Arnaud Fleurent-Didier @ la Cigale – 8 février 2011

Arnaud Fleurent-Didier @ la Cigale 2011

 

 

La première fois que j’avais entendu Arnaud Fleurent-Didier à la radio, la singularité du titre, entre ironie et grande délicatesse, m’avait frappée, déchaînant une mini tempête dans ma boite à cerveau. Impossible, pour commencer, de savoir s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme. Puis, tendant l’oreille à l’écoute des paroles, je me demandais ensuite s’il fallait prendre la chanson au premier, au second ou – pourquoi pas – au troisième degré. Enfin, au moment du bilan, des tergiversations (avais-je aimé, ou pas ?), je mis un moment à rendre mon verdict.

Je décidais finalement que 1. il était bien rare qu’un artiste m’interpelle de la sorte et 2. musicalement – il fallait se rendre à l’évidence -, ce que j’avais entendu m’avait beaucoup, mais alors beaucoup plu.

Depuis La Cigale, pourtant, il serait malséant de ne parler que d’un coup de coeur, tant, à regarder depuis les vidéos de live glanées sur le net, je me rends compte que cette histoire ressemble plutôt à un coup de foudre.

D’une nature habituellement excessive, vous me pardonnerez sans doute cette pensée qui m’assaille, hurlante :

Pitié ! ne me parlez plus (« au moins pendant quelques minutes », me susurre à l’oreille mon cerveau de secours à la perspective de revoir Arpad Flynn ce soir) de musique à propos des groupes de rock indé ; ceux là n’ont aucune, mais vraiment AUCUNE idée de ce qu’est la Musique.

Car enfin, à se retrouver devant un type de la trempe d’Arnaud Fleurent-Didier, on ne peut s’empêcher de se demander si on n’a pas vu que des branleurs de première, dernièrement (« Tu rigoles là ? Et Applause ? Et tous tes chouchous ? » = Aparté numéro 2 de mon cerveau de secours). Il faut le voir, sérieusement, passer d’un tom à une guitare, à une basse, à un clavier, à ses machines, ses pédales et le reste, bichonner l’ensemble avec tout l’amour que l’on sent qu’il a mis à l’écriture de ses morceaux, comme on travaille un bijou, le ciselant jusqu’au plus petit détail, jusqu’à la perfection. Il faut le voir aussi, au piano, dont il joue souvent debout (« et pour moi ça veut dire beaucoup« ), le corps perdu dans ses accords, la tête barrée dans ses étoiles, semblant prendre un pied absolu, heureux, mais HEUREUX. Arnaud Fleurent-Didier @ la Cigale 2011Il faut le voir, à la fois exigeant et humble, drôle et pourtant discret, pas minet pour un sou finalement malgré ce que j’avais craint – ou alors, à peine -, très en retenue et du coup, parfois très émouvant.

En toutes choses, Arnaud Fleurent-Didier ne cesse d’étonner. Non seulement la musique est ambitieuse mais elle est aussi très accessible, tout comme on se surprend à trouver son physique androgyne bien plus séduisant qu’on ne l’aurait cru.

L’homme, décidément, est bien au-delà de mes attentes ; il excite la curiosité, questionne sans cesse, à la fois clair et ambigu. Avec lui, on peine à se positionner ; mieux, on n’est jamais sûr de rien. Ni d’une première partie qui tend à la farce (une sorte de Cordier jeune et mince à la voix chevrotante), ni d’un Pierre Vassiliu qui déboule en bretelles et chapeau et que l’on s’attend à voir sautiller comme un jeune homme d’une seconde à l’autre (alors que  non, l’homme peine véritablement sur scène tandis que j’essaye de ravaler la boule qui m’encombre la gorge). 

Arnaud Fleurent-Didier @ la Cigale 2011Surtout, c’est le créateur qui s’impose. Bidouillant les sons comme Air, jouant avec les images qui défilent derrière lui comme Unkle (irrésitible Professeur Choron et ses théories sur la reproduction de l’espèce), faisant l’acteur en plus du musicien, l’inventivité semble naître à chaque morceau.

Musicalement très attiré par les années 70 (on se croierait parfois dans Amicalement Votre) ou les musiques de film, Arnaud Fleurent-Didier pourrait tout à la fois se réclamer de la pop, de la chanson (en français s’il vous plait, il y tient énormément) ou de l’électro sans finalement être d’aucun genre  autre que le sien propre. Pourtant, il excelle également seul au piano où sa voix reprend sa vraie place (elle s’est trouvée parfois mal servie par la Arnaud Fleurent-Didier @ la Cigale 2011technique), alors qu’au milieu du silence religieux d’une salle tout aussi conquise que je le suis moi-même, surgit le fantôme de la grande Barbara dont il a indubitablement les accents.

Hourra, trois fois hourra, on a débusqué là un nouveau champion de la chanson française (vous savez, celle dont on n’a pas à rougir), qui peut se tenir fièrement aux côtés des Florent Marchet, Bertrand Belin, et autres Benjamin Biolay.

Mais avant tout, on a découvert un artiste d’une fraîcheur délicieuse,  de ceux qui restent rares et vous rendent une soirée à jamais inoubliable, vous laissant tout à la fois ébloui et rêveur.

Le coup de foudre, donc.

 .

 Photos Isatagada, vidéos idem.

 

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Une réflexion sur “Arnaud Fleurent-Didier @ la Cigale – 8 février 2011

  1. Eh bien figure-toi que je ressens quasiment les mêmes émotions que toi par rapport à cet artiste ! J’ai dû le découvrir comme toi en janvier 2010, sur Europe 1 pour ma part, et ce premier titre, « France Culture », a tout de suite touché ma corde sensible, étant donné que je me suis en partie reconnu dans cette description : et le pire, c’est que je ne croyais pas avoir de réels alter ego, qui plus est dans la génération antérieure : or, le 23 décembre 2010, dernier jour de la légendaire apocalypse neigeuse sur la capitale et sa petite couronne, voilà t’y pas que je croise à un arrêt de bus une quinquagénaire, laquelle me confie ensuite, au cours de notre trajet forcé en métro, avoir le sentiment, comme un certain nombre de personnes de sa tranche d’âge, d’être resté dans un certain état d’esprit infantile, en raison d’une trop grande négligence de la part de ses parents quant à l’explication des choses de la vie… Bon, ceci dit, chacun apprend sur le tas, hein 😉 Mais bon, j’ai quand même l’impression qu’on reste quelques cas isolés assez cognés… et quand je réécoute les paroles aujourd’hui, en février 2011, elles me touchent encore davantage, étant donné que je traverse un nouvel épisode de crise, lié au fait que je suis en quelques sortes un fils de droite que l’on contraint de virer à gauche, tel que décrit par Arnaud Fleurent-Didier : et pourtant, après avoir été pris à partie mercredi dernier dans le Transval, par un groupe de sauvageonnes issues de l’immigration, Dieu sait si j’aurais au contraire tendance à dévier encore + à droite… mais là, une voix intérieure m’enjoint de me calmer d’ici 2012, et me rappelle que je suis heureux auprès de mes collègues dans le 93, au sein d’une équipe soudée et riche de sa pluralité culturelle, à l’image de cette fameuse France 98 qui portait la victoire en elle… 😉

    Outre ce titre qui a donc d’entrée de jeu appuyé sur un point névralgique, j’ai découvert sur un blog en janvier (oui, 2011, le mois dernier ;-)) le single « Je vais au cinéma », assorti de son clip : verdict… énorme coup de cœur également ! Ton présent live report et l’excellente qualité de tes captations s’avèrent donc à la hauteur de son talent et de la puissance émotionnelle de ses chansons !

    Sinon, pour ce qui est d’Arpad Flynn… eh bien, même pas eu le temps d’y songer : suite à une journée de dimanche particulièrement riche sur la blogosphère musicale, passant au travers de la crise rituelle de la soirée, j’ai réalisé la quasi totalité de mon minimix lundi matin : recueil des dernières séquences de 01h00 à 03h00, rédaction de 03h15 à 07h00, mise en ligne à 08h00. Résultat des courses : après l’avoir tout de même célébrée en autokiffant mon mix, j’ai ensuite passé cette journée de Saint-Valentin tout seul dans mon lit… jusqu’à 18h45 !!!! (Mon précédent record de jetlag datait du 11 novembre 2010, au retour d’une grosse soirée à la Flèche d’Or, faisant suite à l’équivalent de 3 journées de taff du lundi 8 au mercredi 10, avec une nuit qui avait duré environ de 03h00 à 16h30 : d’ailleurs le 11 au soir, j’avais aussi sorti un minimix à l’arrache, dans la foulée ;-)) Et comme un record en appelle un autre, je suis ensuite resté éveillé 25 heures d’affilée, jusqu’à 19h45 ce mardi, approchant ainsi celui… relatif à une certaine session acoustique avec les Irlandais de Villagers : « j’t’en foutrai moi, des bloguer + pour résister + à la fin prochaine de MySpace » !!!

    Sur ces fortes paroles, je te souhaite un bon mercredi, et un excellent concert (Séquano-) Dionysien ! 😉

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