Pete Doherty @ La Flèche d’Or

Peter Doherty @ la Flèche d'Or

Longtemps, j’ai été comme tout le monde : je ne connaissais Pete(r) Doherty qu’à travers les news trash relayées en masse par les médias. Pour ce que j’en savais, il aurait aussi bien pu faire du rap : quasiment personne n’écrivait une ligne sur sa musique en direction du grand public.

Un type qui passait son temps défoncé ou en tôle, enchainait les groupes et les histoires d’amour people, annulait ses concerts plus souvent qu’à son tour ne devait pas être très intéressant de toute façon.

Jusqu’au jour où mon amie et photographe, la belle et talentueuse Eva E. Davier, a changé cela.

Alors, je suis tombée sous le charme de sa musique.  Dès la 2ème écoute d’un titre, il me semblait que je l’avais déjà entendu des centaines de fois. C’était joli, mélodique, fragile, souvent très bien écrit. De l’envergure d’un Dylan m’étais-je dit tout de suite. J’étais tombée sur un singer-song-writer, un vrai, un  intemporel comme je ne pensais plus qu’il pouvait en exister en ces temps de hype absolue.

Quel contraste avec tout ce que j’avais lu le concernant ! Tout était vrai et pourtant, tout était incroyablement insignifiant au regard de cet homme que sa seule musique aurait du caractériser.

 Le concert improvisé de la Flèche d’Or allait me donner l’occasion de voir le phénomène en live dans un cadre qui lui allait bien. Enfin. Je n’aurais pas été le voir ailleurs, dans des salles à l’intimité impossible, dans des salles qui ne lui allaient pas. Je n’avais pas demandé d’accrédit non plus. Je n’étais personne après tout. Et je me sentais de tenter le coup, qu’il risque d’annuler ou pas, que je risque de ne pas rentrer ou pas.

Peter Doherty @ la Flèche d'Or

J’arrive sur les lieux avant 19h. Horreur : la queue gigantesque a déjà tournée l’angle de la rue et je me retrouve au mileu de la rue des Pyrénées. Les gens continuent d’arriver après moi. Ils sont jeunes, la vingtaine.

20h : les portes devraient avoir été ouvertes mais la file n’avance pas. Le sol est trempé; il doit faire 4 degrés, grand maximum. L’humimité transperce mes semelles et j’essaye de tenir en équilibre alterné sur la tranche. Klo et Ophé, sur liste, sont à l’intérieur.

20h48 : près de deux heures que je suis là et je passe seulement le coin de la rue. Un étudiant revient en annonçant que les portes sont fermées. En fait, la file avancerait au fur et à mesure de la défection de ceux qui nous précèdent. J’ai envie de laisser tomber.

21h : j’écris aux filles : « les portes ont l’air fermées, ça m’a l’air compromis. Vous en savez plus ? ». Elles me répondent : « je pense qu’il feront rentrer une centaine de personnes grand max. Perds pas espoir t’es pas loin ! ». Un autre éclaireur revient et parle d’une autre file, de l’autre côté de la porte, pour ceux qui sont sur liste. Mes amies confirment : « oui c’était l’horreur, on a bataillé ! Allez isa, courage !! »

21h04 : La queue se dissout comme par enchantement au milieu des hurlements et des larmes des fans en colère : on vient d’annoncer que plus personne ne pourra entrer;  le concert est complet. Je suis écoeurée et frigorifiée. Une centaine de personnes décident de rester et assiègent l’endroit. Certains parviennent à se hisser par dessus les barrières du jardin fumeurs, profitant d’un instant d’inattention des vigiles.  Des cris fusent : « on est en France, le pays de la révolution, on entrera quand même ! ». Les plus acharnés tambourinent sur la lourde porte d’entrée.

22h15 : Pourquoi suis-je toujours là ? J’aurais dû partir. Au lieu de ça, me voici compressée au milieu des cinquante combattants qui refusent de perdre espoir. J’étouffe à présent. Mon coeur s’est emballé deux fois déjà au moment où la pression a été la plus forte. Une jeune fille s’évanouit, les pompiers viendront la secourir. Je pince un jeune homme qui joue des coudes pour m’écrabouiller et me passer devant. Je sens sous mes pieds des cadavres de bouteilles et des écharpes perdues au milieu de la cohue.

Et puis, une clameur : Peter Doherty vient de commencer à jouer. Cette fois il est trop tard.

22h54 : Qui pourrait dire pourquoi je suis restée ? En tout cas, il viennent d’ouvrir les portes, libérant la vingtaine de furieux – dont moi – qui s’engouffre à l’intérieur comme une rivière en crue !

Peter Doherty @ la Flèche d'Or 

Je suis devant Peter Doherty. Il est à quelques petits mètres de moi, le teint blafard et les cheveux trempés de sueur après déjà près de 45 minutes de concert. J’ai l’impression de vivre un moment privilégié, qui me dépasse. Curieux sentiment.

J’oublie la furie, l’acharnement, cette folie. Je reçois tout comme un cadeau et je ne suis pas déçue. Le bonhomme est seul avec sa guitare, dans sa bulle, où seules ses chansons semblent l’atteindre. Il accueille les projectiles avec bonne humeur, et j’arrive juste à identifier les lunettes de soleil qu’on lui a jetées lorsqu’il les pose sur son nez avec un grand sourire. Il va chercher un bracelet ou un truc à fumer que des fans lui tendent dans le public. Public un peu trop bavard à mon goût : comme j’aimerais qu’ils se taisent ! Les refrains sont repris en choeur. Sa voix est parfaite. Tout est parfait.

Il jouera plus de deux heures. Dans son élément. Comme si rien d’autre ne comptait que cela. A le voir, c’est tellement évident ! Je me souviens qu’on m’a dit qu’il lui arrive aussi de jouer au Truskel, lors de ses passages à Paris. Il aime jouer. C’est sa vie. Ca saute aux yeux.

Et oui il est drogué, il annule ses dates, ce concert était une vaste hypocrisie, il fallait être sur liste pour avoir la moindre chance de rentrer, tout ce que vous voudrez.

Mais si vous l’aviez vu comme je l’ai vu ce soir, vous lui auriez tout pardonné tant il parait « à côté » de cette vie qui va plus vite que lui, de cette vie qui le dépasse.

 

Je vais vous dire : je suis formidablement heureuse d’avoir vu ce garçon en concert, cette sorte de « Pierrot de la lune ». Ca en valait la peine.

 

Toutes les photos sur http://www.flickr.com/photos/isatagada/sets/72157623114294741/

Et quelques vidéos souvenir (avec un son que je ne suis allée chercher chez personne, contrairement à d’autres) :

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5 réflexions sur “Pete Doherty @ La Flèche d’Or

  1. J’etais a ce concert, j’ai commencer faire le queue vers 16h00 (il fallait étre trés prévoyant)
    Plus de 3h30 d’attente mais ça valait le coup trés bon set acoustique je suis parti avant la fin vers 00h00 mais il me semble que le concert n’ai pas durer non plus 2 heures.
    Et puis 8 euros avec une cono..

    Trés bob blog soit dit en passant , je pense que tu va aller a rock en seine c’te année ??

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  2. Merci pour cette belle chronique… en effet Pete est magique et fragile, un peu sauvage et enfantin, du moins c’est ce que je ressens à l’écoute de ces chansons, je suis une vraie fan, qui pourtant n’a pas pu rentrer à la Flèche d’Or ce soir mémorable, j’ai encore le gout du désespoir dans ma bouche… Merci de faire découvrir Pete sous un autre angle…
    Violette

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  3. Très contente que tu aies pu entrer quand même (et le voir). A te lire, je crois que j’ai me dis que j’ai quand même bien fait de ne pas essayer, parce que je ne serais pas restée. Contente que tu aies pu vivre ça. Plein de bisous.

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