Primeurs de Massy 2012 – Jeudi

Je me souviens encore de ma première fois aux Primeurs de Massy, en 2005. Avec DAhLIA que j’ai tant aimé, Mansfield.Tya qui m’avait fascinée, Sébastien Schuller qui m’avait fait planer, Smooth et son groove magnifique. 2006 fut témoin de mon coup de foudre pour Arman Méliès, 2007, de mon désamour, malgré la presta flamboyante des Stuck in the sound qui n’osaient sans doute imaginer que cinq ans plus tard, ils se produiraient en tête d’affiche à l’Olympia. 2007 qui vit le triomphe d’un festival blindé de hipsters cette année là ; misère, les parisiens avaient franchi le périph, toute la presse et la blogosphère semblaient s’être donné rendez-vous là et on avait du mal à mettre un pied devant l’autre. J’ai fait une overdose probablement, et pris mes quartiers d’hiver les quatre années suivantes à Trégastel, Côtes d’Armor, où ma maman venait de s’installer. Besoin d’air.

2012 le retour, donc. Avec cette ambiance si particulière que j’affectionne et dont je me souvenais : les crêpes maison et les tables dans le patio, les artistes accessibles comme ils ne peuvent jamais l’être à Paris, que l’on croise dehors ou dans les couloirs. Nettement moins de monde, et pas la queue d’un journaleux – la faute sans doute au Pitchfork programmé au même moment. La banlieue qui retourne à la banlieue. et qui me revient un peu, par conséquent.

 La répartition de l’affiche est cruelle. Mina Tindle le mercredi, Lescop le jeudi, Rover le vendredi, Lippie le dimanche, mes quatre têtes d’affiche personnelles : la torture est l’écartellement. Il aurait fallu y être chaque soir au moins pour ceux là. Choix cornélien. Lescop jeudi est évident, d’autant que cela me donnera l’occasion de voir les canadiens de Monogrenade dont on m’a fait parvenir l’album. Il faudrait aussi ne pas manquer Mina Tindle que j’ai jusqu’ici contournée avec application (2ème degré, bien entendu : j’enrage, et pas qu’un peu) mais comment ne pas aller voir Lippie dont j’ai tellement, tellement aimé le disque ? Le samedi s’ajoutera donc au jeudi. Et tant pis pour Rover, que j’ai eu au moins la chance d’applaudir à la Boule Noire l’an passé. Au moins, je me dis que j’y vais pour en découvrir d’autres. Nous verrons bien.

Emel Mathlouti @ les Primeurs de Massy 2012La soirée du jeudi commence par Emel Mathlouthi, qui chante en arabe (et un peu en français, et un peu en anglais aussi) pour la Tunisie d’avant 2011, la liberté, contre toutes les dictatures et « la haine de l’être humain ». Ah. Okay. Robe bustier en cuir ou simili, bottes à talon, cheveux jusqu’aux fesses et tatouage en langue arabe autour du biceps, c’est un peu la Hélène Segara révoltée de là-bas, donc. Affreux sentiment, alors que l’on voudrait se ranger derrière sa bannière mais que l’on n’y parvient pas. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’on n’est pas touché et même, que l’on s’ennuie ferme dans ces fauteuils qui n’ont pas été retirés de la grande salle – du jamais vu. Lorsqu’elle revient en rappel dédicacer une chanson de Dolores O’Riordan « à tous les petits anges qui s’en vont dans le ciel », (Angels go to heaven), on se dit que décidément, ce sera resté mal barré jusqu’au bout. Et puis non, car on est cueilli par un petit air de This Mortal Coïl en forme d’archer sur guitare électrique, tandis qu’on a enfin l’impression que la voix est mise en valeur, pour rattraper le set in extremis. Il était plus que temps…

Gaby Moreno @ Les Primeurs de Massy 2012Lui succède Gaby Moreno, qui est une femme, ce à quoi je ne m’attendais pas. Une femme cheveux au carré court bouclé, pour un visage frais d’un naturel désarmant qui conquiert dès le premier coup d’oeil, avant même le premier coup d’oreille. Une femme avec une sacré belle guitare au son bluesy et une voix de la même facture, chaude et légèrement grattée. Pour un peu, on se croirait dans une cave voûtée à New-York et la salle « Le Club » n’a jamais aussi bien porté son nom ; ne manquent que de profonds fauteuils en cuir. Gaby Moreno parle beaucoup entre les morceaux et charme le public de Paul Bailliart. Elle explique qu’elle n’a plus de voix : elle a attrapé froid en Suisse et en Norvège, dit-t’elle avant d’embrayer sur une ballade en espagnol – « my native language ». Originaire du Guatemala, la chanteuse, qui a immigré à Los Angeles il y a 12 ans dédicace ensuite un titre un mi-country mi-latino (mais toujours en espagnol) à tous les immigrants en quête d’une vie meilleure. On n’est plus à New-York mais bel et bien en Amérique Latine, même si un morceau de « spanglish bossa-nova » sera commencé en espagnol, et finalement achevé en anglais. Et puis, alors que l’on finit par penser à la grande Luz Casal, c’est avec Laisse tomber les filles le titre phare du Boulevard de la mort de Tarantino que Gaby Moreno nous surprend, achevant de nous cueillir tout à fait. Dans la salle, ça se déhanche en chantonnant : les jeux sont faits. Simplicité, rythme imparable et grande classe.

LESCOP @ Les Primeurs de Massy 2012Retour dans la grande salle où les fauteuils ont été retirés. Lescop, enfin. Je ne l’ai pas vu tant que ça si j’y réfléchis bien. Lille en 2006 avec Asyl, le Pop-In en 2011 pour son tout premier concert en tant que Lescop, FNAC Live cet été. Je ne sais pas ce qui fait qu’il m’est si familier, mais avec l’excellent Cédric le Roux (Phoebe Killdeer & the Short Straws, Joseph d’Anvers, Saez, Deportivo, Florent Marchet – et j’en passe) à la guitare, cette fois sera forcément différente des précédentes. Je suis assez impatiente, d’ailleurs, d’être témoin de ce choc visuel, entre un Lescop champion de l’intériorisation et un le Roux tellement extraverti que sur une scène, il vole facilement la vedette à ceux qui l’accompagnent. J’ai beau aimer absolument leurs deux styles, le contraste est si fort que j’ai peur qu’ils soient plutôt très mal assortis.

LESCOP @ Les Primeurs de Massy 2012Au final je suis un peu rassurée. Forcément, mon attention est régulièrement détournée de Lescop, mais le plaisir est quasiment doublé. Honnêtement, je ne suis toujours pas sûre que ces deux là aillent si bien ensemble, malgré tous les efforts du guitariste pour se brider. Mais le résultat est là : quel bonheur que cette guitare très rock, hyper généreuse, que ces longs riffs dont Cédric jouit visiblement tandis qu’il illumine toute la scène d’une rare présence. Impossible de rester indifférent face à lui. Immanquablement, un large sourire vient se fixer sur le visage du spectateur – car c’est un spectacle, sans aucun doute, que de voir Cédric le Roux jouer. Le mec donne sans compter et a l’attitude rock-n-roll qui tue. Même retenu on le croirait monté sur ressorts, jambes écartées, les genoux rentrés en dedans par intermittence (et parfois, un pied) dans une posture limite rockabilly par instants, son corps tout entier rejeté en arrière à d’autres. Il vit l’instant, le goûte, le savoure, s’en mord les lèvres avant de le renvoyer dans le public pour lui en faire profiter. Une montagne d’énergie, positive, dont on pourrait parier qu’elle ne sera jamais blasée. Un enthousiasme qui fait du bien, qui nourrit. Le truc dont on se gaverait jusqu’à l’orgie. Mais tellement !

LESCOP @ Les Primeurs de Massy 2012C’est vrai qu’avec tout ça, Lescop au centre est un peu moins au centre. Avec ma petite caméra je m’attache avec application à revenir sur lui pour ne pas manquer l’autre moitié du spectacle, si différent ; complémentaire, peut-être ? Car si Lescop est plus habité que quiconque, sa lumière à lui est noire. Son teint pâle, son visage de statue antique, ses cheveux noirs coupés très court, son corps fin, aiguisé comme un couteau, ses yeux presque blancs lorsqu’il chante, son chant parlé, de velours, sensuel, sa diction travaillée comme la pensée d’une flèche tendue vers sa cible, sa gestuelle saccadée, tout est fascinant chez lui, tout hypnotise. LESCOP @ Les Primeurs de Massy 2012Autant Cédric le Roux projette vers l’extérieur, autant Lescop aspire à lui. Il faut se laisser faire, tâcher d’entrer dans sa bulle, ne rien retenir. Il y a un côté malsain évident chez ce garçon. Vénéneux plutôt. A s’approcher de trop près, on sent qu’il y a matière à se perdre. Le magnétisme qu’il dégage est évident, son intensité est une force d’attraction à laquelle bien peu pourraient résister. Il faut se tenir à distance, conserver le mystère : on sent confusément que tout est là. Bien sûr, on pense au film d’Anton Corbin. La beauté tragique de Ian Curtis. Les images en noir et blanc. Bien sûr, on pense à Daho, à Indochine, à Darc, à Marquis de Sade. Quelles plus belles références, du reste ? Mais qui pourrait me dire qu’un Lescop, lorsque l’on s’y plonge, fait longtemps encore penser à qui que ce soit d’autre qu’un Lescop ? Et comment ne pas s’incliner tout à fait devant la puissance mélodique d’un La Forêt, La nuit américaine, Tokyo la nuit (co-écrit avec AV), Le vent ? Ne pas saluer ce chant en français, pour d’autres casse-gueule, pour lui indispensable, sans fautes – et qui sonne, s’il vous plait ! Amen. La messe est dite pour ma part. Lescop forever. Malgré les synthés.

Monogrenade @ Primeurs de Massy 2012Ce seul concert l’aurait déjà comblée mais je suis vernie, j’ai droit à Monogrenade ensuite. Difficile de ne pas les comparer à leurs compatriotes québécois de Karkwa. Leur musique est un peu différente pourtant. Je les trouve moins inspirés ; pourtant me reviennent en tête les violons de Jack The Ripper, référence suprême s’il en est, sur l’Araignée. Il faut dire que la formation présente violon alto et violoncelle en plus du reste, de quoi m’attendrir largement. Les cordes, dès qu’elles ne sont pas larmoyantes, donnent une élégance particulière à un concert. Je suis séduite, je l’avoue. Et déconcertée, alors qu’il me faut admettre que c’est leur titre le plus folklorique musicalement qui me plait paradoxalement le plus : « Ce soir j’te fais danser, j’te jure j’te fais danser, j’tai pas oublié … ». Vlan, avec le crescendo, l’émotion me saisit. J’ai l’impression qu’il y a bien davantage que de l’insouciance dans ce morceau dont je n’avais pas pris toute la dimension sur leur excellent album Tantale. Il faudra l’écouter à nouveau, avec cette clé là. Et les accents brumeux du chanteur en tête, un peu lissés sur disque. J’ai le sentiment d’avoir beaucoup, beaucoup de chance avec ma soirée décidément.

Red Baraat @ Primeurs de Massy 2012J’ai un peu de mal à passer de la classe successive des Moreno, Lescop et Monogrenade à la grosse artillerie de Red Barraat. Il est minuit passé et un cinquième groupe, pour me garder, aurait du se tenir loin de la musique festive. J’ai beau adorer les cuivres et sourire devant cette fosse qui ne se fait pas prier pour danser et lever les bras et bouger les hanches sur commande, cette sorte de Ministère des Affaires Populaires à la sauce bollywood me retiendra tout juste trois titres avant qu’il soit temps pour moi de demander grâce et de me retirer sur la pointe des pieds.

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To be continued …

Toutes vidéos et photos sont (c) Isatagada
Pour un album photo par artiste, rdv ICI

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