Benjamin Biolay @ Sceaux, Théatre les Gémeaux – 31 mars 2010

Benjamin Biolay @ Sceaux, Les Gémeaux

Après ce qu’il convient d’appeler une longue traversée du désert, soldée par une fin de contrat dans la maison de disque qui l’avait pourtant soutenu depuis ses débuts (EMI, pour ne pas la nommer), Benjamin Biolay semble enfin avoir obtenu la reconnaissance du public. Récompensé aux victoires de la musique (meilleur album, meilleur artiste masculin), encensé par la critique pour son dernier album La Superbe, gratifié de la couverture de tous les journaux culturels, ses concerts affichent désormais complet. Tellement complets d’ailleurs, que certains se sont retrouvés privés de billets l’avant-veille de sa prestation au Casino de Paris, la salle ayant fait du surbooking … Nous voici donc relégués en banlieue (il y a les même concerts en banlieue, à vrai dire) pour écouter le dandy surdoué. Concert assis, salle de théâtre oblige. Curieux système de billetterie, où il faut échanger les places à l’accueil contre d’autres, « numérotées ». C’est ainsi que l’on se retrouve à quelques mètres seulement de la scène (au deuxième rang très exactement), situation rêvée pour un fan, moins pour un mélomane.

Benjamin Biolay @ Sceaux, Les Gémeaux

Alors que Benjamin Biolay est l’un des auteurs les plus doués actuellement, on a eu du mal, en effet, à comprendre les textes. Musicalement, l’acoustique, depuis le deuxième rang, est à l’avenant. Décevant.

On aime Biolay, pourtant, et malgré ces conditions. Parce que l’homme concentre décidément tout ce qui nous touche, cramponné à son pied de micro comme à ses addictions.

Oui on l’aime. Humainement, d’abord, pour la rareté d’un libre penseur : celui qui n’hésite pas à s’affranchir des idées toutes faites et écrit pour une chanteuse gagnante de la Star Académy (Elodie Frégé, dont il est pour moitié l’auteur et le compositeur du Jeu des 7 erreurs) ou qui pense à remercier sa première maison de disque alors même qu’elle vient de le congédier. Pour sa fidélité aux gens, dans ce milieu par nature opportuniste (son excellent guitariste et son génial bidouilleur multi-instrumentiste, sont toujours là depuis les débuts; ses collaborations – Keren Ann, Jeanne Cheral, Hubert Mounier et d’autres – s’inscrivent dans la durée). Pour son humilité, sa grande timidité, sa fragilité frappante, sa façon d’être si maladivement mal à l’aise sur scène et de remercier mille et mille fois pendant le concert.

Benjamin Biolay @ Sceaux, Les Gémeaux

Pour sa musique, ensuite, qui transpire l’éducation classique par tous ses pores : pas seulement dans le choix des instruments présentés sur scène (après la flopée de violons en 2007, une très belle harpe), mais aussi en raison de la richesse des arrangements. Une éducation qui s’exprime à travers la recherche que l’on entend sur chacun des titres et un feu d’artifice de subtilités et de petites touches ajoutées de ci de là; comme le ferait un décorateur surdoué qui sait habiller sans surcharger, avec goût et finesse. Avec cette modernité en prime, venue d’une électro d’érudit (ça existe). Et parfois aussi, le dépouillement des titres en piano voix, qui mettent l’âme à nu.

Les textes sont baudelairiens, souvent crus. Ils savent exorciser ce qui fait mal, vont puiser à la source de l’indicible noirceur d’un quotidien décrit sans détours. Banalité universelle qui nous touche toutes et tous, dépeinte avec une émotion qui serre le ventre. Cette émotion, poignante, qui demeure malgré les jours qui ont passé. Qui s’est imprimée durablement et s’enracine plus profondément d’un jour sur l’autre, alors que l’on se rBenjamin Biolay @ Sceaux, Les Gémeauxemémore les images du concert et que l’on réécoute l’album, en redonnant toute leur attention aux textes surtout.

Avec le recul, c’est une certaine urgence que l’on retiendra. Comme si l’on avait vu ce soir un poète maudit, écorché vif, souvent incompris, dont le temps serait déjà compté. A la manière d’un Bashung ou d’un Gainsbourg (frappantes similitudes). En tout cas, de cette envergure là. Pas moins.

On se dit qu’il faudra, forcément, y retourner … Avant qu’il ne soit trop tard.

« Qu’elle est courte hélas, cette vie dégueulasse; quelle impasse ! »
(Raté – La Superbe, Benjamin Biolay)

Les photos en cliquant ICI

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5 réflexions sur “Benjamin Biolay @ Sceaux, Théatre les Gémeaux – 31 mars 2010

  1. Merci !!! Artistiquement très fort émotionnellement, ce Benjamin Biolay …
    Je voulais poster un commentaire sur ton blog mais impossible d’ici !
    Je relirai toujours ton dernier post en date (celui du 16 avril) avec la voix d’Alice dans la tête; c’était vraiment vraiment chouette.

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