Stuck in the Sound à la "Pursuit" de l'éternelle jeunesse

Curieux patchwork que ce troisième album studio des Stuck In The Sound, selon eux, l’album « de la nuance et de la dynamique ». Entre l’inécoutable et le très bon, revue d’un disque sans concessions.

Histoire de mal commencer, le premier rendez-vous avec Pursuit s’était soldé par un échec. Stuck in the sound @ Zénith de ParisLa mise à disposition de Bandruptcy, premier extrait offert en téléchargement gratuit, avait été suivi d’un silence d’autant plus assourdissant qu’il avait été précédé d’une impatience manifeste sur les réseaux sociaux. Pas franchement fédérateur, il faut dire que ce genre de titre aux hurlements insupportables semblait davantage le fait d’une bande d’ados boutonneux bricolant dans son garage que d’un groupe dont on attendait beaucoup à l’aube de son troisième disque. Peut-être parce que, justement, il était né dans le tout nouveau studio de Montreuil aménagé par le groupe lui-même…

Grosse déception donc, rapidement suivie d’un clip hallucinant pour Pursuit, qui se répandit comme une traînée de poudre. Buzz mérité eu égard à ce montage incroyable mêlant une bonne trentaine de blockbusters des années 80, dans lesquels les membres des Stucks piquent la place des héros, de Top Gun à Retour vers le futur en passant par Dirty Dancing ou E.T., grâce à la magie de petits copains surdoués de la 3D et de l’animation. Succès en demi-teinte, toutefois, lorsqu’au moment de se pencher sur la musique il avait fallu se rendre à l’évidence : une fois le choc des images passé, on se souvenait à peine du titre, loin de se hisser à la hauteur de la vidéo.

Le problème dans ce cas, c’est bien d’aimer les Stucks. Et même de les aimer beaucoup. Malgré leur entêtement à écrire des titres bien gras à l’américaine (horrible Bandruptcy donc, mais aussi My Life, I told you – qui finit pourtant tellement mieux qu’il ne commence – et Purple — tous plus braillards les uns que les autres), leur sale habitude d’empiler les parties instrumentales les unes par-dessus les autres et les murs de guitare jusqu’à l’overdose, ou encore leur manque de constance mélodique (quelle chanson fredonne t’on réellement depuis le tubesque Toy Boy ?). Stuck in the sound @ Zénith de ParisParce que ce groupe peut compter sur la voix incroyable de José — sans aucun doute l’une des plus belles en France actuellement —, une énergie scénique aussi bon enfant qu’elle est débridée (« Foutezzzz l’bordelllll ») et une générosité impossible à prendre en défaut. Et parce qu’à les suivre depuis leurs tout débuts, ces gars-là semblent tellement s’amuser, loin de la scène rock « so hype » mais surtout « so prise de tête », qu’on s’y est attaché pour de bon, prêt à tout leur pardonner.

Fort heureusement, il y eut Brother. Brother, troisième extrait salvateur, qui permettait enfin de retrouver sans retenue l’enthousiasme tant espéré pour la sortie de cet album. Brother qui fit l’unanimité en séduisant dès les premières secondes avec son rock électro fulgurant, comme la parfaite B.O. d’un film de SF. Brother et son rock à la fois intemporel et moderne, avec ses guitares incisives et inspirées, sa rythmique au headbanging immédiat, et la voix inhabituellement cassée du chanteur qui surprend et pimente l’ensemble. Brother et son clip manga, couronnant d’un seul et extra-ordinaire (en deux mots) coup les Stuck In The Sound champions absolus des générations élevées aux dessins animés japonais. Brother enfin, démonstration éclatante de l’immense potentiel d’un groupe qui a décidément tout compris aux années 2000.

Le feu désormais au vert, il était permis d’apprécier d’autres morceaux. Let’s go, hymne fédérateur taillé pour le live avec son titre à reprendre en cœur en concert, typique de l’efficacité des Stucks et déjà testé au Zénith en première partie d’Eiffel. Mais aussi des incursions vers la pop des Two Doors Cinema Club (September) ou de Phoenix (Silent and sweet, qui rappelle aussi les regrettés Rhésus), des ballades (Who’s the guy en illustration de promenade romantique sur fond de coucher de soleil psyché –cf la pochette —, Criminal dont la structure joliment travaillée s’épaissit au fur et à mesure de la chanson) ou carrément un instrumental comme la superbe et énigmatique Piste 14, laissée sans nom et qui fait possiblement partie des highlights de l’album.

Stuck in the sound @ Palaiseau

Impossible de se prononcer sur Tender en revanche, avec ses vocalises à la Freddy Mercury et ses incompréhensibles « ouhouhouhouhouhouhouhouh » qui font basculer le titre du côté kitchissime de la force… jusqu’au moment où, se retrouvant à le fredonner, sa puissance mélodique s’impose. De quoi hésiter entre le ridicule et le respect, et en fait, de quoi désarçonner n’importe qui.

Alors, si on n’a pas trouvé l’aspect « nuancé » dont l’a coloré le groupe, ce disque est sans aucun doute contrasté et dynamique, alternant le pire comme le meilleur, la testostérone outrancière et la subtilité, le sans intérêt et le génie, le bruit et la musique.

Au risque d’en décevoir certains et d’en réjouir d’autres, cet album ne sera donc pas celui de la maturité comme on aurait pu s’y attendre, mais plutôt celui d’une éternelle jeunesse puisqu’avec son évident côté régressif, les Stuck In The Sound n’ont visiblement pas l’intention de grandir tout de suite.

Mais en ces temps où finalement, la richesse à retirer de la musique a davantage à voir avec le plaisir d’en faire qu’avec les revenus qu’elle génère, qui blâmerait ces grands ados de n’en faire qu’à leur tête ?

nb : la piste 14 que l’on retrouve ici et là sous le nom de piste « ghost » n’est pas disponible en version digitale

Article publié sur Discordance avec une magnifique photo (c) Nico Brunet (à voir absolument) / Sur ce blog, la version de l’article est illustrée de photos (c) Isatagada

Stuck in The Sound sera en concert à la Cigale le 22 mars 2012 & tournée dans toute la France.

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