GOS – Red Mess & Many Nights : un debut et une fin.

 C’était en 2009, et GOS avait affolé TARATATA avec son clip « Make it short make it dance ! ». Dans un appart bourré de jeunes femmes en sous-vêtements, le groupe jouait en mode air guitar et en caleçon tout en se payant le luxe de ne pas être vulgaire une seule seconde, eu égard à la sobriété des dits sous-vêtements et à la superbe réalisation en noir et blanc. C’est ainsi qu’à peine la vidéo postée sur le site par un ami du groupe, les GOS se retrouvèrent propulsés dans TARATATA pour un enregistrement télé qui les laissât étourdis et heureux.

 

 

Leur album « Red Mess (&Many Nights) »  sort aujourd’hui en coffret collector, et autant le dire tout de suite, il est de la même facture que ce premier clip : original et classe. Attention les yeux, car non content d’y intégrer des vidéos, des titres inédits et une rétrospective du groupe, il offre également la reproduction des 12 visuels illustrant chacun des titres pour lesquels ils ont fait appel à des artistes en devenir : ceux qu’ils ont croisés sur leur route ; ceux qu’ils ont aimé, surtout. Graphistes, créateurs, illustrateurs (magnifiques artworks by My-Amh et Charlotte Morand par exemple, et photographes (Eva E. Davier et Nicolas Brunet en tête) se sont penchés sur chacun des morceaux de l’album pour imaginer l’habit de lumière qui lui siérait le mieux. Le résultat est somptueux, tour à tour poétique, futuriste ou arty à la New-Yorkaise mais dans tous les cas, aussi indé qu’inspiré.

Côté musique, même topo. Car de Julien Doré, David Délis, n’a vraiment que la tête. Pour les influences, Gos se situe plutôt du côté de nos voisins d’outre-Manche et de la brit pop de Radiohead ou de Muse, voire de nos français les plus british, les inénarrables Stuck in the sound. Impossible, donc, de ne pas remarquer les clins d’oeils appuyés à Kid A (pour le thème : excellent Machine) à In Rainbows (la guitare de Jigsaw falling into place… dans Sorry Masters) ou encore à Shoegazing kids avec Matthew Bellamy en featuring (Illusions). Malgré cela, le véritable tour de force est d’avoir produit un disque qui, sans feindre d’ignorer ses origines, affirme un son qui lui est propre et ne sacrifie rien. Si les guitares sont tranchantes et nous entraînent vers le dance floor jusqu’à l’épuisement, les mélodies n’en sont pas pour autant oubliées, relayées par des refrains entêtants (Make it shot make it dance, Back in town) ;  de la même façon, l’onirisme n’empêche en rien le rythme, ni la cohérence de l’ensemble, des ruptures, comme autant de respirations essentielles. Chaque chanson est construite avec un soin qui frappe, comme un projet au sein duquel le hasard n’a jamais eu droit de cité, travaillé à l’extrême, quasi méticuleux. Avec parfois des progressions sous influence (Your Absence), des échappées un peu folles (I run) ou des changements de style qui donnent toute leur spécificité au titre (Illusion et sa partie club de jazz, soutenue par une superbe ligne de basse), l’album est à la fois homogène et heureusement varié.

Si on l’aurait aimée plus sobre par endroits, la voix est le plus souvent bluffante, monte et descend sans effort, se faisant caméléon pour mieux épouser la musique, jouant sur tous les registres, glissant même une unique fois sur le métal (point final déroutant de Sorry Masters). Au contraire de nombreux groupes qui ne s’intéressent à l’anglais que pour la sonorité de la langue, GOS a visiblement accordé autant d’attention aux paroles qu’à tout le reste, tenant à ce qu’elles aient du sens. La cohérence est frappante avec les visuels avec lesquels les textes se marient pour mieux raconter des histoires aux thèmes immémoriaux. L’humain est au centre, mais il n’y est pas seul, et son environnement a son importance. Et si l’émotion est présente (Away), elle ne se limite pas à une sorte de mélancolie évanescente mais prend ancrage dans un environnement bien réel, en liaison forte avec une ville qui a son rôle à jouer.

La conclusion, avec Drop that match et sa guitare acoustique ramène à l’essentiel comme aux mots du chanteur laissés sur un billet de blog myspace, avec l’espoir de jours meilleurs, et une seule profession de foi : « Accepter l’envie de parler d’amour éternellement ».

On ne peut qu’adhérer. Et regretter que ce debut album, comme le groupe s’en explique sur le site qu’ils ont tout spécialement créé à l’occasion de sa sortie, ponctue en réalité le projet d’un point final…

 

**** 

Album disponible en version digitale sur Spotify, deezer, fnac.com, virginmega.fr, itunes, amazon.fr… et en coffret collector (édition limitée à 500 exemplaires) en écrivant à redmess.store@gmail.com ou sur http://www.upmystore.com/ (20 € + frais de port)

www.redmess.com 

http://www.myspace.com/gos605

Article publié sur Discordance.fr

Relire l’interview sur http://www.discordance.fr/gos-938-984

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