L’exposition Murakami au Château de Versailles

Murakami @ Versailles 2010

Même si vos affinités naturelles vont davantage vers la littérature que vers l’art contemporain, vous ne pouvez désormais plus ignorer qu’un Murakami peut avoir un autre prénom qu’Haruki.

Ne pensez pas qu’en ce qui me concerne, j’étais convaincue dès le départ. C’était même plutôt le contraire, au vu des quelques photos aperçues ça et là. Ces « oeuvres » avaient décidément l’air de morceaux de dessins animés japonais transposés dans le monde réel. Certaines d’entre elles revêtaient l’apparence de simples boules de couleur en plastique, un peu comme si on avait lancé là une énorme collection de jouets de Noël de mauvaise qualité ; vous savez, le genre dont on vante les mérites dans une pub sur TF1 ; une sorte de représentation métaphorique du temps de cerveau disponible, si l’on peut dire.

Murakami @ Versailles 2010Mais voilà : il parait que j’ai l’esprit de contradiction particulièrement développé. Alors, devant la montée de boucliers générale d’une horde de bien pensants rageurs et batailleurs en diable, j’ai fini par me demander si je ne ferais pas mieux d’aller sur place me faire ma propre opinion au sujet de cette quasi hérésie. Trop d’opprobre me devient rapidement suspect, en quelque sorte.  Murakami @ Versailles 2010

La cause était entendue, et nous voici en route pour Versailles. Il faisait froid dehors dans la queue ce dimanche là. Mais en vingt minutes nous étions à l’intérieur du château et là, je me suis extasiée à nouveau devant la hauteur et les peintures des plafonds, devant les lustres, les tableaux, les sols en parquet ou en damier, les sculptures.

Murakami @ Versailles 2010

J’adore Versailles et pourtant, cela faisait bien deux ans que je n’y avais pas mis les pieds.

Le premier contact avec Murakami et son Tongari-Kun (Mister Pointy) n’a pas été fabuleux. La partie haute de l’immense sculpture de six mètres de haut m’a agressée de son vert bouteille et de son noir déplaisant à l’oeil et puis, impossible de trouver le bon angle pour le photographier tout entier.

Murakami @ Versailles 2010

 J’ai fait le tour, observé la bête, me suis rendue compte que je ne l’avais vue que de dos, et mieux aimé l’endroit de cette sorte de gros batracien. Toujours pas folle de la chose, j’ai noté quelques petits détails plaisants, comme ces dizaines de petits yeux, comme autant de jolis bonbons colorés. Ils m’ont fait sourire. J’étais un peu plus encline à envisager la suite avec bienveillance.

Murakami @ Versailles 2010Dans l’enfilade des salons et des chambres, il a fallu fuir les hordes de touristes japonais, bruyants et collés au plus près des oeuvres pour mieux être photographiés. Tout était loin d’être égal d’une salle à l’autre mais souvent, trouvait écho dans la pièce. Ainsi le fameux Oval Buddha silver, choisi pour illustrer l’affiche de l’exposition, Murakami @ Versailles 2010que l’on ne peut s’empêcher d’observer en regard des deux statues plus classiques, et qui a trouvé sa place dans le salon de l’abondance où justement, le Roi exposait ses oeuvres les plus précieuses. Ou encore la petite fille comme échappée du dessin animé Albator (ne manque que l’Ocarina) ou d’une attraction Disney ( « It’s a small world after all » ♪♪), dont la robe et plus encore, le socle, ramènent à la robe splendide du large portrait qui orne le mur droit de la pièce. Ou surtout, le personnage de l’empereur manga  couronné (ou serait-ce une représentation de Murakami himself ?) qui nous attend – je vous le donne en mille – dans la salle … du couronnement !

Murakami @ Versailles 2010Malgré tout, beaucoup d’oeuvres ont peu de sens pour moi, et je leur trouve difficilement de l’intérêt malgré leur écrin de luxe et d’histoire. La jeune fille soubrette qui ferait sortir de ses orbites le loup de Tex Avery, par exemple, a de la chance d’être située à l’angle des murs de miroirs. Pour d’autres (le tabouret serpent coloré Kincho Isu, les Flat Flowers, les bling-bling Simple Things ou encore la reine, J, sans doute volée aux Cités d’Or), je ne trouve rien qui puisse les sauver.

Murakami - Le couronnement de Joséphine @ Versailles 2010 | Photo IsatagadaTout de même, on aurait voulu intéresser le public aux splendeurs de Versailles qu’on n’aurait pas pu mieux s’y prendre. C’est peut-être loin de l’objectif recherché, mais l’exposition de Murakami se transforme peu à peu en fantastique faire-valoir pour les trésors dont Versailles regorge et sur lesquels on s’attarde plus longuement, portant sur eux un tout autre regard, ne serait-ce qu’à des fins comparatives (irrésistible). Murakami @ Versailles 2010Il ne s’agit pas d’une bataille, cependant. Pas la peine de se demander bien longtemps ce qui, de la somptueuse et gigantesque toile du couronnement de Joséphine ou des nouveaux habits de l’empereur, a réellement la faveur du public. Le contraste est saisissant et les détracteurs de l’exposition ne se privent d’ailleurs pas d’en faire leurs choux gras en appelant à l’aide l’empereur du Japon lui-même, que la sculpture rondouillarde et nue de Murakami est accusée de tourner en ridicule (on n’a finalement pas décidé ce qui est le plus grotesque). Comme s’il pouvait y avoir débat entre David ou Murakami.

Et si Murakami, finalement, c’était Versailles mis en perspective suivant les orientations de l’artiste ?

Murakami @ Versailles 2010A ce stade de la réflexion,  nous voici arrivés dans l’interminable galerie des glaces. Sur la droite de la galerie, alignés comme des trophées, les chérubins porteurs de lustres nous attirent près des hautes fenêtres qui guident le regard vers les jardins exceptionnels du château et le Bouddha encore, gardien des pièces d’eau, repris cette fois dans sa version bronze et or gigantesque.

Murakami @ Versailles 2010Les enfants ont filé sur ma gauche vers la chambre du Roi tandis que je me sens aspirée par la forme tentaculaire qui m’appelle au fond de la galerie. Cette fois, c’est le coup de coeur. L’explosion de fleurs et de pousses multicolores se reflète à l’infini dans les miroirs, comme si on n’avait pas déjà suffisamment à faire avec l’abondance de ce Monstre à fleurs, ce Flower Matango qui exhibe ses excroissances avec un manque de pudeur éhonté. Murakami @ Versailles 2010Les couleurs de ces smileys à pétales sont vives, l’ensemble est gai, lumineux, inspiré, bourré de centaines de petits détails, merveilleusement frais. Les courbes des branchages, l’harmonieuse répartition des formes et des teintes sont assez fascinants. Je reste là longtemps, je tourne autour, comme si je craignais que le moindre fragment de la sculpture ne m’échappe. Agrippés au plexiglas, ce sont les très jeunes enfants qui restent scotchés eux aussi. Les miens n’ont pas eu envie de s’attarder. Pour ma part, j’ai adoré.Murakami @ Versailles 2010

La suite m’a semblée plus fade ; ou peut-être moins « artistique », plus « commune ». La peinture dans l’escalier ou dans la salle du bas, le lustre aux smileys, la moquette envahie de fleurs … Pas grave, le Flower Matango m’avait comblée. Et la moquette a fait des envieux, d’après ce que j’ai entendu !

Murakami @ Versailles 2010Globalement, j’ai vu de très nombreux enfants, heureux comme tout, des gens sourire, ne serait-ce que des commentaires de leur voisins. L’exposition a fait venir des gens qui aiment l’ancien vers le moderne, des gens qui aiment le moderne vers l’ancien, et probablement des gens comme moi, curieux, mais qui ne seraient sans doute jamais allés voir ça ailleurs, ni ne seraient allés à Versailles sans ce prétexte.

Murakami @ Versailles 2010Nous avons passé un excellent moment, et sans retenue qui plus est, le caractère éphémère de l’exposition permettant justement de se laisser aller à une certaine légèreté.

Tout bénéf, donc. Même si on n’a certainement pas tout compris.

Comme tout ce qui, au demeurant, peut briser un ordre établi et une pensée toute faite qui ne s’interroge plus et risque ainsi sa perte.

Ce qui interpelle fait du bien.

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Murakami @ Versailles 2010

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Plus et plus de photos en cliquant ICI (allez voir, ça m’a fendu le coeur de ne pas toutes les mettre)

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