Citadelle – Antoine de Saint-Exupéry

 

 Je me suis essayée de nombreuses fois à la lecture de CITADELLE, d’Antoine de Saint Exupéry, transportée dans mes jeunes années par son VOL DE NUIT, moins par son PETIT PRINCE, dont l’esprit m’a plus durablement marqué que la lettre.

En vain, car j’ai bien été incapable de rester assidue devant ce ton moralisateur, ce monceau de méditations, sortes de paroles bibliques qui ne vont ni d’un point à un autre, ni ne suivent de chemin particulier (est-il d’autre définition du « livre de chevet » ?). CITADELLE est resté inabouti à la mort de son auteur, décédé en vol en 1944 sans avoir pu ordonner son héritage, leçons de toute une vie.

« Citadelle n’est pas une œuvre achevée. Dans la pensée de l’auteur elle devait être élaguée et remaniée selon un plan rigoureux qui, dans l’état actuel, se reconstitue difficilement. L’auteur a souvent repris les mêmes thèmes, soit pour les exprimer avec plus de précision, soit pour les éclairer d’une de ses images dont il a le secret » (Simone de Saint Exupéry).  Certes.
Tout de même, l’autre jour, en panne de livre à me mettre sous la dent, j’ai tenté à nouveau l’entreprise, par un autre biais.

Feuilletant l’ouvrage au hasard, je me suis arrêtée ça et là sur des phrases pour apôtre, des idées, des grands preceptes dont certains dans lesquels je me suis retrouvée lors de mes maladroits essais d’accession à la sagesse.

Je vous en livre quelque uns. Peut être vous inspireront-ils !

 

Sur le sens de la vie :

 » Car seule compte la démarche et non le but qui n’est qu’illusion du voyageur qui marche de crêtes en crêtes comme si le but atteint avait un sens.  »

« Seule la direction a un sens. Ce qui importe c’est d’aller vers et non d’être arrivé car jamais l’on n’arrive nulle part sauf dans la mort. »

 » A la fin de ta vie qu’auras tu apporté à l’homme. N’auras tu fait que collectionner sans créer, sans aider  »

A propos de la différence :

 » Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis.  »

 L’amitié, l’amour :

« Mais qu’appelle-t-il ami véritable, l’autre, sinon celui auquel il pourrait confier de l’argent sans que l’argent risquât d’être volé — et l’amitié alors n’est que loyauté de domestique — ou demander un service et qu’il lui fût rendu — et l’amitié n’est qu’avantage tiré des hommes — ou celui qui au besoin prendrait sa défense. Et l’amitié est hommage rendu. Et je méprise l’arithmétique et je dis mon ami celui-là que j’ai vu en lui, qui dort peut-être enfoui dans sa gangue, mais qui, en face de moi, commence de se dégager, m’ayant reconnu et me souriant, même s’il doit plus loin me trahir.  »

« Ne confonds point l’amour avec le délire de la possession, lequel apporte les pires souffrances. Car au contraire de l’opinion commune, l’amour ne fait point souffrir. Mais l’instinct de propriété fait souffrir, qui est le contraire de l’amour.  »

« je sais reconnaître ainsi celui qui aime véritablement à ce qu’il ne peut être lésé […] L’amour véritable commence là où tu n’attends plus rien en retour.  »

« Votre amour est à base de haine car vous vous arrêtez dans la femme ou dans l’homme dont vous faites vos provisions et vous commencez de haïr, pareils à des chiens quand ils tournent autour de l’auge, quiconque lorgne votre repas. Vous appelez amour cet égoïsme du repas. A peine l’amour vous est-il accordé que là aussi, comme dans vos fausses amitiés, de ce don libre vous faites une servitude et un esclavage et commencez de la minute où on vous aime, à vous découvrir lésé. Et à infliger, pour mieux asservir, le spectacle de votre souffrance. Et certes vous souffrez. Et c’est cette souffrance même qui me déplaît. Et en quoi voulez-vous que je l’admire ?

L’amitié je la reconnais à ce qu’elle ne peut être déçue, et je reconnais l’amour véritable à ce qu’il ne peut être lésé.

Si l’on vient te dire : « Rejette celle-là parce qu’elle te lèse… », écoute-les avec indulgence, mais ne change point ton comportement, car qui a le pouvoir de te léser ?

Et si l’on vient te dire : « Rejette-la, car tous tes soins sont inutiles… », écoute-les avec indulgence mais ne change point ton comportement, car tu as une fois choisi. Et si l’on peut te voler ce que tu reçois, qui détient le pouvoir de te voler ce que tu donnes ?

Et si l’on vient te dire : « Ici, tu as des dettes. Ici, tu n’en as point. Ici, on reconnaît tes dons. Ici, on les bafoue », bouche-toi les oreilles à l’arithmétique.  »

 

A méditer encore et encore et encore …

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4 réflexions sur “Citadelle – Antoine de Saint-Exupéry

  1. Salut Isa 😉

    Ma dernière lecture de « St-Ex » date d’une (lointaine) période scolaire, ne me laissant pas un souvenir impérissable (!!!) et là d’un coup d’un seul, me voilà avec une vision toute neuve de cet écrivain.

    J’étais à mille lieux de lui connaître une tendance « bouddhiste » sur sa vision de l’amour, qui est vraiment un grand pas vers le bonheur au sens bouddhiste du terme (si je dois conseiller un livre à ce sujet, c’est le « plaidoyer pour le bonheur » de Matthieu Ricard, un scientifique reconverti au bouddhisme et très proche du Dalaï Lama).

    Merci pour cette bouffée de méditation !

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