La rentrée, mï lïfe, embauche moi (fallait le dire)

Un jour que j’étais dans ma famille américaine, on m’a dit quelque chose que je n’avais jamais réalisé : le phénomène de la rentrée (ou back-to-school – en anglais dans le texte), est strictement franco-français. Peu importe que l’année commence en janvier pour le vaste monde : nous, les Frenchies, nous coltinons DEUX débuts d’année. En janvier et en septembre. Peut-être qu’on se sent obligé de prendre deux fois plus de bonnes résolutions. Peut-être que la tonne de pression est multipliée par deux. Enfin, c’est non négociable anyway.

J’ai donc laissé mon insouciance (et mes enfants) à Trégastel pour reprendre le chemin du bureau vide et affronter « ma » rentrée,  assortie de mes échéances personnelles.

C’est hard un bureau vide. C’est violent. Malgré les bonnes résolutions, les CV, les coups de fil à un ami, voilà qu’un jour, c’est le bureau d’en face qui est vide : la collègue de toujours est partie avant. Une bonne occasion de s’auto-flageller ; si ça peut faire plus mal et servir d’électro-choc après tout, pourquoi pas.  Comme on n’a plus quinze ans (ni même vingt, ni trente d’ailleurs… ou alors juste encore un peu), on sait aussi qu’on n’est pas obligé de se fixer des objectifs surhumains (changer de boite ET de métier), sauf à vouloir à tout prix s’empêcher de réussir. Mais bon. Comme on peut absolument tout se dire et son contraire, on se dit qu’on n’y arrivera pas non plus si on n’essaye pas au moins un peu. Le fameux : « 100% des gagnants ont tenté leur chance » ; imparable.

Je vous l’ai déjà dit, au fait, ce que je faisais dans la vraie vie ? Je suis Contrôleur de Gestion. Ce n’est pas honteux ni dégradant ni rien. C’est même plutôt passionnant comme métier ; quand on aime à la fois la rigueur des chiffres et la richesse des relations humaines, ça s’approcherait peut être même bien du métier idéal.

Quand j’ai commencé, je visualisais bien une petite carrière : débuter par ça pour prendre la mesure de l’entreprise, et finir dans les Ressources Humaines (petite, je voulais être écrivain, reporter ou avocat ; mais c’était avant de faire des études « qui me permettent de choisir »). Sauf que je rêvais de Microsoft ou d’Apple et que j’ai atterri à la Sécu. Un an de chom’du dès la sortie, ça n’est pas l’idéal pour démarrer dans la vie professionnelle avec un mental de killer. Et lorsqu’on finit par ne plus franchement croire qu’un jour on nous servira autre chose que « vous n’avez pas d’expérience » ou encore « vous êtes trop qualifiée » (sans parler du subtil : « ne croyez pas qu’on va prendre une fille qui va nous faire une grossesse dans la foulée ! »), ça vous rend moins exigeant.

Je ne me plains pas :  j’ai toujours aimé les grandes idées ; et la Sécu en est une. Si le Français était plus cohérent et accordait autant de crédit au personnel de la Sécurité Sociale qu’il en est fier à l’étranger, j’en connais un paquet qui arrêteraient de louvoyer dans les dîners en ville lorsqu’on leur demande ce qu’ils font dans la vie. Vas savoir, Charles, tu bosses pour un truc de ouf avec des bases de données de malades, une exigeance d’adaptabilité délirante (chères lois à adapter dans la minute) et des milliards d’euros dans tous les sens, mais non, rien à faire : si tu dis que tu bosses à la Sécu, autant dire que tu passes ta journée à te limer les ongles en ricanant avec ta collègue. Tu comprends, Contrôleur de Gestion Tout Court, c’est quand même plus chic ; dommage que le voisin de table ajoute toujours l’imparable : « et tu bosses où ? ». Car là c’est mort. En vérité je te le dis, ami lecteur, bosser à la Sécu, pour ton image que tu as de toi-même, ça n’aide pas.

Quant à ta carrière, celle que tu avais pourtant vu si nettement, tu te souviens ? Tu pensais qu’une major de promo à Dauphine pourrait évoluer un peu au fil des années, mais tu as dû manquer une marche quelque part, parce qu’en seize années de bons et loyaux services, ça n’est pas arrivé. Tu as bossé comme une malade pourtant, postulé sans succès, fini, en désepoir de cause, par faire un bilan de compétences (cette libération Laurent, quand tu m’as dit « en fait t’es une Ferrari qu’on obligerait à ne jamais dépasser la seconde », même si c’était gros, putain merci, de m’avoir offert un peu de rêve, rompu le cycle du mépris ; je me suis rendue compte à quel point j’étais devenue une merde à mes propres yeux, il était temps que ça s’arrête !), rien n’y a fait. Un jour on y est : c’est la rentrée, ça fait 16 ans que tu bosses, tu n’as pas bougé de ton métier- ton service – ta boite, et si tu ne fais rien, tu vas rester comme ça les 16-32-48 années suivantes. Tu vois d’ici l’avenir : pourrir sur place, laisser s’éteindre la flamme.

J’exagère un peu, mouais. Parce que d’une certaine façon, ça fait sept ans que je construis le tremplin pour passer à l’étape suivante. La musique, internet, le blog, l’événementiel, les webzines, le management d’artistes, elle monte elle monte, la flamme, elle est si belle et je souffle dessus comme une malade, si tu savais !

En un mot comme en cent, un jour arrive où tu n’as plus le choix : IL FAUT CHANGER.

Pas évident, quand on a ce genre de parcours et qu’il faut rentrer dans les cases à la Française, toujours. Ecrire « on » pour faire pro quand on écrit un article (je suis si terne en « on » !). Changer de boite mais pas de métier (ou de métier mais pas de boite). Mettre en en-tête du CV l’intitulé exact du poste recherché. Choisir le secteur dans les menu déroulants de l’APEC. Avoir une expérience rémunérée dans un secteur pour qu’elle soit prise en compte.

Et j’ai du mal, tu vois, à dire « je cherche un poste chef de projet ou de produit / de journaliste / de directeur machin truc / de community manager » enfin que sais-je vu que j’aime tout faire et que ça m’est égal, l’intitulé du poste, tant que je change de boite, que je ne fais plus de contrôle de gestion (pas que je crache sur tout ça, tu l’as compris, juste que … 16 ans … merde c’est long ! et j’ai besoin d’air, je fais une flamme magnifique, quand elle a de l’air, tu verrais ça !!!), qu’on me donne des choses à faire, des challenges (les montagnes que je renverse, ami employeur potentiel), des gens à convaincre, et que pour faire mon total bonheur je puisse enfin voyager, parler anglais, et continuer à faire connaitre les jeunes talents ! 

Sacré rentrée, sacrés échéances. Avec des trucs à enjamber hauts comme des gratte-ciels : un salaire à la hauteur, par exemple. Un employeur qui sorte de l’ordinaire aussi, qui glisse malencontreusement en dehors des cases et atterrisse ici. Je peux « m’investir » en plus, maintenant : miracle, ça grandit les enfants (pauvres kids, comme s’ils n’étaient que des boulets, en somme) ; elle est pas belle, la vie ?!

Allez, je vais y arriver. Je suis sur Viadéo et tout, si tu aimes mieux les cases. Le lien est à droite, « j’ai tissé sur la toile ».

Et pour le reste de la rentrée, si tu n’es pas un employeur et que tu voudrais bien qu’on parle un peu de musique, justement, j’ai quelques petites choses de prévues pour toi :

– Une chronique du 1er album des You!, projet de Romuald Boivin porté par la voix de José Reis Fontao (Stuck in The Sound) , dans les bacs le 27 septembre prochain

– Une chronique du festival Rock en Seine, 3 jours de folie dans le cadre somptueux du Parc National de Saint Cloud

– Des chroniques de concerts en pagaille, du genre SITS et Eiffel au Zénith, par exemple …

Et sans vouloir te noyer sous une foule d’autres news qui se bousculent un peu au portillon en ce mois de septembre, si je peux avoir ton attention spéciale pour Scott Matthews qui sera en concert à la Maroquinerie lundi 8 novembre 2010, ainsi que pour Sufjan Stevens et Kings of Leons qui nous sortent un nouvel album (pas ensemble hein, quand même), ça me ferait très plaisir.

On ne sait jamais, après tout…

Bonne rentrée à tous. Croyez fort en vous. Et que vos projets se réalisent.

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4 réflexions sur “La rentrée, mï lïfe, embauche moi (fallait le dire)

  1. J’avais pas vu pas lu encore…. Mais qu’est ce que j’ai fait la semaine dernière ???
    J’espère sincèrement que tu vas trouver ta route…. J’y crois pour toi, avec toi….
    Plein de bises

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  2. Bonne rentrée à toi, donc !
    Aurais-tu des news sur un éventuel nouveau passage en France de Rufus Wainwright entre Londres, Rouen (double représentation des sonnets de Shakespeare) et Carnegie Hall en décembre ?
    Merci beaucoup d’avance !

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