Pierre Lapointe squatte la Boule Noire

 

J’avais déjà presque oublié comment j’avais connu Pierre Lapointe. Comme s’il avait toujours été là, très naturellement. Alors que je le dois à mon amie Isa, la meilleure VRP qui soit lorsqu’elle a à coeur de me faire aimer ceux qu’elle aime.

Vous la verriez, s’enflammer lorsqu’elle me fait l’article, illuminée de sa passion, avec toujours, au bout, un CD gravé. Souvent, comme j’aimeraiS adorer sans exception tout ce qu’elle m’offre, ne serait-ce que parce que c’est devenu si rare, les gens qui brûlent comme ça en dedans; ne serait-ce que parce que c’est beau, un être humain pas blasé, pas cynique, qui croit qu’il peut soulever des montagnes. Et qui les soulève, en effet.

Pierre Lapointe par vous

Vous l’aurez deviné : d’abord convaincue par mon amie,  passant outre mes préjugés (Céline Dion, Robert Charlebois, Isabelle Boulay, tout ça …), je me suis lentement glissée, enfouie, blottie au creux de cette musique là pour finalement « tomber en amour » du  Quebecquois et de ses deux premiers albums. Car je les ai achetés, bien sûr, Pierre Lapointe et La Forêt des Mal-Aimés. Et comment vous dire ? Il y a tellement de richesse, de finesses, d’arrangements, de bidouillages sonores et de paroles parfois aussi étranges qu’incisives qu’on a l’impression que rien n’a jamais existé avant lui. Comme s’il créait sans suivre aucune route connue, dessinant sa voie sur un territoire vierge. Un vrai génie qui vous écraserait comme ça de son art, vous laissant estomaqué et sans voix, abasourdi devant l’immensité d’un talent qui vous dépasse. Sérieusement, vous avez des chances d’en rencontrer combien, des comme ça, dans votre vie ? Franchement ? Si vous saviez combien de fois ces disques ont tourné sur ma platine, combien de fois j’ai laissé les ombres du crépuscule envahir mon salon au rythme des bruitages de sa forêt … Faites en l’expérience. C’est unique. Comme si vous redeveniez adolescent, en position de découvreur absolu, que vous reviviez tout comme une première fois.

Bref. Tout ça c’était il y a un bail et il y a un bail un peu moins long (avril 2007), le monsieur était en concert sur Paris. Et là j’ai merdé. Lamentablement. Je n’ai pas bougé. Impossible de me souvenir du pourquoi du comment mais qu’est-ce ça changerait au résultat de toute façon ? Je l’ai râté.

D’autres que moi y sont allés, me dépeignant un personnage fascinant mais pas forcément commode,  me laissant surtout avec d’immenses regrets. 

Pierre Lapointe par vous

2009, Pierre Lapointe est de retour. Alléluia. Ma rédemption. Enfin.

Le bougre ne fait décidément rien comme tout le monde et une fois encore, plutôt que de faire une ou deux dates, il squatte carrément la Boule Noire pour (tenez vous bien), VINGT dates !

Le public est assis et l’attend. Il entame le concert avec sa bonne blague : oui je sais, je suis abonné aux choses flamboyantes (traduire, aux salles beaucoup plus grandes) hé mais, je vais flamboyer quand même, et plus longtemps ! « Plus c’est long, plus c’est bon », non ? Ca commence bien. J’avais entendu quoi déjà ? Ah oui, qu’il était pédant, un peu. Beaucoup, passionément, …

M’en fous moi, j’aime bien ça, les têtes de con.

Début du concert sur un petit air tout doux. Qui tout à coup se meut en un truc très rock, avec la batterie qui me casse les oreilles. Et là, Pierre Lapointe, tout serré dans son pantalon moulant et son cuir idem se met à enfoncer ses deux pieds dans la scène pour nous faire des postures à la … non… pas ça… à la Johnny Halliday !

Pierre Lapointe par vous

Heureusement, sa voix est parfaite. J’avais peur d’être déçue, mais il est exceptionnel sur ce plan. Pas de coffre vraiment, pas de notes qui s’éternisent. Mais une voix qui vient du ventre et dynamite le public. Et surtout, un timbre particulier. Une voix peu commune, vraiment. Qu’il module selon les mots ou les syllabes. Sur lesquelles il appuie ou pas selon ce qu’il veut en faire. Haussant le niveau sonore d’un coup, au mileu d’un mot, un peu à la Nougaro, ce à quoi je ne m’attendait pas.  Légèrement destabilisée, je digère lentement la confrontation « live » avant de me laisser aller. Allez, on se relaxe, c’est bien le Pierre Lapointe que j’aime.

Après les premiers titres très rock, l’homme repasse derrière son piano, où il excelle. Gros changement de rythme et pourtant, toujours cette même intensité. Au piano (à queue pour lui), les frissons qui parcourent la salle sont palpables au milieu du silence qui s’est fait religieux. Le type est impressionnant. Quant à moi, je tuerai pour un piano-voix; je ne connais rien de plus fort niveau émotion. 

Pierre Lapointe par vous

Je n’étais pas sûre d’aimer les nouvelles chansons, pas convaincue par le single Je Reviendrai qu’il prononce à la Québecquoise : « Je reviendré« . Finalement, beaucoup de  titres sont au piano et m’emportent assez vite.

Et puis Pierre Lapointe nous régale surtout des anciens, alors qu’on avait un peu peur de n’avoir droit qu’à une présentation du nouvel album (Les sentiments humains, à écouter ici). Il les a réarrangés pour l’occasion : Qu’en est-il de la chance, avec batterie et guitare; 27-100 rue des partances, version country kitsch, avec de guitare au lieu du piano; L’endomètre rebelle, tout en puissance avec une batterie déchainée, … 

Pierre Lapointe par vous

Les Ephérites – Pierre Lapointe 

Mieux encore que la musique, le concert repose sur Pierre Lapointe lui-même. Tour à tour dramatique (le violon, très bon), intense et … drôle ! Au fil du set, l’homme s’est détendu au rythme de l’apprivoisement avec la salle et nous offre un irrésistible one man show. Ah ! les fous rire avant la nième « chanson dépressive » (sic), Ah !  2×2 rassemblés, où il nous demande de nous remettre dans les conditions de la dernière soirée de colo (« Vous vous souvenez des camps de vacances au moment de la dernière soirée, où vous regrettez de ne pas avoir embrassée cette fille et où vous vous dite que c’est trop tard ? »), veut qu’on l’appelle « Pomme d’Api » et revisite le titre avec tambourin et flûte à bec (nouveaux fous rires).

 Pierre Lapointe par vous

L’intimité s’est installée dans cette salle visiblement bien trop petite pour un artiste de cette envergure. On ne s’en plaint pas. Et on vous conseille vivement d’en profiter car on ne voit pas bien comment cet immense personnage pourrait bien revenir à Paris dans des conditions aussi confidentielles la prochaine fois. 

En attendant, c’est la fin, il est rappelé, forcément.  Et puis c’est de nouveau la fin. A laquelle personne ne peut se résoudre. Alors on tape des mains, des pieds, on crie tant qu’on peut. Il cède, avec un ultime rappel de dernière minute et une version acoustique bouleversante de « Pointant le nord ». Le public est définitivement à ses genoux et dehors, on se dit tous et toutes qu’on est tombés amoureux. A la française, cette fois. Et qu’on « reviendra », nous aussi.

Ne le manquez pas. Vous avez jusqu’au 17 octobre.

Moi j’y retourne !

Pierre Lapointe par vous

Mes photos sur : http://www.flickr.com/photos/isatagada/sets/72157622309291113/detail/

Setlist : Ces étranges lueurs / Le magnétisme des amants / Tous les visages / Coulent les rires / 27-100 rue des Partances / Qu’en est-il de la chance / Nous restions là / Les lignes de ma main / Les éphérites / L’amour solaire / Le maquis / Les sentiments humains / Le lion imberbe / Les perles de nos yeux / Comme si c’était hier / 25.1.14.14 / Tel un seul homme / Je reviendrai / L’endomètre rebelle / L’enfant de ma mère // Les vertiges d’en haut / 2×2 rassemblés / Au bar des suicidés /// Pointant le nord

Et avant de partir, écoutez :

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8 réflexions sur “Pierre Lapointe squatte la Boule Noire

  1. Je ne regrette pas le déplacement du Vaucluse spécialement pour voir le Grand Pierre dans cette belle salle intimiste le 17/10 pour la dernière: un très beau charisme sur scène (blabla sur son attrait sexuel…) même s’il ne bouge pas trop, mais la toute petite scène ne s’y prêtait pas forcément (à revoir sur une grande scène!), un excellent band (la pianiste réalise une super perf.), plein d’humour entre les morceaux, de simplicité québécoise… J’espère que ces 25 dates plus les passages en radio vont enfin le faire connaître et lui donner son statut de chanteur francophone reconnu.
    Un grand merci et à la prochaine, si possible, à Québec ou Montréal!

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  2. J’y étais hier pour la dernière et il nous a livré un très bon concert malgré deux défauts :
    Certains arrangements « electro » pas franchement convaincants
    ou qui gâchaient même certaines chansons.
    Et puis la voix parfois trop en retrait sur les titres les plus « rock ».

    Heureusement, sur 2 heures, on a eu droit à beaucoup de bon
    moments : « comme si c’était hier », « la forêt… », « Deux par deux… »,
    « Je reviendrai » (etc), sans oublier les blagues et quelques vannes qu’il sème entre ses chansons.

    En 2ème rappel, un « pointant le nord » acoustique
    et sans micro, pour lequel il nous a invités à nous approcher tout au bord de la scène pour mieux entendre, avant d’enfoncer le clou en force, avec une une excellente reprise de « Au suivant », de Brel. C’est clair, l’ambiance intimiste de cette salle était un vrai plus.

    Pour ceux qui l’ont raté cet automne, il sera de retour à Paris (la Cigale) en mars
    2010 !

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  3. En fait, c’est plus question d’usage : Je ne connais pas beaucoup de gens en France qui prononcent é au futur…

    Moi aussi ça m’a fait bizarre d’entendre « reviendré ». Pourtant, après quelques écoutes, c’est une de mes chansons préférées !

    Pierre est toujours superbe ! Même si je suis assez d’accord : Ce nouvel album est moins facile à apprécier. A la première écoute j’étais un peu déçu puis au fur et à mesure, j’ai apprivoisé ce nouvel album…

    Et en concert, quel plaisir ! Quel renouveau ! Il a su faire un concert vraiment différent des précédents… Plus intime, plus proche, pourtant plus dur,rock dans ses chansons…

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  4. Exactement, le verbe est au futur et non au conditionnel donc il est bien prononcé! Révise ta grammaire Isa! Sinon, bel article de notre Pierrot national inimitable!!

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  5. Juste un petit détail concernant la citation suivante:
    Je Reviendrai qu’il prononce à la Québecquoise : “Je reviendré“
    « Je reviendrai » se prononce effectivement avec le son « é » à la fin selon la phonétique française.
    Il s’agit du verbe au futur simple.
    C’est le verbe « revenir » au conditionnel (je reviendrais), qui
    se prononce avec le son « è » à la fin!
    Pierre prononce donc « Je reviendrai » selon le bon français!;-)

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  6. Isa… tu es tellement dans le vrai…
    Pierre est tel que tu le décris.
    Il plait ou déplait. Moi il me plait et je garde un souvenir exceptionnel
    de son passage du côté de Clermont Ferrand il y a deux ans.
    C’était le coup de coeur du festival et mon coup de coeur personnel.
    J’ai pris ma place pour le 6 octobre, j’ai hâte.
    Je n’ai rien écouté du nouvel album, en même temps, Pierre il faut le voir sur scène ! 🙂
    Merci pour ce beau compte rendu…

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