Blackpool & HitchcockGoHome au 1bis | 14.01.2012

Blackpool @ le 1bis 2012

Je ne dirais pas que je tuerais pour retrouver ce genre de sourire parce que la vie va et vient et que c’est comme ça après tout. Mais tout de même, presque trois ans après, c’est effarant de constater à quel point une cicatrise peut rester douloureuse. Comme les voir et être juste là, avec eux, me ramène à cette époque qui passe son temps à s’éloigner chaque jour un peu plus et curieusement, comme les voir malgré tout me rend heureuse comme si rien n’était terminé.

Avancer pour ne pas tomber, je crois que c’est comme ça qu’on dit. Pourtant je ne sais pas ce que je donnerais pour remonter le temps et revivre avec eux tous ces instants qui m’ont tout autant épuisée qu’ils m’ont rendue fière et vivante comme je ne l’avais été que rarement dans ma vie. Je n’ai jamais réussi à leur raconter à quel point leur confiance m’avait fait du bien, à quel point elle m’avait semblé incroyable. Ont-ils jamais su à quel point ils m’avaient usée autant que donné des ailes ? A quel point je me sentais la force d’un bulldozer, capable de renverser des montagnes, forte et assurée, consciente que le temps serait notre allié et tellement persuadée que notre incroyable « team » pourrait tout accomplir. Ont-ils jamais senti cette complicité comme je la sentais moi ? Comme si, alors que nous n’aurions jamais dû nous rencontrer et n’avions à vrai dire pas grand chose en commun, une sorte de miracle hautement improbable s’était produit, rendant chaque instant précieux au point qu’il se devait d’être vécu avec une intensité rare. J’aurais dû savoir qu’une relation aussi étrange que parfaite ne pouvait qu’être éphémère. Que quelque chose d’aussi naturel et quelque part, aussi beau, était forcément une escroquerie qu’il m’allait falloir payer.

Sans doute que j’exagère un peu. Mais j’ai l’impression de passer à la caisse tous les jours depuis notre « séparation », comme si c’était ça qui n’était pas normal finalement, de sentir ce lien alors qu’il n’existe plus et qu’il faudrait « passer à la suite » – mais quelle suite ? qu’est-ce qui pourrait jamais égaler ça ? Je me sens un peu comme ces gens qui ont encore mal à ce bras dont on les a amputé…

Nul besoin de se parler. Les regards suffisent. On est heureux de se voir ils sont heureux que je sois là et je suis heureuse d’être là. Et « heureuse » n’est pas un vain mot. C’est ce que je ressens dans tout mon corps, c’est ce qui m’habite quand je les revois. Ca aurait presque une consistance tellement ça me remplit. Physiquement. Alors on sort d’un concert avec la patate, tout illuminé en dedans de ce bonheur de constater qu’on peut être fier de ce groupe avec lequel on a partagé tant de choses. Et puis on se retrouve connement dans sa voiture, la machoire serrée, le mal au bide et le coeur gros de tous ces moments enfuis.

C’était comme une drogue en fait, de vous manager, les Blackpool. Je n’en ai que trop conscience alors pour rien au monde je ne replongerai mais quand je vous vois j’ai envie de vous serrer dans mes bras, voilà.

Blackpool @ le 1bis 2012

Et le concert dans tout ça ?

Le mieux sûrement, ça a été de voir à quel point les choses avaient changé depuis l’an dernier et ce set plombant à la Java. Même si on m’avait prévenue que j’allais avoir un choc en voyant Alex (« prépare-toi, c’est Franck Black ! ») et qu’en effet, vingt kilos de plus et le look hirsute n’auguraient pas forcément du meilleur.

Blackpool @ le 1bis 2012

Pourtant quel concert ! Dix titres dont sept nouveaux avec, très nettement, la patte du sieur Schlauberg à la guitare sur les deux petits derniers. Privilège d’abord, qui démarre en mid tempo malgré la tension sous-jacente avant d’appuyer sur la pédale de l’accélérateur, avec ce petit refrain tubesque l’air de ne pas y toucher, du genre à vous faire fredonner « I am the man, I am the man of your life » des jours durant sans même vous en rendre compte. Everyone ensuite, un titre hommage à l’extraordinaire James Brown, sur lequel il fait les choeurs tandis que Guits assure la partie funky d’une guitare que je ne lui connaissais pas et qu’Alex conclut magistralement : « like a sex machine. Fonk ! ».

Blackpool @ le 1bis 2012

Le groupe, dans cette nouvelle configuration, semble décidément avoir pris ses marques. Les sourires échangés témoignent d’une complicité qui fait plaisir à voir et les French F**ckers, c’est visible, s’amusent à nouveau. Les deux guitaristes manquent de partir dans un fou rire pour on ne sait quelle raisBlackpool @ le 1bis 2012on tandis qu’Alex, qui a laissé la seconde guitare, peut désormais s’épanouir dans un rôle de frontman qui semble avoir été écrit pour lui. Alors il danse, prend des poses, joue la comédie aussi (sur Ed Gein notamment, excellent morceau sur le tueur en série américain qui inspira notamment le Silence des agneaux) et fait le show comme il sait si bien le faire. Tandis que Fab ne touche quasiment plus son ordinateur ni son clavier (la basse le comble on dirait bien), Stef est toujours aux commandes d’une batterie impossible à prendre en défaut et on se rend compte, finalement, que ça joue bien et que l’ensemble est devenu foutrement solide.

En fin de set, 1er mai et surtout Pumpkins qui est LE final de folie (mais pas joué en dernier ce soir, dommage) sont toujours aussi efficaces et font danser le 1bis sur les rythmes résolument dancefloor du 1er album. Gros succès (ça vend du disque ensuite, ce qui ne trompe généralement pas) tandis que je me dis que loin d’avoir à rougir de ces gars là, je suis au contraire ravie, gonflée à bloc après cette presta, et confiante pour la suite comme je ne l’avais pas été depuis longtemps.

Cerise sur la gâteau, Olivier nous confie après le concert que le programmateur du Nouveau Casino, enthousiasmé par les premières démo de son projet solo SCHLAUBERG, souhaite le faire jouer très prochainement, possiblement en avril prochain.

Classe tout ça ! On dirait que le temps des possibles est de retour.

HitchcockgoHome @ Le 1bis 2012

La classe, on pourrait en reparler avec HitchcockGoHome, l’autre groupe de Guits aka l’homme aux mille vies, bien planqué derrière sa barbe et ses gros pulls. Derrière le masque se trouve en fait un homme qui parle japonnais et hollandais (il a vécu dans ces deux pays jusqu’à ses douze ans si je me souviens bien), sillonne la terre entière au son des musiques du monde, est capable de se fendre d’un sourire aussi magique qu’il peut avoir parfois l’air peu commode, et surtout, parvient sans être schizophrène à jouer de la guitare dans deux formations aussi différentes que Blackpool et HitchcockGoHome. Guits donne le sentiment de tout maîtriser, tout le temps ; et Guits, dont on pourrait jurer qu’il est indestructible, m’a toujours hyper impressionnée.

HitchcockgoHome @ Le 1bis 2012

La première fois que j’ai entendu HGH, donc, j’ai eu du mal à m’en remettre. Passer de la musique crâne et dansante des adeptes de Madchester à la délicatesse d’une formation qui avait davantage en commun avec Syd Matters qu’avec les Stones Roses était trop inattendu.

J’ai beau avoir intégré le truc à présent, sur scène le décalage est plus flagrant encore. Les attitudes sont retenues, la guitare se joue avec archer, la batterie se traite avec respect et au chant, si la voix déraille un peu, ce n’est pas parce que le punk n’est pas mort mais paHitchcockgoHome @ Le 1bis 2012rce que l’émotion est trop grande.

Pour mieux écouter, une bonne partie du public s’est assis en tailleur. HGH a déjà deux albums merveilleux à son actif et c’est un régal de réentendre ces titres tous plus enchanteurs les uns que les autres. ODD est sans aucun doute mon préféré mais il ouvre le set, ce qui me surprend et ne me donnera pas le temps de sauter sur mon appareil pour le filmer.

HitchcockgoHome @ Le 1bis 2012

D’un titre à l’autre le dépaysement se fait peu à peu total, au son des harmonies vocales de Fanny et Martin qui alternent le chant lead, ou d’un banjo de ménestrel.

Le dernier titre, Blank, sera joué sur près de dix minutes avec la complicité de Thomas Sorrel qui a remixé le titre pour mieux le faire exploser en live. Guits exhorte le public à se lever, Fanny, qui ne sait plus si elle doit chanter ou laisser faire la machine danse, complètement libérée.

Et puis c’est la fin du voyage, tout le monde descend. Sauf ceux qui resteront profiter des sons du DJ Sorrel, toujours aux commandes.

(Leurs disques sont sublimes, achetez les : http://www.drunkdog-records.com/hitchcockgohome_f.htm)

C’était bien trop court, évidemment, chez Elodie qui a aménagé sa grange en salle de concert afin de partager la musique qu’elle affectionne au coin du poêle.

Mais quand on est bien, quand on aime, c’est toujours trop court…

.

Plus de photos by Isatagada : Blackpool / HitchcockGoHome (cliquez sur le nom des groupes)

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Une réflexion sur “Blackpool & HitchcockGoHome au 1bis | 14.01.2012

  1. Leur prochain concert, je reviens avec toi 😉
    Parfois les pages ne se tournent pas, faut faire avec, pas le choix… Mais tu peux en sourire et c’est une vraie chance…
    Des bises

    J'aime

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