Rock en Seine 2010 – Jour 3 : Temper Trap, I am un chien, Beirut, Roxy Music (so not Arcade fire ^^)

 

Wallis Bird @ Rock en Seine 2010Petite déception à notre arrivée en ce troisième et dernier jour de festival, où la pluie nous épargne pour une fois. On est un peu désemparé, du coup, devant la scène de la cascade où le public est encore clairsemé. Il faut dire aussi que ce troisième jour démarre traditionnellement plus tôt, à 14h30 ; pas sûr que tout le monde soit au courant. L’ambiance fait très peace and love du reste, « so festival » comme on pourrait en avoir une image d’Epinal (ou plutôt « de Woodstock »), avec les gens assis par terre ça et là, encore un peu endormis pour certains. Wallis Bird est ton sur ton avec sa guitare folk et son grand sourire naïf, sauf pour le côté endormi. Pleine d’une énergie qu’elle essaye désespérément de faire partager, elle harangue la foule, se dépense sans compter, exhorte le public à faire toutes sortes de choses et tente de communiquer son enthousiasme avec un succès très relatif. La voix est belle pourtant, « entre Tori Amos et Laura Veirs » annonce programme, mais il manque à Wallis Bird ce petit truc qui fait toute la différence et permet à un artiste de se mettre un public inconnu dans la poche. Pas si facile.

The Temper Trap @ Rock en Seine 2010Aucun billet d’excuse accepté en revanche pour le concert de 15h de la grande scène, sur laquelle on arrive en trombe, au moment précis où les Australiens de The Temper Trap entament leur set avec un très gros (et très fort) mur de guitares à la Mogwaï, bientôt rejoint par un duo rythmique assez impressionnant. A quelques mètres de la scène, les basses remplissent tout le corps et font vibrer de l’intérieur, tandis que la voix inouïe du chanteur s’élève et achève de nous scotcher totalement. Cette fois nous y sommes, à ce moment magique et toujours un peu (in)espéré du festival, celui de la découverte extatique, celle qui nous embarque sans réserve et qu’on se surprend à attendre désormais chaque année (ndlr : c’était Radiohead version live en 2006, Bat for lashes et Kings of leons en 2007, Veto en 2009). The Temper Trap @ Rock en Seine 2010 Ambiance : derrière nous, une bande de joyeux diables Australiens bâtis comme des armoires à glace chantent toutes les paroles à tue-tête avec un air d’enfant heureux et vulnérable qui vivrait là le plus bel instant de sa vie. Miracle, si ce type de bruyante manifestation nous horripile d’ordinaire, on se surprend à les trouver sympathiques, touché par leur enthousiasme naïf irrésistible et leur besoin de nous prendre à partie sur chaque titre comme pour mieux nous convaincre (« Wait, this is only starting ; just wait ! Oh my God, it’s coming ! Oh my God ! »). Pas besoin d’en rajouter, on est déjà conquis par ces morceaux au rythme souvent crescendo que l’on découvre pourtant pour la première fois, bourrés de longues intro et de passages planants, qui nous saisissent dès les premiers accords pour ne plus nous lâcher. Merci Rock en Seine pour cette découverte, sorte de croisement entre Midnight Oil (avec beaucoup de U2 chez le guitariste) et Fine Young Canibals (côté chant), qui nous a procuré des sensations assez inoubliables. Allez, deux vidéos pour la peine ; et les fans Australiens en guest stars, parce qu’ils le valent bien.

The Black Angels @ Rock en Seine 2010Après ça, Les Black Angels ont intérêt à assurer pour être à la hauteur. Niveau gros son, les Américains en connaissent un rayon. Ce qui frappe d’emblée, c’est l’étonnante similitude entre la voix du chanteur et celle de Jim Morrison. Une fois l’instant de fascination passé (on a vu l’excellent « When you’re Strange » récemment), l’impact de la ressemblance avec le chanteur s’estompe, au contraire de la musique qui reste marquée par une guitare 100% Doors. Complètement immergé dans son monde, le Texan barbu, tête baissée et visière masquant entièrement le haut de son visage, aura bien du mal à nous offrir son regard. Pour un échange avec le public, on repassera. Alors malgré la musique servie par une rythmique lente et pesante, promesse de belles atmosphères noisy progressives, on reste un peu à la porte, pour une fois. Peut être parce que des groupes de ce style, cruauté toute festivalière, on en a assez vu déjà, en ce troisième jour, et que la fatigue aidant (et le jour, peu propice aux prestations dark), le genre nous lasse un peu. A revoir possiblement le 5 octobre au Nouveau Casino, dans de meilleures dispositions, compte tenu de ce qu’on a ramené en vidéo (du lourd, ci dessous).

C’est à présent l’heure du dilemme du jour. A l’autre bout du festival, Eels nous attend avec ses chansons qu’on nous a passées deux trois jours avant et qu’on attend de voir en live. Tandis que sur la scène de l’industrie, à quelques mètres de nous, I Am Un Chien se produit dans 10 minutes. Allez, c’est décidé, on s’en voudrait bien trop de rater la dernière sensation frenchie electro, d’autant que l’on sait que José Reis Fontao, chanteur de Stuck in the Sound et de You! (album à paraitre le 27 septembre prochain) a prévu de rejoindre son frère sur scène.

I am un chien @ Rock en seine 2010I am un chien @ Rock en seine 2010Nous voici donc à l’Industrie où le public, majoritairement étudiant, est déjà massé en nombre dix bonnes minutes avant le début du concert. David, le chanteur du groupe, surgit sur scène tel un diable sorti de sa boite et lance, avec une banane gigantesque : « Ca va Rock en Seine ou quoi ? », suivi un peu plus tard d’un retentissant, « Foutez le bordel !» – sans doute une marque de famille. Les fans hurlent de joie en tout cas, ravis de se libérer sur un set expiatoire conduit à 300 à l’heure, en totale communion avec un groupe qui le lui rend bien. I am un chien @ Rock en seine 2010Si on n’a pas forcément « compris » la musique lo-fi énervée de cette « bande de d’jeuns », on a adoré leur côté « cash », leur grosse générosité, leur besoin physique de proximité avec la foule (et que je m’assieds au bord de la scène, et que je descends dans le public), leur performance quasi sportive (le saut du chanteur qui crève le plafond, le guitariste qui ne cesse d’aller et venir comme une vague) et leur énergie jouissive. Et quand le grand frère vient rejoindre le petit sur scène pour deux ou trois titres (dont un avec the real fake MC), lui succédant à Rock en Seine cinq ans après, pas moyen de rester indifférent. Fierté et confiance réciproque, la Fontao connexion a de beaux jours devant elle et une force dont elle n’a peut être même pas conscience. Un set de l’ordre du happening, saturé de basses mais surtout de tension et d’émotion.

Beirut @ Rock en Seine 2010Le temps de discuter un peu en profitant de la nouvelle pelouse et c’est de très loin que l’on entend les premières notes de Beirut. De l’autre côté du site, la foule est déjà si dense que l’on reste bloqué au niveau du stand de tee-shirts. Trop tard pour espérer s’approcher davantage de la grande scène, il faut encaisser la frustration que celle d’entendre sans voir, d’autant que le brillant Zach Condon cisèle une musique qui se mêle assez mal à une énorme foule de festoche indisciplinée. On se laisse emporter pourtant, par cette  folk splendide et raffinée qui fait se balancer en rythme, à la fois foisonnante et humble (c’est possible), proche de la perfection. Une musique du monde universelle, et un prodige de 24 ans seulement qui prouve une fois encore qu’il y a une surprime à avoir été bercé de musique (un papa saxophoniste, un grand père chef d’orchestre, ça laisse des traces).

The Ting Tings @ Rock en Seine 2010Place à l’Atrocité du festival (notez la majuscule), avec une lamentable prestation des Ting Tings qui frise l’escroquerie. On est comme tout le monde,  on connait par coeur ce disque bourré de tubes efficaces et dansants, et avant de les voir, on était ravis que notre fille de 10 ans les écoute en boucle plutôt que Grégoire ou Christophe Mahé. D’ailleurs, à Rock en Seine, on n’avait tout simplement jamais vu au mètre carré autant de jeunes enfants (portant tee-shirt ou sac à dos AC/DC) se trémousser sur les épaules de papa. Un grand bravo au chef de produit donc, « best employee of the year » : vous nous avez bien eu !  Son déplorable (les balances, ça n’est pas fait pour les chiens), retour « on l’espère » inexistant (ou alors, la chanteuse chante réellement aussi faux ?), costumes ridicules, manque de charisme absolu, la nullité de leur set est telle qu’il faut ici oublier toute charité chrétienne. La critique c’est le mal, c’est vrai, mais les Ting Tings en live, croyez moi, c’est bien pire !

Roxy Music @ Rock en Seine 2010On espère trouver réconfort auprès du grand Bryan Ferry, sans trop oser y croire cependant. On appréhende en effet un set un peu daté (la formation du groupe remonte à 1970), en se disant toutefois que rien ne pourra être aussi has been que ce à quoi l’on vient d’assister. Très loin de cela au contraire, c’est un Roxy Music en grande forme qui se présente devant le public de la Cascade, balayant toutes nos inquiétudes avec, sans doute, le set le plus sophistiqué et le plus classe de ce festival. Bryan Ferry (clavier, chant), Roxy Music @ Rock en Seine 2010Andy McKay (saxo), Phil Manzanera (Guitare), et Paul Thompson (percus), les membres historiques du groupe (on aurait aussi aperçu Brian Eno en backstage) ne se fichent pas des festivaliers et présentent à leurs côtés, au line up, un clavier, un bassiste, une violoniste, un batteur, quatre choristes, soit douze personnes en tout. Le grand jeu est de sortie ce soir, et les costard-cravates de rigueur, à l’exception notable du batteur qui porte un tee-shirt à l’inscription « le tee-shirt c’est chic ». Un défilé d’images psychédéliques en fond de scène illustre des morceaux d’un rock mRoxy Music @ Rock en Seine 2010élodique aux longs solos à l’ancienne (ahhhh, les solos de saxo de Roxy Music !), pas forcément les plus connus d’ailleurs (pas d’Avalon). On ne les en écoute que mieux, et non seulement on goûte avec bonheur des arrangements et des musiciens de très très grande qualité mais encore, on se laisse aller complètement. Roxy Music @ Rock en Seine 2010Le meilleur, cependant, c’est qu’il se passe un truc. Comme si la frontière qui sépare habituellement les musiciens de leur public avait disparu et que s’était instaurée une certaine intimité. Une telle alchimie est rare, elle ne se décrète pas. Pour la première fois, un rappel est autorisé (JP Huchon, qu’on a vu danser sur le côté, y serait-il pour quelque chose ?) pour deux derniers titres et un Jealous Guy dont on parierait qu’il a atteint jusqu’à Lennon, là haut. On est hyper ému, au moment de l’au-revoir, par ce crooner géant qu’on a peu de chances de retrouver et qui s’avance au bord extrême de la scène comme pour nous toucher davantage. Respect messieurs, vous êtes grands ; et tous mes remerciements pour ce concert qui restera je crois mon plus beau souvenir de ces trois jours. 

Au stade où on en est, de bonheur et fatigue mêlée, comblé, on décide de s’enfuir doucement sans risquer le concert de trop.

On échappera donc à la douche qui avait manqué à l’appel en début de journée et finalement décidé de s’inviter sur la grande scène avec Arcade Fire pour la clôture, là bas, à l’autre bout.

Au fait, il y a environ 500 mètres entre l’Industrie et la Grande Scène.

Au fait, on a vraiment adoré Rock en Seine cette année encore. Pour la prog plus équilibrée que des précédentes éditions, l’ambiance, les amis d’ici et d’ailleurs, que l’on retrouve en coup de vent ou plus longuement et à qui l’on fait de petits compte-rendus (« tu as vu quoi toi ? c’était bien ? ») ce sentiment d’être sur une autre planète pendant un grand week-end qui prolongerait les vacances, et ce flot de musique qui parvient à faire naître l’émotion, chaque année.

Bonne rentrée à tous. Et à l’année prochaine, c’est dit !

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Toutes les photos du festival by Isatagada ICI  

Encore merci à “Tonton Zegut » (my Heroe, le seul que j’ai jamais laissé me traiter de graisseuse) qui a fait de LA (sur son blog à lui), un lien vers ces pages (de mon blog à moi).

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