Pourquoi il ne faut pas passer à côté de DRIVE

 

DRIVE est sorti en France il y a plusieurs semaines de cela déjà et je vous en aurais parlé si ce blog avait été un blog cinéma ou plus honnêtement, si j’avais eu le temps.

On le sait bien, nous les blogeurs, qu’un sujet évoqué en trop grand décalage avec l’actu diminue considérablement ses chances d’être lu et parfois il faut bien le dire, entrainés que nous sommes par cette course à l’immédiateté, nous perdons de vue que si nous écrivons ce n’est pas tant pour être lu que pour dire ce qui nous tient à coeur (car notre avis est essentiel, n’est-ce pas ?).  

Or en culture, qu’il s’agisse de littérature, de théatre, de musique ou de cinéma, l’immédiateté – osons le dire – c’est vraiment de la merde.

C’est ainsi que le billet le plus lu de ce blog (un blog de musique, je le rappelle) parle de Citadelle de Saint Exupéry, un classique, on peut le dire. Et que finalement, on ne voit vraiment la valeur d’une oeuvre que sur la durée, avec le recul.

J’ai donc vu DRIVE il y a deux ou trois mois. J’avais franchement aimé, sans pour autant éprouver le besoin d’en parler. Je n’arrive déjà pas à partager tout ce que je souhaiterais en musique, alors j’ai beau lire des livres (beaucoup) et voir des films (beaucoup moins), je n’écris que rarement à leur sujet.

Sauf que parfois, un enchaînement de circonstances fait que mon clavier me chatouille affreusement.

J’étais d’abord en voiture quand Radio Nova diffusa le titre Nightcall du groupe Kavinsky, plus connu pour figurer sur la bande son de DRIVE.

Et puis le soir même, une discussion animée sur Facebok me fit sortir de mes gonds pour défendre ce même film comme s’il avait été le mien. Parce qu’en lisant qu’il avait été surévalué, mon sang n’avait fait qu’un tour et qu’alors, tout m’était revenu d’un coup.

Pour commencer, la bande son était fantastique. Rien que sur les premières images, elle donne toute son atmosphère au film. Ces synthés froids électro so eighties, ces boucles lancinantes et hynotiques parfaites pour la route posent d’emblée l’atmosphère du film. Et pour ça, après quelques petites secondes seulement, DRIVE était déjà hors normes.

Pourtant, il y avait bien d’autres choses à dire.

Ce scénario, réellement, m’avait balladée du début à la fin. Sans avoir lu de ci de là des critiques me laissant présager autre chose qu’un film de courses-poursuites en effet, j’aurais eu du mal à aller voir un film intitulé DRIVE. Or le titre est bien la première fausse piste d’un film qui en comporte toute une liste. Dès le départ, les premières scènes laissent augurer d’un film d’action alors que c’est bien au delà de cela. Puis on croit que les deux personnages principaux vont rapidement se jeter dans les bras l’un de l’autre alors qu’il n’en est rien. Lorsque le mari d’Irène revient et interpelle Le Driver dans le couloir, on jurerait qu’il va lui casser la figure mais non, notre héros demeure impassible, répond à ses questions par un sourire ou à peine un oui ou un non… et le mari accepte l’amitié de sa femme  (« Let mommy talk to her friend »)  pour finalement la reprendre à son compte (l’amitié en tout cas ; la femme, un peu moins). Le héros lui même, réservé et mystérieux, se révèlera tout autre en avancant dans l’intrigue.

Le désir qui nait entre les personnages principaux est magnifiquement dépeint à travers une multitude de non-dits, de silences, de respirations qui soulèvent la poitrine, de sourires esquissés et surtout de regards incroyables ; autant de détails qui sont « l’avant » et qui sont tellement plus que des détails : des instants qu’on n’oubliera jamais alors que le désir s’est enfin concretisé.

Entre toutes, la scène où Ryan Gosling et Carey Mulligan se font face près de la fenêtre est sublime. Le temps semble s’être s’arrêter et l’attraction est si forte qu’on est à peu près sûrs qu’ils vont céder à ce désir tant le contraire parait inenvisageable. Pourtant Le Driver finit par s’en aller sans que rien ne se soit passé.

Alors que la droiture ultime du vrai faux couple semble avérée, la scène de l’ascenseur nous cueille à froid et nous trompe encore. Car si vous n’avez rien lu (ce qui m’étonnerait un brin car on n’a parlé que de cela) et pas encore vu le film, ne comptez pas sur moi pour que je raconte la suite de ces images.

Que j’ai n’ai pas franchement aimé cette fameuse scène importe peu : elle restera culte pour longtemps, comme le resteront les scènes précédemment évoquées (on m’a raporté qu’à Cannes, la salle avait applaudi à plusieurs reprises tout au long du film), le blouson frappé du scorpion doré qui se macule à mesure que l’histoire s’épaissit, ou encore l’ambiguité du personnage joué par Ryan Gosling.  

La façon de filmer, en outre, est assez originale. Les cadrages sont inhabituels, le survol de Los Angeles en fait une ville qu’on reconnait à peine alors qu’elle a été maintes fois filmée, les ralentis relayent idéalement le suspens, les zooms sont atypiques et parfaits, la façon qu’à la caméra de glisser sur ses personnages les décrit mieux que d’inutiles bavardages.

Non décidément, il y a tant à dire que ça vous colle le vertige.

Avec, le plus important peut-être : que cela faisait des lustres que je n’avais pas vu un film sans être en mesure de prévoir le plan suivant.

J’aime que l’on me surprenne. Et rien que pour ça, honnêtement …

 

Allez, je vous remets Night Call une dernière fois. Cliquez encore : ce titre est fantastique et il ne faut jamais bouder son plaisir.

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6 réflexions sur “Pourquoi il ne faut pas passer à côté de DRIVE

  1. @ Eva : pour Shame, je suis beaucoup plus nuancée. Je n’ai ni adoré (comme certains qui trouvent que c’est LE film) ni été profondément choquée. La photo est superbe (encore une fois, ça doit être le leitmotiv de 2011-2012 : faites de belles images, on verra plus tard pour ce que ça transmet), et la prestation de Fassbender m’a impressionnée. Mais un tas de trucs m’ont aussi gonflée dans ce film.

    @ Fléchette : je suis d’accord aussi sur certains points que tu soulèves (je ne suis donc pas totalement de mauvaise foi). « Gosling joue tellement bien que tu te demandes s’il est vraiment autiste, attardé ou s’il est timide. ». Là on est d’accord. Je me suis demandé pendant tout le film s’il jouait ou s’il était profondément attardé. D’après ce que j’en ai lu/vu par la suite, ça a l’air d’être un type sympa et pas plus idiot qu’un autre (fin pas beaucoup plus intelligent non plus hein) donc je salue la « prestation » de l’acteur d’avoir réussi à jouer un type aussi effacé. Quant à la scène de l’ascenseur, qu’on attend dès le début du film, c’est l’une des plus intéressantes du film (après la mise en scène de la mort dans le motel je trouve). Même si le contraste avec la scène suivante est un peu gros (changement de rythme et de cadrage = changement d’action), il a le mérite de nous surprendre (ainsi que la pauvre Carey Mulligan). En revanche, tu soulèves LE point crucial qui fait que je ne m’enflamme pas sur ce film : il ne m’a pas transportée.
    Quant à la « bouffée d’air frais », je l’ai plus ressentie devant « The Artist » (lui aussi avec de belles images bien construites, blablabla, vous connaissez le topo) ou d’autres films moins académiques que devant « Drive ». Mais comme disaient certains « On ne peut pas plaire à tout le monde », sinon bonjour l’ennui général!

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  2. Tu m’etonnes que ce comment vaille le coup d’oeil ! Henri Chapier a retrouve sa fille !!!!
    Bon moi je ne suis pas d’accord sur tout avec Ophe. Elle a raison sur les influences. C’est net. En revanche, ce film est une bouffée d’air dans le paysage cinématographique de 2011. Qui peut se vanter aujourd’hui de frapper si fort en s’inspirant autant de Lynch et des 80’s et en faisant un film d’une incroyable modernité ?
    Gosling, je comprends qu’on puisse ne pas être sensible a son charme (tres bien,une de moins a éliminer pour arriver au saint graal :p) – mais il joue tellement bien que tu te demandes s’il est vraiment autiste, attardé ou s’il est timide. Enfin, la scène de l’ascenseur : une des scènes les plus érotiques selon moi. Pourquoi? Parce que ce moment a tellement était attendu que son traitement si délicat le rend très sensuel ( en occultant la boucherie qui suit).
    Je ne suis pas tombée dans le panneau. Je suis juste montée faire une balade du cote de LA dont je garde un très bon souvenir.
    (je reviens pas sur la BO puisque tout le monde est d’accord).

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  3. @Ophé : je hacke ton post, mais j’aurais (malheureusement) pu écrire EXACTEMENT la même chose pour Shame (et ce que j’avais déjà éprouvé devant In The Mood For Love)…
    En résumé : esthétisant (oui la profondeur de champ, oui le bokeh, oui le cadrage léché etc), mais on s’ennuie un peu, quand même.
    Enfin je pense que je regarderai quand même Drive, histoire de comparer ce ressenti !

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  4. Parfait cet article ,qui résume bien ce film ,qui fait partie de ma hit list ,je l’ai vu deux fois et adoré deux fois ,je suis cependant étonnée que vous ne parliez pas du jeu ,et du charisme de Ryan Gosling qui contribue pour une énorme part à la beauté de ce film

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  5. C’est dingue comme un même film peut provoquer des réactions complètement opposées! Je me suis considérablement ennuyée pendant Drive.

    J’ai beau adorer les claviers des 80s, le générique m’a laissée de marbre (le morceau déboite, là n’est pas la question, je trouve juste qu’il n’apporte rien à l’image). La typo rose à la croisée entre Flashdance (et on sait tous le culte que je voue à ce film) et Midnight Express (film ô combien bouleversant, magnifique, poignant…bref à voir, revoir et lire le bouquin dont il est tiré) a provoqué un haussement de sourcil. D’accord c’est un clin d’œil à l’esthétique des films de série B des 80s. OK. Mais le reste du film ne ressemble tellement pas à ça que j’ai pas saisi l’utilité du truc. (Et pourtant, je trouve que la BO de Drive est un des meilleurs albums sortis cette année. Je ne remets pas en question les morceaux, juste leur pertinence sur le film).

    L’histoire. En soi, le scénar’ se tient. Mais il y a des longueurs. Et déjà que le film est lent, sensation accentuée par le fait que le personnage de Gosling parle quasiment pas pendant la première demie-heure (remarque, ce mec a à peu près autant de charisme qu’une endive, donc il le fait plutôt bien), ça devient plombant. Mais à la limite, l’absence de rythme du film n’est pas ce qui m’a le plus dérangée. J’ai même trouvé ça intéressant le contraste entre le fait que la mission du type c’est de jouer contre la montre et le fait que tout soit aussi lent. Intéressant, mais long.

    L’esthétique, maintenant. Ah c’est un beau film. Avec de très jolies images, j’entends. J’ai jamais foutu un pied à LA mais j’ai reconnu tout de suite la ville, rien qu’à la lumière (pas dans la première scène, donc, vu que ça se passe de nuit). Ce flare, si particulier. Et puis rapidement, je me suis rappelée que cette lumière jaune, aveuglante, je l’avais déjà vu filmée de la même manière. Et ça m’est revenu. La moitié des scènes sont outrageusement pompées sur la filmographie de Lynch (Sailor et Lula, surtout). Il ne s’agit pas que du traitement de la lumière, mais également de la composition de l’image (quand ils roulent dans le système d’évacuation des eaux, la scène du braquage, identique à celle de Sailor et Lula, et d’autres scènes en caisse qui m’ont rappelé Mulholland Drive). Alors oui, c’est un peu daté, Lynch, les images sont peut-être un peu moins léchées (et encore), mais c’est tellement plus intéressant!
    En revanche, je tiens quand même à saluer la quête de l’esthétique pour l’esthétique. La scène-boucherie-dans-la-chambre-d’hôtel est magnifique. L’art de sublimer la mort est certainement l’aspect qui m’a le plus intéressée dans ce film.

    Je ne reviens pas sur Ryan Gosling. J’aime pas le garçon, je le trouve lisse comme une planche de surf. Saluons cependant sa capacité à jouer le mec impassible, voire même absent. Il aurait presque réussi à engendrer de la tension. J’y ai cru, un moment. Et puis mes espoirs se sont envolés.

    Bref, j’ai vu Drive comme un enchaînement de très jolies images (il faut reconnaître le boulot du cadreur, du chef op’ et un peu du réal, mais juste un peu) et c’est tout. Un (très) long clip. Si on ne l’avait pas tant encensé, je serais ressortie de la salle en me disant « joli film, pas mal, pas le film de l’année, mais ça se tient, même si c’est pompé sur Lynch. La BO 80s c’est cool ça me rappelle Giorgio Moroder, tu sais le mec qu’a composé celles de Flashdance et Midnight Express ». Sauf que j’attendais tellement de ce film que j’ai été non seulement déçue mais surtout énervée. Enervée que des gens tombent dans le panneau (sans mauvais jeu de mots sur le code de la route). Ou alors c’est que je suis devenue aigrie.

    J’en ai fini avec mon roman. Je suis prête à me faire lyncher en place publique.

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