Surréaliste Sufjan Stevens @ l’Olympia – 9 mai 2011

 Sufjan Stevens @ Olympia 2011

On avait presque oublié à quel point un concert pouvait susciter la polémique. Entre ceux qui ont adoré et ceux qui sont partis avant la fin, le débat fait rage sur notre toile après le concert de Sufjan Stevens à Paris. L’américain aurait-il dépassé les limites ?

Sufjan Stevens @ Olympia 2011Il faut dire en préambule que de l’avis le plus communément exprimé, The Age of Adz n’est certainement pas l’album le plus apprécié de ce génie plus que prolifique (10 albums  en 10 ans). Le virage électro en a surpris plus d’un, qui n’ont pas retrouvé l’inspiration pop folk des productions précédentes, ni peut être même, l’envie de mettre sur la platine ce disque qui peine (injustement) à se faire aimer. Si l’on ajoute à cela la démesure quasi grand-guignolesque de la prestation parisienne, on comprendra que pour beaucoup d’aficionados, il y avait là un défi à relever …

Sufjan Stevens @ Olympia 2011Les premières impressions visuelles sont loin de l’image du folkeu traditionnel. Sous une pluie d’étoiles en 3D, l’homme apparaît progressivement à mesure que s’élèvent les premières notes de Seven Swans, vêtu d’une combinaison bardé de bandes fluo multicolores, mais surtout paré d’ailes gigantesques qui ne doivent pas faire loin de trois mètres d’envergure et soulèvent une vague d’applaudissement. Avec ses deux choristes et sa ribambelle de musicien, la formation présentée atteint pratiquement la douzaine, tous costumés à l’avenant. Autant dire que pour la sobriété, on repassera. Ceux qui avaient espéré un set se partageant plus ou moins équitablement entre les différents albums en seront pour leur frais : Sufjan Stevens est bien là pour promouvoir The Age of Adz.
Sufjan Stevens @ Olympia 2011Il raconte d’ailleurs longuement (très longuement, pour tous ceux qui dans la salle ont un niveau d’anglais scolaire) l’histoire de sa muse, le fameux Royal Robertson, prophète autoproclamé depuis que les petits hommes verts seraient venus lui rendre visite, et dont les dessins naïfs sont repris partout sur le livret de l’album. On en croise un paquet, sur les routes américaines, des illuminés de la sorte ; dans l’Hexagone, les gens ne sont pas franchement habitués. Du coup, pour ça comme pour le reste, on ne peut même pas parler de second degré : tout existe, tout est vrai. Comme ses confessions, qui ne sont pas à prendre à la légère malgré le ton et la forme utilisées (forte charge émotionnelle sur Vesuvius dont on prend réellement la mesure ce soir). Car Sufjan Stevens reviendra à de nombreuses reprises sur son enfance bercée par l’espace infini, ses croyances, et plus encore peut-être, ses démons.

 

Sufjan Stevens @ Olympia 2011Du reste, il faudrait être d’une singulière mauvaise foi pour s’étonner du côté « j’ai fumé la moquette » du garçon qui contribue très largement au talent de cet artiste hyper singulier. Que soient évoquées les velléités drolatiques ou la grandiloquence des cuivres, elles existent depuis toujours, à l’instar des petits flûtiaux baba cool ou des super héros géants, et même, puisque que c’est de cela qu’il s’agit, des sons électroniques. Ensuite, évidemment, tout est question de dosage et de ce que le public est capable d’encaisser de front. Et ce soir, dans tous les domaines, la modération n’est pas vraiment de rigueur.

Sufjan Stevens @ Olympia 2011Certes, Sufjan Stevens prend parfois sa guitare pour une ballade acoustique de toute beauté ; instants aussi fragiles que magiques. Mais sur la plus grande partie du concert, la part belle est laissée aux choristes cheerleaders aux chorégraphies appuyées (Lady Gaga n’est pas loin), à la débauche de lumières et de projections vidéos Sufjan Stevens @ Olympia 2011(avec deux écrans pour la 3D s’il vous plait), et aux changements de costume incessants, jusqu’à l’apothéose absolue d’Impossible Soul. Summum de l’insupportable pour l’importe quel adepte d’une certaine classe indé, le titre débute en voix robotisée (on pensera souvent à Daft Punk au court du set) sous un casque en forme de cristal de Superman (!) pour se poursuivre par un crescendo menant droit au dance-floor (plus de 25 minutes sur disque et tout autant sur scène), et finir sous un déluge de confettis qui s’abat sur un Olympia transformé en un mixe improbable entre salle des fêtes et boîte de nuit.

Sortie des musiciens, et rappel pressant comme on n’en voit que très rarement à Paris ; la salle frappe fort en cadence, hurle joyeusement, Sufjan Stevens @ Olympia 2011réclame à corps et à cris le retour du groupe qui finit par revenir après de longues minutes qui feront presque douter.

Enfin, Sufjan Stevens est de retour pour un rappel « en civil », s’installant seul au piano. Hormis Rufus Wainwright, on en a vu peu qui soient capables de passer à ce point d’un extrême à l’autre. Et cette fois, les amoureux de la première époque sont comblés : Concerning the UFO […], merveille issue de l’album Illinois, précède  l’inoubliable John Wayne Gacy, Jr. dont l’exécution intime cette fois, fera l’unanimité absolue.

La communion aurait pu s’achever avec cette jolie touche acoustique si Sufjan Stevens, visiblement très ému, n’avait pas décidé de plonger une ultime fois l’Olympia dans l’ambiance de folie qui aura caractérisé le reste de ce concert : ce sera le fantastique Chicago, Sufjan Stevens @ Olympia 2011et son lâcher de ballons multicolores.

Un concert d’anthologie de deux heures trente qui laissera tout le monde sur les genoux, étourdi et ravi et qui, possiblement, en réconciliera beaucoup (ceux qui auront eu la bonne idée de rester jusqu’au bout en tout cas) avec ce que nous sommes sans doute, vus du ciel : tour à tour grotesques ou splendides ; « human after all »,  gagnants à être plus légers …

Des jours après, on se surprend à chanter encore : « We can do so much together … It’s not so impossible », au point d’envier ceux qui seront retournés le voir dès le lendemain à Bruxelles.

Appelons cela « une leçon ».

.

.

Toutes les photos et vidéos by Isatagada sont ici et

Publicités

Une réflexion sur “Surréaliste Sufjan Stevens @ l’Olympia – 9 mai 2011

Laissez un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s