Le sacre du printemps par Pina Bausch (& autres ballets) à Garnier – 8 décembre 2010

Ballets à Garnier - Pina Bausch - (c) Isatagada

 

Superbe soirée en ce 8 décembre à l’Opéra Garnier, endroit magique s’il en est, pour la générale d’un trio de ballets inoubliable.

 

Ballets à Garnier - Balanchine - (c) IsatagadaOn commence avec une chorégraphie de George Balanchine de l’Apollon de Stravinsky, très, très classique. L’orchestre est impeccable, et c’est surtout ce que l’on distinguera, avec aussi le danseur Florian Magnenet qui danse merveilleusement bien, son justaucorps blanc moulant une plastique impressionnante (vue inoubliable de fesses musclées frôlant avec la perfection lorsque ses pas le mènent avec lenteur vers le fond de la scène).

 

Ballets à Garnier - Trisha Brown - (c) IsatagadaOn enchaîne avec une chorégraphie de Trisha Brown sur une musique enregistrée et une voix possiblement polonaise. La langue nous échappe mais fait penser à celle que Luc Besson avait inventée pour Milla Jovovitch pour son 5ème élément. La danseuse est portée allongée par les deux danseurs et fait son entrée en virevoltant dans leurs bras sur un fond de scène noir étoilé. Les mouvements sont exécutés au ralenti pour une illusion réussie : on dirait qu’elle vole ou plutôt non, qu’elle flotte dans l’espace. La magie se poursuit avec les mouvements des danseurs. L’un est plus fin, plus allongé. Ballets à Garnier - Trisha Brown / Nicolas Le Riche - (c) IsatagadaSans jumelles et dans la pénombre voulue, on lui devine des cheveux bouclés d’un autre Apollon. De notre fauteuil, on ne peut pourtant qu’apprécier davantage la danse du deuxième danseur dont le corps plus trapu et musclé dégagerait normalement moins de grâce. A priori. Car sur cette scène de l’Opéra Garnier, il parait impossible de ne pas comparer la danse des deux hommes au (très large) profit du second. Même sans être spécialiste, on comprend tout ce que l’on a toujours entendu sur cet art, et notamment que le corps tout entier se doit d’incarner chaque mouvement, jusqu’au bout des ongles. Lui, dont je ne peux détacher mon regard a présent, semble vivre chacun de ses pas depuis le plus petit orteil jusqu’au prolongement extrême de ses doigts. Ballets à Garnier - Trisha Brown / Nicolas Le Riche - (c) IsatagadaEn harmonie avec l’étrange musique de Laurie Anderson (diffusée par une bande enregistrée ; cette fois, pas d’orchestre), sa façon de découper ses mouvements est fascinante, comme s’il habitait chacun d’entre eux. Que la danse se doive d’être fluide ou déstructurée importe peu : Nicolas Le Riche (car c’était lui) écrabouillerait visiblement n’importe quel autre. Trisha Brown viendra saluer à la fin de ce très court ballet (vingt trois minutes), sous un tonnerre d’applaudissements. On parie qu’une grande part récompensait la prestation de toute beauté de son danseur…

 

Ballets à Garnier - Pina Bausch - (c) IsatagadaL’entracte est à présent nécessaire pour qu’ait lieu un tout autre ballet, cette fois très étrange : déversé par des containers poubelles, une terre brun rouge est savamment étalée sur la scène, puis arrosé par un artiste jardinier. Sur ce carré organique, Pina Bausch va dessiner un tableau vivant et somptueux. Pour les néophytes absolus, on pense au ballet final du Boléro de Ravel dans le film Les Uns et les autres (1980, chorégraphie de Béjart) ou encore à la scène de rencontre de Maria et Anton au bal dans West Side Story (1960, chorégraphie de Jérome Robbins. Ballets à Garnier - Pina Bausch - (c) IsatagadaMais si Pina Baush offre cette fluidité cinématographique, ce dynamisme qui tient le spectateur en haleine, elle efface aussi la frontière de l’écran. La musique, les danseurs, la salle et l’orchestre se mêlent en une harmonie ultime pour mieux affoler, perdre les sens. La trentaine de danseurs se regroupe et se désunit, occupe l’espace de mille façons, tour à tour éparpillés sur la scène comme un feu d’artifice ou attirant collectivement les regards, tassés dans un angle. La mise en scène, qui ne laisse pas plus de répit au public qu’aux danseurs, est à couper le souffle. Ballets à Garnier - Pina Bausch - (c) IsatagadaIgor Stravinsky avait voulu pour sa musique un rythme effréné, et Pina Bausch le sert avec ce qu’il faut bien appeler du génie. Aucun détail n’est laissé au hasard. Il y a ces danses rituelles, ces transes hypnotiques, quête effrénée d’un absolu qui ira jusqu’à l’épuisement des corps. Il y a la violence de ces femmes qui s’arc-boutent sur elles-mêmes comme pour se poignarder. Il y a cette opposition hommes femmes rendBallets à Garnier - Pina Bausch - (c) Isatagadaue de façon tout à fait stupéfiante, acharnée, crue, violente encore une fois, et pourtant, mise en exergue, l’incessante recherche mutuelle des deux sexes. Il y a ces pieds nus qui soulèvent la terre en dansant ; à peine, l’exacte quantité qu’il faut pour que cette poussière encore mouillée dessine dans l’air sa traînée de couleur. Ballets à Garnier - Pina Bausch - (c) IsatagadaIl y a ces robes fluides et ces corps dont la teinte fonce peu à peu au contact de cette terre. Il y a aussi, au beau milieu de cette animalité, la grâce incroyable de cette danseuse choisie pour le sacrifice lorsqu’elle échange sa robe couleur chair contre la rouge, sans qu’on remarque seulement la manoeuvre.Ballets à Garnier - Pina Bausch - (c) Isatagada

Les danseurs finissent à bout de souffle, dans un état second, comme vidés. On se sent presque aussi sonnés.

Inoubliable.

 

 

 

Balanchine / Brown / Bausch – Opéra Garnier – Jusqu’au 31/12/2010
 
Davantage de photos par Isatagada sur le Flick’r
Un grand Merci à Thierry M.
 
 
 

 

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2 réflexions sur “Le sacre du printemps par Pina Bausch (& autres ballets) à Garnier – 8 décembre 2010

  1. bonjour,
    je me permets de vous contacter suite à votre article sur le spectacle « le sacre du printemps » de Pina Bausch présenté en 2010 à Paris.
    En effet, j’ai eu le plaisir et l’émotion de découvrir ce spectacle à travers l’exposition « danse ta vie » qui a eu lieu à Beaubourg ce printemps 2012, où était projeté en boucle dans un des salons, la vidéo de ce spectacle.
    Et j’aurai souhaité retrouver la vidéo intégrale de ce spectacle, pour la revisionner et partager cette émotion avec ma compagne, mais je ne sais vraiment pas auprès de qui ou de quel organisme, il est possible de se la procurer, aussi, si vous avez une piste à m’indiquer, je vous en serai très reconnaissant
    avec mes plus vifs remerciements

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