qualité, est avant tout le disque de Lou Doillon, auteur, compositeur, interprète. A emmerder profondément toutes les filiations possibles et imaginables, tous les préjugés, toutes les accusations trop rapides, et le reste aussi.

Au commencement il y a une voix. Chaude, enroulée, au timbre marqué, particulier, indéniable expression d’une personnalité forte, davantage orientée vers l’Amérique des années folles que vers l’Angleterre. Autant dire qu’on ne s’y attendait pas, à ce grin vintage, ces intonations hyper expressives, cette émotion juste, cette profondeur et cette puissance. On attendait une Jane ou une Charlotte, on se retrouve entre une Rosemary (Moriarty) et une Joan (Joan As A Police Woman).  Première claque.

À la suite de quoi la leçon continue, titre après titre. Car après la voix, ce sont les morceaux qui font mouche. Mélodiques, entraînantes (Make a Sound) ou mélancoliques (Hushaby), nombre d’entre elles sont dignes des plus grands songwriters et coulent de source. Évidentes. Faciles à l’oreille. Une folk dont l’écoute n’ennuierait pas, aux arrangements brillants, forts d’un piano en colonne vertébrale, de cuivres au mix parfait, un peu lointains, d’une batterie aussi omniprésente que discrète, hyper classe, aux balais.

Et puis il y a les textes. Maquillés d’anglais, pudiques, sincères, déstabilisants par leur recul, leur vision détachée des choses et en même temps, lourds de tant de choses vécues que la musique décharge avec bonheur, après tout. Un tour de force.

Comment rester indifférent ? Devant Jealousy dont le piano rappelle Cold War Kids ou carrément… Fiona Apple ? A l’écoute de Questions and Answers qui n’aspire qu’à dessiner les véritables contours de son auteure ? A l’instant de Places, par-dessus tout, avec son très beau crescendo et ses chœurs ; une chanson intense, globale, une chanson de quête, d’une fausse simplicité, prenante et poignante. A en rester un peu sonné, la gorge serrée.

Introducing Lou Doillon. Une vraie personne. Et une chanteuse aussi.

Pardon, Mademoiselle Lou Doillon, de vous avoir méjugée à ce point. On avait tort sur toute la ligne.

Artcile publié sur Discordance.fr

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