Twilight 2 : ridicule

On a beau être un monstre de snobisme culturel, avoir des enfants (une fille de 9 ans et un garçon de 12) vous oblige à faire des entorses régulières à vos principes et à plonger dans la « vraie vie ». Celle de la culture de masse dont tout le monde parle, celles des skyblogs, celle qui fait vivre enfin des centaines de milliers de personnes de par le monde (tout de même). On a beau les tenir éloignés d’un certain nombre de choses, il ne s’agit pas, quand on est parent, de priver la chair de sa chair de toute socialisation ni d’écrabouiller avec mépris d’inévitables périodes romantiques ; surtout quand on n’est pas bien sûr d’en être sorti soi même. Mais passons…

Parfois, on se laisse entraîner pour être plutôt agréablement surpris (Arthur et les Minimoys par exemple, dont la sortie du second volet est pour aujourd’hui). Souvent, on en ressort désespéré pour l’avenir du cinéma en particulier et de l’art en général, voire de l’humanité ; car certains, dont je suis incontestablement, partent rapidement en vrille et ont tendance à monter en épingle ce genre de catastrophe isolée – si seulement – y voyant le signe précurseur évident d’une proche apocalypse.

Twilight 2, autant le dire tout de suite, fait partie de ces films désespérants, n’en déplaise aux Inrocks qui se fendit pourtant d’un (étonnamment) long article sur le sujet.

Plantons le décor pour commencer, avec une salle de cinéma pleine à craquer d’un public tellement fan que le générique de début déclencha un tonnerre d’applaudissements. Véridique. La dernière fois qu’on avait entendu applaudir au cinéma, c’était à la fin de  » Brokeback Mountain  » ; c’est dire. Aucun rapport évidemment. Même si, pour être tout à fait honnête, les deux publics avaient sans doute en commun d’être conquis d’avance.

Et pourtant. Le film les a fait RIRE à plusieurs reprises. Le must étant la scène où les deux amoureux courent au ralenti, avec pour elle une espèce de robe vaporeuse façon conte de fée dont même les costumiers de la petite maison dans la prairie n’auraient pas voulu. Gros succès comique dans la salle, bien qu’il n’égale pas à mon sens la scène de la moto. Figurez vous en effet que l’héroïne, pour revoir son bel Edward (qui apparaît flottant dans l’air pour l’exhorter à revenir à la raison à chaque fois qu’elle met sa vie en danger) n’hésite pas un instant à monter sur une moto. Oui, vous avez bien lu ! Quelle folie avouez, pour une jeune fille, que de vouloir monter sur une moto au péril de sa vie ! (Oh mon Dieu comme c’est dangereux, vite, vite, faites que son protecteur de vampire la protège de cette folie suicidaire !).

Outre ces grands moments comiques, les dialogues cul-cul la praline et les clichés à pleurer sont légion. Il faut donc se farcir la caméra qui filme les amoureux allongés tête-bêche au milieu des petites fleurs des champs en tournant au dessus d’eux, la caméra qui tourne encore, cette fois autour de la pauvre jeune fille quittée par l’amour de sa vie – de son éternité, pardon, tout de suite c’est pire – avec pour figurer le temps qui passe, ce qu’elle voit de sa fenêtre (les feuilles qui tombent en automne, la neige en hiver, etc.) ; sans compter le plus beau cliché de tous, que l’on vous réserve pour la  » grande  » scène de fin (bande de veinards : un aussi inoubliable moment de cinéma, on vous gâte !).

Comptez aussi sur les invraisemblances du scénario, qui fait du film une succession de clips sans transition. Entre une rupture qui sort d’on ne sait où (un jour fou d’amour, le lendemain  » non nonnnn, c’est mieux pour toaaaa si je te quitte et te laisse une chance de vivre une vie de simple mortelleuuhhhh « , avec zéro événement entre les deux), un grand méchant qui emmène Bella sur son engin dans un endroit mal famé – va t-il la violer ? quel suspens insoutenable – pour la ramener à bon port à la première injonction venue, ou son intérêt soudain pour un loup-garou bodybuildé avec lequel elle a envie de réparer des motos comme une envie de pisser, vous avez le choix.

Au rayon  » beau mec « , si vous pensiez au moins vous consoler en gavant vos mirettes de la plastique plutôt classe du pâle Robert Pattinson, mieux vaut prévenir : vous risquez d’être légèrement frustré vu sa durée d’apparition à l’écran. La plupart du temps, vous devrez vous rabattre sur l’indien loup-garou, grossier malabar sans cou façon  » Monsieur Propre  » local, dont il faut tellement rentabiliser les injections de testostérone que vous le verrez sans cesse se balader dans le film en short et torse nu, et ce par tous les temps. Encore faut il être cliente …

Les rares moments à sauver sont ceux qui mettent en scène Alice, la soeur d’Edward, à peu près la seule à avoir de la tenue dans ce film, ou pour les amateurs du genre, ceux qui se déroulent en Italie dans l’antre de la grande confrérie des vampires.

Simplement affligeant.

Pourquoi faire de bons films (ou de la bonne musique d’ailleurs, ou …) pourrait-on légitimement se demander, quand on fait des millions avec des merdes.

Misère, on est vraiment mal barrés …

Publicités

8 réflexions sur “Twilight 2 : ridicule

  1. Ton article m’a bien fait rire aussi ! 😉
    et j’ai retrouvé à peu près ce que j’avais ressenti en lisant les bouquins. Oui, oui parce que j’ai lu les 4 !! (je dois être maso)
    Mais j’ai voulu voir ce qu’il y avait dans ces livres pour qu’ils aient autant de succès… RIEN
    J’adore lire, j’ai lu de tout et pourtant je crois que c’est la lecture la plus chiante que j’ai pu avoir entre les mains…
    Bizarrement le tome 2 était le moins pire, je dirais même qu’il y avait une bonne moitié à garder. Mais sur 4 tomes ça fait peu (y a les critiques sur notre blog où tu es passée).

    En tout cas, j’admire ton courage d’avoir été le voir au cinéma. On a essayé de m’y trainer, c’était physiquement impossible ^^

    J'aime

  2. J’étais allé voir le premier j’en été ressorti aussi attérée que tu l’es pour le second, tu me confortes dans l’idée de ne PAS aller le voir !!!

    J'aime

  3. J’adooooore ton article, il a au moins le mérite de faire rire d’un truc affligeant! Le premier m’avait suffit! Na! D’ailleurs, j’ai pas non plus compris la critique des Inrocks !!!!!!!!!!!!!!!
    allez, je retourne écouter Biolay! 😉

    J'aime

Laissez un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s