Scott Matthews @ la maroquinerie (+ Rubik + Siskiyou) – 8 novembre 2010

Scott Matthews @ La Maroquinerie

Certaines soirées resteront à jamais inoubliables. Elles sont de celles ne se décrètent pas, de celles qui surviennent sans crier gare, combinaison aussi subtile que miraculeuse et probablement, à jamais impossible à reproduire.

Ce lundi à la Maroquinerie, malgré la grisaille et la pluie incessante, tous les ingrédients étaient réunis.

Il est tôt encore, dix-neuf heures à peine. Dés l’entrée dans le restaurant de la Maroquinerie, passée la voute et le patio, on commence par croiser une tête qu’on aime bien, souvenir de beaux moments ; il a un sourire heureux, et c’est déjà joli. Et puis, l’ami est déjà là, cela faisait longtemps : c’est parfois chaotique l’amitié, mais de loin en loin, le plaisir de se revoir ne trompe jamais. Une autre amie arrive presque aussitôt, et puis des gens que l’on ne connait pas mais avec qui le feeling semble naturel. On s’installe dans le restaurant, la commande de vin est faite, puis celle des bons petits plats de la Maroquinerie, chaleureux comme ce lieu dont on aime décidément beaucoup l’atmosphère. A notre gauche, une immense tablée accueille les groupes nordiques, canadiens et finlandais ; Scott Matthews @ La Maroquineriemême si on n’en sait rien encore, leur apparence blonde chevelue ne trompe pas. Devant nous, « à deux heures » me dit mon amie, Scott Matthews est là également, tandis que notre tablée n’en finit pas de s’allonger. Nous sommes quatre, six, bientôt huit ; nous envahissons un peu l’espace de nos voisins de droite avec lesquels nous échangeons quelques propos sur le timing de la soirée ; qui a dit qu’on ne parlait pas à son voisin à Paris ? A la Maroquinerie, en tout cas, on s’est parlés. Peut-être le lieu ; peut -être plus sûrement encore, la programmation. Comme si on ne pouvait qu’avoir un lien avec des gens qui aiment ceux que l’on aime, et plus encore lorsqu’ils sont aussi confidentiels en France.

Vingt-heures trente, et c’est Scott Matthews, pourtant tête d’affiche, qui nous surprend en démarrant la soirée. Le public est assis sur les marches ou resté debout sur la partie haute, en croissant de lune autour de la salle. Scott Matthews est déjà sur scène lorsqu’on pénètre sur les lieux. La fosse est totalement vide. Tant pis. Quitte à se faire remarquer, il est hors de question de se rester en arrière. On a besoin d’être près pour être « dedans ». Scott Matthews @ La Maroquinerie« Pardon, excusez-moi » ; on se fraye un chemin au milieu des gens assis sur les gradins et on descend dans l’arène désertée. Trop peur de rater le concert, de se poser en observateur critique et de manquer l’émotion. On traverse une fosse vide et on vient s’asseoir tout devant. A un mètre de la scène. Absolument seule.

Scott Matthews, en face de nous, exception faite de ses quatre guitares (dont une impressionnante douze cordes acoustique), est absolument seul lui aussi.

On empoigne l’appareil photo dès le deuxième titre, pour ne plus le lâcher. Tout en filmant, le sublime Jagged Melody dont on n’avait jamais vraiment pris la mesure en écoutant le deuxième album, nous cueille par surprise. Peut être parce qu’on est si proche physiquement de l’artiste, le titre d’une beauté foudroyante nous aspire. Aucune distance n’est possible, la voix prend aux tripes, l’émotion nous gagne et le ventre se crispe, signes avant-coureurs, toujours les mêmes, de moments de concerts sensationnels. Parce que certains artistes et certaines chansons agissent comme des catalyseurs absolus, ils libèrent tout ce qui est resté enfoui dans les tréfonds de notre inconscient. La fatigue, les blessures, les maux accumulés s’échappent en torrents de larmes, incompréhensibles ; incontrôlables.

Don’t be scared / You’re head is full of misery / Can’t you see it’s playing tricks / With your dreams and churning / Them into a sea of stagnant defeat / Maybe now it’s time / you let the waves collide / And drag you to the shore.

Il faut avoir un talent inouï et un don d’empathie incroyable pour laver les peines et soulager ainsi les maux de ses semblables. Scott Matthews @ La MaroquinerieIl faut évidemment être bien plus que ce qu’on peut lire de comparaisons avec Nick Drake ou Jeff Buckley, aussi flatteuses qu’elles puissent être. Scott Matthews est bien autre chose encore : un artiste original, un guitariste brillant, un chanteur hors pair, un auteur qui donne du sens à ses textes ; en fait, un singer-songwriter complet et poignant, de ceux qui ont l’étoffe des légendes.

Alors, de titre en titre, de Passing Stranger à Dream Song en passant par Elusive dont on aime tellement la version album qu’on refuse toujours de filmer le live, l’impression de vivre un moment hyper privilégié avec un musicien d’exception grandit.

Dans la salle, le public est bouche bée, sous le charme de cet artiste classieux qui se produit en solo, et emplit pourtant tout l’espace de sa présence et de sa voix avec une rare intensité. Si les applaudissements ne jaillissaient pas entre chaque morceau, on aurait pu les oublier, presque, ces autres gens du public, au milieu du silence d’un respect absolu, un silence quasi religieux.

Le concert parfait, magique.

Le temps d’une pause de quelques minutes, les quatre Canadiens de Siskiyou changent l’atmosphère recueillie du lieu pour la transformer en joyeux bordel. Il n’y a plus qu’une grosse vingtaine de personnes dans la salle et le groupe avoue donner là son septième concert seulement, comme en témoignent leur chant parfois faux et un ensemble musical parfois mal assuré. Mais leur conviction parvient à nous atteindre malgré tout, notamment grâce à leur batteur choriste habité, tandis que l’on repère ça et là quelques bons titres qu’il faudra réécouter.

Un groupe en devenir, proche d’Arcade Fire ou d’Effterklang et des rythmes inspirés de leurs ancêtres indiens d’Amérique.

Une nouvelle pause, et on retrouve Scott Matthews dans le hall. L’homme est immense, et très abordable aussi ; d’une grande gentillesse, presque timide. Il aurait pu jouer un peu dans la rue, en acoustique – il aime bien ça, il l’a fait la dernière fois – mais il pleut ce soir. Il semble hésiter encore. Rubik @ La MaroquinerieSurtout, il semble heureux de parler simplement avec les gens. On dirait qu’il essaye de prolonger l’instant. Il faut vraiment s’arracher pour retourner dans la salle. Il est aisé de reconnaître les moments précieux : on voudrait qu’ils ne s’arrêtent jamais.

Pour Rubik, on compte à présent une cinquantaine de personnes dans l’assistance, dont une dizaine en fosse qui vient se placer debout au premier rang ; des connaisseurs cette fois, et des fans, même. L’accueil, pour ce groupe à la mode capillaire incertaine, est enthousiaste ; certains ne sont visiblement venus que pour eux.Rubik @ La Maroquinerie

Les Finlandais, nombreux – ils sont sept -, prennent rapidement possession du lieu qu’ils s’approprient très naturellement ; en fait, on dirait qu’ils s’y sentent bien. Impossible de ne pas se référer une nouvelle fois à Arcade Fire en les écoutant mais aussi, à Sufjan Stevens (la clarinette de Goji Berries) ou à Beirut. Plus curieusement, on retrouve du Mika dans la superbe voix haut perché du chanteur, impressionnant de maîtrise et plus loin, du Kings of Leon dans la guitare de Wasteland. Rubik @ La Maroquinerie

Une musique pareille, colorée comme en carnaval, toujours très rythmée, servie par des multi instrumentistes qui font preuve d’une cohésion sans faille, ne pouvait que faire mouche. L’entente qui règne visiblement entre eux et l’attitude scénique générale rend les nordiques éminemment sympathiques. Après les instants de grâce offerts par Scott Matthews, l’heure est désormais à la fête et à la bonne humeur contagieuse. Il règne dans la Maroquinerie un parfum de bonheur joyeusement énergique teinté de xylophone, de saxo, ou, côté folklore, de cris d’ours à faire trembler les murs (génial trombone). Rubik @ La MaroquinerieDu reste, la salle se laisse facilement embarquer par ces Finlandais généreux, et danse sans demander son reste. On est si peu nombreux que la proximité s’est créée, donnant plus une impression d’une occasion privée que d’un concert standard. Le rappel est pressant et les remerciements du chanteur, qui semble  étonné du succès, sont touchants de sincérité.

    

Fin d’une soirée unique, pour des sentiments qui se bousculent. La musique peut effacer la grisaille, l’humidité, transformer le quotidien en tout autre chose. Elégance, plaisir, émotion, force et fragilité, amitié, on mesure notre chance à la sensation d’un cœur léger, sensation qui a pris le pas sur tout le reste. On pourrait danser dans la rue.

La musique rend heureux.

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Vidéos by isatagada.

Photos Isatagada, de Scott Matthews ICI et de Rubik LA

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2 réflexions sur “Scott Matthews @ la maroquinerie (+ Rubik + Siskiyou) – 8 novembre 2010

  1. Très beau compte-rendu, à l’image d’une très belle soirée. Moi, ca me donne de l’énergie et de l’espoir de rencontrer des personnes aussi intenses et pourtant sans prétention que Scott Matthews. Dans la même veine et dans un genre très différent, il y a Jonathan Meiburg – un concert de Shearwater, c’est un grand moment aussi.

    Et puis je suis bien d’accord pour l’évocation d’Efterklang à propos de Siskiyou -les coupes de cheveux et les chemises suivent aussi …!

    Enfin merci à toi de nous laisser une trace de ce concert.

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  2. Merci pour ce très juste compte rendu. C’était une très belle soirée en effet, un peu inattendue aussi, de belles surprises en somme.
    Comme tu l’as dit, tu es complètement droguée de musique et en plus tu le partages très bien !

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