Chronique d’album – APPLAUSE : Where It All Began

Applause Where-it-all-beganDes années, depuis un concert dans les sous-sols du Klub à Paris, qu’APPLAUSE grandit sous nos yeux et nos oreilles, construisant au fil du temps ces fondations sans lesquelles aucun édifice ne saurait affronter la durée. Des années que ce premier album se fait attendre, désirer, jusqu’à cette sorte de cristallisation à l’ancienne, au point qu’on n’en peut plus d’impatience et d’envie. Des années qu’on apprend à connaître, à partager, à aimer, à témoigner, les jours succédant aux jours et les semaines aux semaines, puis aux mois, et aux années … Ca a semblé tellement long, tout ça, et en même temps, à la veille de les voir jetés dans l’arène, on se dit que bien sûr, que c’est passé trop vite… On aurait même un peu mal au ventre avec eux, au moment de la naissance de ce premier disque, un peu comme un premier enfant. Where it all began, c’est ainsi qu’ils ont appelé en fin de compte. Where it all began, le bien nommé.

A l’écoute, pourtant, il semble difficile de croire à un « debut album ». C’est qu’APPLAUSE, réunissant des musiciens belges aguerris et la voix d’un chanteur français touché par la grâce, accomplit là l’exploit d’un disque abouti comme il en est peu.

Dès le départ et le cri final de All About You, le ton est donné. C’est le genre de cri qui prend aux trippes et sonne comme une libération absolue, porteuse de toutes les promesses. Un cri qui surprendra sans doute de la part d’un chanteur déjà prisonnier d’un costume trop petit pour lui. Avec un physique tout à fait hors normes et des  comparaisons avec Jeff Buckley comme s’il en pleuvait, l’image du beau gosse romantique est loin de faire entièrement justice à Nicolas Ly comme à ses acolytes. Eux sont au-delà de ça ; à l’instar d’un dEUS, ils rêvent d’espaces plus grands encore, qui les dépassent et les magnifient, pas lisses pour un sou, comme ils en font l’éclatante démonstration en concert. Ces cinq là ont beau exceller dans des titres soul (so chic) et avoir une vraie classe, ils sont en réalité bien plus sauvages. Essayez donc de les enfermer dans une cage, et vous les verrez rugir et tout faire pour s’en échapper. Pas de case, pas de frontières : APPLAUSE mise sur l’intelligence d’un public qui saurait reconnaître de la bonne musique quel que soit le style abordé.

A cet égard, leur éclectisme insolent les perdrait presque. D’une guitare résolument rock à une rythmique jazz en passant par un clavier électro, les performances stylistiques des musiciens accompagnent la pluralité des genres abordés. Et s’il y a en effet une ligne globalement soul (le single, Black Sand, en tête et la basse surtout, exceptionnelle de bout en bout), d’autres titres penchent vers l’album solo de Thom Yorke (Witches, les premières mesures de White Funeral) ou flirtent avec une énergie quasi punk qui autorise à tout lâcher (A Way Out Of Blue). Plus loin, les réminiscences Pinkfloydiennes de Where It All began (fantastique guitare) illustrent un autre chapitre, très cinématographique cette fois. The Woods, qui apaise formidablement, en est la pépite absolue. Guidée par la voix enchanteresse de Nicolas Ly, le merveilleux accompagnement de cordes aux accent orientaux fait glisser sans résistance dans un monde presque irréel, un univers sur lequel le cerveau brode déjà son propre story-board et dessine ses images. Lyrisme de toute beauté, onirisme enchanteur, l’évasion est réelle et le dépaysement, total.

De titre en titre, la puissance du groupe se révèle. Rien ni personne n’est dispensable et tout est en place de façon parfaite. Si c’est la voix qui frappe de prime abord, avec des vocalises d’une sensualité inédite en France, l’électricité que dégage parfois la guitare attire irrésistiblement comme sait le faire un mauvais garçon, tandis que la basse groove et balance jusqu’à recréer parfois des ambiances de vieux films en noir et blanc, du temps de la prohibition (It’s About Time). Les plus discrets ne sont pas les moins essentiels. Ainsi le clavier qui sait à lui seul faire basculer l’atmosphère d’une chanson, tour à tour classique et sophistiqué, électro et moderne, et la batterie, d’une finesse et d’une subtilité telles qu’elle trouverait aisément sa place dans les meilleurs orchestres de jazz.

En bout d’album, White Funeral se charge de la démonstration finale. Sur un tapis de violons et de beats électros, la voix s’élève, grave et posée, suivie de près par une basse qui marque la cadence. Quelques notes de claviers viennent  alors casser le rythme de la progression, sur de légers craquements de vinyle, avant l’accélération des machines. Transformée par l’effet d’un porte-voix atténué, la voix de Nicolas Ly revient sur une deuxième partie de titre, déclamant comme pourrait l’être une litanie indienne sous substance (« between you and the sky there’s no best decision ») relayée par une guitare hypnotique. C’est le temps du décollage, l’accélération finale entraînant vers l’hyper-vitesse au rythme des violons, qui perdent la tête comme nous perdons la nôtre. Magie du rythme et de la musique, on s’oublie, on se fond, jusqu’à la dissolution finale des corps et des esprits. Si on n’aimait pas tant les deux titres bonus, rescapés d’un E.P. quasi parfait (il l’aurait été si la  chanson en français y avait figuré comme c’était le cas de la version originale), on aurait aimé ne plus rien écouter après ça. Qu’à cela ne tienne, car le voyage se termine avec Closer, qui flotte dans l’espace, léger, aérien, sans attache comme pour l’atteinte d’un paradis finalement accessible, avant de se parfaire dans the Lighthouse « la maison de la lumière », celle d’une certaine paix intérieure ; nirvana absolu.

« There is no better place to live than to live in our dreams ». Tu m’étonnes.

Une bombe.

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Article publié sur Discordance.fr

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