Comment j’ai failli faire le livret de l’album d’Applause tout en me lançant dans la grande aventure de la construction …

 

Vacances de Pâques 2011 et pour la première fois depuis des années, quinze jours off au vert après le stress de l’hiver, tout particulièrement corsé cette année avec le départ de ma collègue et son boulot à récupérer (en plus du mien, forcément).

Bien sûr, ces vacances tombent mal.

La semaine précédant notre départ, nous avons signé une promesse de vente pour un terrain à la situation presque idéale et fatalement, pas une signature simple.

Car après les premières heures euphoriques, le principe de réalité nous rattrape dès le lendemain : non, on ne peut pas construire en proche région parisienne une maison avec sous sol pour 200 000 € (on nous a ri au nez plusieurs fois) et arf, comment ça, avec des règles d’urbanismes impliquant 6 mètres devant et 8 mètres derrière la maison vous ne pouvez rien construire sur un terrain de 17 mètres de profondeur (ou alors, un couloir ?) . Nous rappelons l’agence en urgence : « On ne peut pas construire !  Nous pensons annuler la vente ». Le négociateur veut essayer d’obtenir un bout de terrain supplémentaire auprès des vendeurs ;  il nous rappelle dès que possible.  Le jour suivant, coup de théâtre à nouveau : un architecte nous sort deux croquis dont un avec sous-sol comme nous le souhaitions : bien sûr, que le terrain est constructible ! Les distances à respecter s’entendent à partir des fenêtres : il suffit de mettre des plans coupés, de biais, et le tour est joué !

Bref, il aurait fallu rester au contraire, pour régler tout ça, plutôt que de partir à l’autre bout de la France. Voir les banques, les entrepreneurs, renégocier avec l’agence, s’assurer auprès de l’urbanisme qu’avec ce genre de croquis, la maison était réalisable, etc… Etre là, tout simplement, pour avoir les moyens de se décider correctement le temps des sept fameux jours de rétractation. Mais non. Un gîte magnifique, mais perdu au beau milieu de la Camargue, à 7 km de la ville la plus proche. Repos total, soleil, bouquins, ballades ; pas de WI-FI, pas de 3G, un zest d’internet toutefois, grâce au smartphone (mais juste un zest, n’exagérons rien !). La prise de tête se fera donc à distance. On fait des plans de maison dans tous les sens, on téléphone, on plonge les neurones dans l’eau bouillante, on regarde la piscine se remplir histoire de se rafraîchir les idées (ne pas se fier à la photo : l’eau est à 15 °), on constitue des équipes honteusement déséquilibrées au Baby foot (et pourtant l’Homme nous a battu moi et les kids d’une seule main – la gauche, en plus -) et on se régale des petits barbecues impensables à Paris. Les vacances, en somme.

Et puis, de retour dans le gîte le soir du premier vendredi, petit message sur ma boite vocale : « Allo Isa, c’est Nicolas Ly, le chanteur d’Applause. En fait je sors du label et on a choisi plein de photos à toi pour faire le livret de l’album. J.C. de 3ème bureau doit t’appeler très vite, lundi sûrement : l’album va sortir plus tôt en Belgique donc les délais vont être serrés. Mais en revanche il faut que je te prévienne : il n’y a pas d’argent ».

Dire qu’on ne s’attend pas franchement à ce genre de chose serait un euphémisme. D’ailleurs, j’ai un peu de mal à réaliser ; je suis un peu paniquée, aussi ; et puis, je me dévalorise (mes photos sont nulles, tout ça …). Surtout, je culpabilise : il y a des gens qui aimeraient en vivre, de leur métier ! Je saute sur mon téléphone pour appeler ma photographe préférée. Indignation de rigueur (pas question de fournir des photos pour rien !), conseils pratiques, « et puis, me dit-elle, contacte Nico aussi (pas Ly, forcément, non, l’autre, Nicolas Brunet, m’enfin vous me lisez de temps en temps ou pas ?!), il a des devis à te passer, si tu as besoin« . Aussitôt dit aussitôt fait. J’appelle Super Nico (Brunet), il me balance les infos et des modèles (merci merci MERCI), je lance les démarches pour l’inscription administrative qui va bien, je prépare devis et contrat et là, argh, panique à bord : mais elles sont CHEZ MOI A PARIS, mes photos !!!! Ah non, ouf, le dernier concert est resté sur l’ordinateur portable que nous avons eu la bonne idée de prendre avec nous. Génial. Re-argh : ahhhhhhhhh, mais comment les envoyer ? Brainstorming intense et God Save le Bluetooth et les smartphones. C’est parti pour un transfert laborieux des photos sur le téléphone, d’où je pourrais, en chopant un réseau max au bout du jardin, les envoyer par mail.

Me voilà parée, je peux rappeler Nico (Ly, cette fois). Il est emballé, me dit que c’est génial si je suis ok et que l’on peut faire ça. Qu’ils aiment le mouvement des photos, et que s’ils ont passé en revue des tas de photos, ils n’ont trouvé que les miennes pour refléter l’énergie du live. Que ce serait idéal, en plus, avec quelqu’un comme moi qui les suit et en parle depuis le début. Il aime les histoires, Nico, les choses qui ont un sens. Il aime aussi le côté un peu crade des photos, comme si ce côté rock allait mal avec la netteté du papier glacé auquel il est un peu abonné. Il annonce que ce sont carrément HUIT PHOTOS qu’ils ont choisies, et qu’elles figureront en petit format, genre vignette, que la définition n’est donc pas un problème. Je parle d’une rémunération forfaitaire de 200 € qui ne semble pas poser de problème et finalement, alors que je n’en reviens toujours pas, il ajoute : « ce sera une sorte d’hommage à Isatagada, ce livret ». Mouahahah mon Nico, n’en fais pas trop, tu veux ?! Qu’il est chou ce Nico. J’en fais, pourtant, des papiers sur des gens, des photos. Depuis que je le connais, pourtant, son exceptionnelle gentillesse me confond.

Le week-end passe. Les enfants sont fiers comme Artaban : Wah, Maman va faire un livret d’album (« Maman, dis, tu vas être célèbre ?« ). Et nous voilà lundi. Pas d’activité ce jour là, nous restons sur le gîte. Pas question de manquer l’appel de 3ème bureau, de ne pas pouvoir envoyer le devis, les photos. On bouquine, on paresse mollement en trempant les pieds dans l’eau glaciale ; je stresse ; les kids se font Harry Potter pour la nième fois ; je me fais battre par Martin aux échecs. Vient le soir. Pas d’appel. Je me dis avec un sourire amer que même 200 €, c’était sans doute trop … bon, pas grave. On ne donne pas des photos à des labels. C’est un principe de solidarité absolue. Même pour Applause. Même si … argh… merdeuhhh ! Ohhhh quand même ! Applause quoi !

Mardi. J’ai un tweet tout prêt et teinté d’amertume, enregistré en brouillon. Allez, mon fichu caractère m’a déjà joué des tours tellement de fois. Qu’est-ce que je connais de leur réalité ? Allez Isa, grandis un peu pour une fois : tu sais ce que c’est, une sortie d’album ! Je ronge mon frein mais tout de même, c’était trop beau, pensé-je. J’y crois encore un peu mais plus trop. On n’est pas au pays de Disney après tout : est-ce que ce genre de choses arrive dans la vraie vie ? Sérieusement ! Mercredi. « Cette fois c’est cuit, définitivement » me dis-je, alors que le téléphone sonne. C’est 3ème bureau, ok pour tout, en mode speed, qui attend vite le devis et me rappelle plus vite encore mais a besoin au moins de l’accord de principe pour lancer la machine (Nico a déjà transmis les photos, ne me demandez pas comment ; le gars a toujours eu un côté magicien de toute façon). Voilà, j’ai été super mauvaise langue tout de même ! Heureusement que je n’ai pas balancé ce tweet à la noix !

Jeudi. Vendredi. Dans le sous-sol d’une boutique aux Baux de Provence, le téléphone sonne. Je remonte vite fait pour entendre mieux : « Ecoute on est désolés, on va finalement faire un livret 100% graphique, sans aucune photo. Mais ça nous a donné l’occasion de voir ton travail, on pourra en reparler plus tard. » J’écourte la conversation. Yeah super mon « travail ». Ouè ouè c’est ça. Martin est effondré, c’est toute l’injustice du monde qui s’abat sur ses épaules adolescentes, du niveau de trahison de l’équipe de France en coupe du monde (c’est dire) : « Mais ils n’ont pas le droit !!! » s’écrie t’il avec des accents d’un tragique qui me fait sourire. « Mais non va ce n’est pas grave du tout. C’est comme ça c’est tout. Il n’y a pas de quoi en faire un drame ! ». On pourrait jurer que ça ne me fait rien, en surface, pourtant je me dégonfle à vue d’oeil en dedans. Mais quoi ? On ne va pas pleurer non plus, n’est-ce pas ?

La vie reprend son cours normal. Les vacances se terminent. On ne fera pas le livret d’Applause, mais on va le garder, ce terrain ; et la faire construire, cette maison ! Les jours succédant aux jours, la déception disparaît progressivement. Quelle histoire, tout de même. En toute honnêteté, le livret sera bien mieux sans mes petits clichés amateurs au grain monstrueux. Applause mérite bien mieux que ça ! Même si c’était joli, durant ces quelques jours, de penser faire le livret d’Applause…

Applause Le disque sort dès lundi en Belgique, et en France le 6 juin prochain. Je suis bien heureuse, dans tous les cas, d’avoir suivi leur aventure depuis le Klub : pour moi, « Where it all began ».

Je leur souhaite beaucoup, beaucoup de succès.

Mais à vrai dire : je n’ai aucun doute ! 

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