Le Prince Miiaou – Fill The Blank With Your Own Emptiness

Certains noms d’artistes semblent rédhibitoires. C’est le cas de Le Prince Miiaou (le « Le » ainsi que le double « i » de « Miiaou » sont soulignés), qui évoque instantanément un nième champion du rap de seconde zone. Rien qu’à sa lecture on l’imagine déjà, casquette à l’envers, pendentif dollar et Une à scandale façon OrelSan (ils ont le même label), viser avec un indéfectible enthousiasme l’impossible succession, entre MC Solar et NTM.

Et puis.

Le Prince s’avère être une frêle princesse, assez fraîche, aussi éloignée du rap qu’on peut l’être ; comme petits camarades de label, on la voit davantage jouer avec Applause ; et si elle vise une succession, ce serait plutôt celle de Kate Bush ou de Bat for Lashes (pour la signature vocale).

La demoiselle, femme à tout faire perfectionniste aussi bien qu’autodidacte, présente avec Fill The Blank With Your Own Emptiness son premier album « signé », après deux autoproduits qui lui valurent la reconnaissance de découvreurs de talents aguerris (Lenoir sur France Inter en tête) comme une première partie de Benjamin Biolay à la Cigale en mai dernier (rien que ça). Avouant ne pas s’y connaître plus que ça, elle intègre, digère et recrache à sa façon la musique qu’elle affectionne, celle de Radiohead (« mais surtout les Greenwood »), Mogwaï, ou encore Foals. Elle revendique par ailleurs les influences d’Animal Collective ou d’Arcade Fire, histoire de marquer définitivement son positionnement « indé brillant et classe ».

Cela donne souvent, pris séparément, des morceaux d’une belle facture, délicats, parfois inspirés. On reviendra souvent sur l’écoute de ce titre en deux parties qui donne son nom à l’album, démarre par une intro électro façon The Eraser (Thom Yorke) avant d’enchaîner sur un violoncelle et d’exploser comme un feu d’artifice. Quelques écoutes supplémentaires, et c’est le « so french » J’ai deux yeux (on croirait entendre Julia des Mansfield.Tya) que l’on distinguera. Enfin, l’apprivoisement se faisant, on sourira au charmant sifflement de I Love Nobody pour finalement élire Be Silent et son gimmick de guitare comme le meilleur moment du disque.

Il n’empêche. L’ensemble, bien trop proche de ses influences, manque cruellement de personnalité, empêchant de s’enthousiasmer franchement. On reste avec la curieuse impression d’une succession de copier-collers qui tiennent plus du patchwork que de l’empreinte d’un artiste original.

A suivre malgré tout, pour la rareté de ce genre de personnage en France, pour la voix, mais aussi pour un superbe violoncelle qui fera certainement la différence au bout du compte.

Album à paraître le 28 mars 2011 (3ème bureau)

Article écrit pour Discordance.fr

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2 réflexions sur “Le Prince Miiaou – Fill The Blank With Your Own Emptiness

  1. quelle belle découverte … deux jours de suite que j’écoute son album … je zappe par contre le premier titre en français qui n’est pas, à mon sens, une langue adaptée à ce style de musique … mais les sonorités sont belles et la demoiselle a un sacré talent, même si la voix déraille parfois un peu …

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