Chronique d’album : YOU!

  

   

Mars 2009, un podcast de JD Beauvallet, l’infatigable découvreur de talents des Inrocks, révélait un titre à écouter en boucle, en forme de drogue dure.
C’était I hate you, une tuerie musicale à hurler au génie portée par un clip d’une effarante modernité, à la fois malsain et hypnotique, dont ni la voix ni la mélodie ne m’étaient toutefois totalement étrangères. 

Des mois plus tard, voici enfin le premier album du groupe, attendu comme peu d’autres. Avec, autant commencer par la fin, zéro déception à l’arrivée. 

Garant évident, José Reis Fontao habite tous les compartiments du disque d’une voix ici complètement débridée. Pour autant, You! dépasse largement l’apport du leader de Stuck in the sound.  Car il faut rendre à César ce qui lui appartient : You! est avant tout le projet du discret Romuald Boivin, à qui il faut en accorder la paternité originelle. 

Pas d’accouchement dans la douleur, la genèse du groupe se lit comme une belle histoire. Celle du mec de banlieue qui reste dormir chez son pote, à Paris, après des soirées bien arrosées. Celle d’une habitude qui se prend au fil des semaines et des mois, au rythme des fêtes, jusqu’au jour où le parisien, sans doute désinhibé un peu plus que d’ordinaire, finit par avouer timidement au banlieusard : « Tu sais, moi aussi je compose ». José (car c’était lui), tombe des nues – et dans l’ordinateur, découvrant alors des dizaines de morceaux avec l’émerveillement d’un gamin devant un gigantesque sapin de Noël. Impossible de ne pas poser sa voix un peu partout sur ces instrumentaux plus affolants les uns que les autres. Romuald regarde ses titres prendre vie sous le souffle du chanteur. You! est né.  

Pierre Lapin, polaroyd

De fait, Romuald Boivin, intronisé, est intégré dans la famille Fontao élargie. Une vraie mafia d’hyper actifs, cette « Fontao Connection ». Au sein de laquelle on réalise les clips des uns et des autres, on se conseille mutuellement, on partage le manager ou le tourneur (frangins eux aussi), on fait du featuring à la pelle, on se serre les coudes. Après Stuck in the Sound et I am un chien, You! vient grossir l’équipe du Parrain à capuche (le Portugal n’est pas l’Italie, so what ?) qui compte désormais, outre les deux frères Fontao (David Fontao est le chanteur de I am un chien), Romuald Boivin donc, mais aussi Douglas Cavanna (I am un chien également), et peut être encore Pierre Lapin, à la fois photographe et meilleur premier rôle poignant dans le clip To Disappear.   

To Disappear sérums Le 1 er single de l'album éponyme de vous!A l’âge adulte, You! puise dans toute cette bande une force qui ressemble pourtant à s’y méprendre à celle de l’adolescence, temps de l’invincibilité. Une force idéale pour partir à la conquête de l’auditeur et n’en faire qu’une bouchée. Du reste, ils ne s’en cachent pas les You!, clamant partout que You! c’est Toi! (forcément), et que l’album est une galerie de portraits parmi lesquels chacun trouvera automatiquement le sien. 

A l’écoute, il y en a pour tous les goûts en effet, à condition qu’ils soient curiens, tout de même.  

Rodeo Massacre

Izzy, Rodeo Massacre @ Rock en Seine 2007 by isatagada

De la chanson vintage (mention spéciale pour Izzy de Rodeo Massacre, extraordinaire voix de Old Song, entre râle revendicatif et sensualité) à la new-wave (excellent Sisters) en passant par l’électro (Murder in the night club) ou un léger slow groove (Never seen a girl), c’est avant tout la profusion de tubes qui frappe l’oreille. I hate you, on l’a dit, mais aussi Battles, fascinent notamment par leurs boucles mélodiques obsédantes d’une irrésistible efficacité, tandis qu’une tendance lourde de dessine, qui fait toute la spécificité du projet en même temps qu’elle constitue une performance de taille : celle de réunir dans un seul et même son des beats saccadés accrocheurs, un dialogue guitare/basse plutôt rock, et une rythmique d’esprit funk qui agite automatiquement les corps.   

View All Photos | YOU!

Romuald Boivin

Peu importe que les atmosphères soient dansantes (Heart), sexuelles (Know your G) ou parfois romantiques à l’extrême (splendide To disappear, dont la version acoustique est meilleure encore) pourvu qu’elles exhalent un parfum de sentiment brut, qu’elles soient sincères. Romuald Boivin, enfonçons le clou, EST You!. Bien par delà l’omniprésence de son idole smithienne et de son charismatique ami à capuche, il est celui qui impose ses choix. Cette sincérité est la sienne, et pour nous en convaincre il utilise tous les moyens à sa disposition.  Des prises de son « low fi », un chant brut et libéré, plus instinctif (« Romuald est le psy de ma voix », se plait à dire José R. Fontao), jusqu’aux visuels les plus dépouillés, le but est de s’éloigner comme de la peste du « paraître », du « produit », pour se rapprocher de l’essence même de compositions en forme de strip-tease.   

En treize titres ravageurs, You! est un doigt pointé droit sur toi pour mieux faire diversion.
Car You! c’est surtout Lui!, le génial Romuald au visage marqué par ses tortures internes, qui s’offre nu au regard du monde et attend le verdict public.  

Un disque qui frise la perfection.    

Parce qu’il a une âme.    

  

You! Sortie de l’album le 27 septembre 2010  

http://www.myspace.com/youthemusic

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