Applause @ Café de la Danse, release party – 7 juin 2011

C’était un peu étrange, cette atmosphère de début de concert célébrant la sortie du tout premier album d’Applause. Comme un premier rendez-vous, en fait : on voudrait se sauter dans les bras mais on n’ose pas, on aurait peur d’être jugé peut-être, ou plus simplement de franchir le pas.

Applause Café de la danse

Sur les gradins, des sourires heureux et impatients, bien qu’un peu timides, fleurissent sur les visages. Applause @ Café de la danse 2011La fosse est bonne élève et, religieusement assise en tailleur, semble avoir décidé de se la jouer contemplatif. Sur scène, Applause a pourtant entamé le set avec une intro un peu trop agressive pour un récital d’église, aussitôt suivie d’un tubesque Traceability à faire groover n’importe qui. Même The Woods, sorte de musique de film ultra planante sur disque, est plus brute, ne justifiant pas une telle retenue, alors que du côté des gens entassés et coincés debout à l’entrée, les murmures se font plus pressants, accompagnant les vœux des musiciens : « Debout ! Debout ! »

Alléluia : avec les premières mesures de All About You, il semble qu’on ait dépassé la phase d’observation et la foule se lève pour se laisser enfin aller. Applause @ Café de la danse 2011Exit la distance, le public et le groupe sont libérés, prêts à s’exprimer vraiment, à se lâcher sans se faire prier. Ce qui tombe bien du reste, au moment du cri aussi vocalisé que décomplexé qui s’arrache des tripes du chanteur en fin de titre. Pour ceux qui doutent encore qu’un cri peut être mélodieux, il faudra écouter Nicolas Ly : elle vient essentiellement de là, la constante référence à Jeff Buckley.

Dès cet instant, le concert bascule et tout s’enchaîne à la perfection. Applause Café de la danseLa set list pourrait faire école, dosée exactement comme il faut pour tenir tous les sens en éveil, alternant les titres déjà bien diffusés (après Traceability, Closer, Lighthouse, et enfin Black Sand – merci Nova) et les autres, les morceaux à l’énergie rock et ceux plus soul qui ont fait leur réputation (déjà), l’électro se faisant carrément invitée vedette ou parfois, plus discrète. L’intelligence de David Picard, aux claviers, n’est pas étrangère à ce qui s’apparenterait quasiment à un petit exploit, alors qu’on passe d’un registre à un autre avec une fluidité qui impressionne et même, une cohérence qui surprend, eu égard à l’éclectisme musical déployé. Ces claviers qui contribuent largement à l’excellentissime White Funeral, avec la bonne idée, en version live, de s’affranchir progressivement du parrainage Radioheadien pour se marquer définitivement du sceau APPLAUSE. On l’attendait au tournant, pourtant, ce titre, encore jamais joué à Paris ; tellement exceptionnel qu’on préférait se préparer à une relative déception. Applause @ Café de la danse 2011Or, ce fut tout le contraire. Plus rythmé encore – voire quasi tribal – grâce à la fantastique batterie de Jérémie Mosseray, plus irrésistible encore grâce la force d’attraction de la guitare du très rock Manuel Roland (qui termine en faisant crisser les cordes sur le pied de micro), le morceau est une magie d’équilibre improbable autant qu’absolu, crescendo libérant une puissance assez phénoménale. Pas étonnant si à cet instant précis du concert naît une émotion devenue rare, de celles en forme d’uppercut, qui remuent les entrailles et coupent le souffle.

Un peu plus loin, on conviendra volontiers que Children, Applause @ Café de la danse 2011pourtant pas notre préféré avec ses bidouillages électroniques de pédales d’effet, est une fin de set assez jouissive tandis que pour le premier rappel, la version légère et interactive de Hope You’re Better et ses claps (pas simple, le clap quaternaire dans le public ; il faudra s’entraîner) invite irrésistiblement à danser en compagnie de l’excellent Manu Loriaux dont la basse est évidemment essentielle.

Beginners, qui clôture ce premier rappel et dont le groupe nous racontait récemment l’histoire en interview, achèvera de faire perdre la tête de ceux qui résistaient encore. Comme souvent en fin de set, Nicolas Ly donne tout une dernière fois, pas seulement de la voix dont la chaude gravité et le lyrisme séduisent immanquablement mais aussi dans sa façon de danser, comme en transe. La communion est totale avec une salle subjugée et un groupe qui se ressère physiquement pour mieux faire corps. Générosité inconditionnelle et oubli de soi ; c’est magnifique.

Applause Café de la danse

Les clameurs de la salle font naître des sourires éblouissants cette fois, loin des timides échanges du début de soirée, alors que le groupe reviendra pour un ultime rappel et le très joli Feelings en version acoustique. Ou plutôt « au tabouret », comme l’annonce Nicolas Ly en plaisantant désormais de façon tout à fait détendue ; un peu comme si ce premier rendez-vous avait tenu toutes ses promesses, en somme.

Le premier concert longue durée d’Applause, aura finalement été le meilleur à ce jour, éclatante révélation du potentiel d’un groupe qui en a encore sous le pied.

Une démonstration, en fait.

Et s’il s’agissait d’une messe, alors la messe est dite.

 .

Set List : Intro / Traceability / The Woods / All About You / Road To Nowhere / Witches / Closer / Lighthouse / White Funeral / It’s About Time / Black Sand / Children // Encore 1 : Where It All Began / Hope Your Better / White Rabbit / Beginners // Encore 2 : Feelings.

Article publié sur Discordance.fr

Crédits photo : Pascal Boujon / Isatagada (le set complet en cliquant sur les noms des auteurs)

Crédits vidéo : Isatagada / Ribenaaddicted

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