Thomas Marfisi à la Bellevilloise – 19 septembre 2009

Thomas Marfisi @ La Bellevilloise 

 
Autant planter le décors de suite : je suis une ménagère de moins de cinquante ans. Et enfoncer le clou : depuis Thierry Amiel en 2003, je regarde la Nouvelle Star. Tous les ans.

Certes, l’édition 2009 ne restera pas dans les annales. Mais j’ai la faiblesse de croire que 2008 fera des petits. Mais si 2008, souvenez vous, la première à mettre en scène Philippe Manœuvre – parlez moi d’une caution rock ! Avec, allez savoir si on les lui doit ou pas, un certains nombre de jeunes gens au potentiel avéré. Je vous liste : lors des castings, coup de coeur pour Kristov (qui écume désormais les salles en compagnie de ses Commoners), puis au Pavillon Baltard, pour Jules (le plus incroyable sens du rythme que j’ai vu depuis longtemps) ou encore Ycare (un fou, premier album déjà disponible) et enfin, à un niveau moindre, pour le jazzy Benjamin (vu aussi au cinéma, récemment dans le rôle de Largo Winch jeune).

Il manque Thomas dans la liste. Pas Thomas 2009, blondinet maniéré capable cependant de jolis moments – au milieu de désastres récurrents -, non. Thomas 2008. Cheveux longs, belle gueule, et surtout des goûts pile poil accordés aux miens : Radiohead, Frantz Ferdinand, The Verve et j’en passe. Un peu trop froid pour me plaire vraiment. Pas assez pour ne pas embarquer à sa suite certaines de mes copines, Aline en tête, qui administre aujourd’hui son forum. Et qui me tient au courant de son actu.

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En ce dernier samedi d’été, un petit  » concert illustré  » à la Bellevilloise était l’occaz de le voir sur ses compos à lui. Me voilà donc débarquant à Paris flanquée de deux gamins forcés à m’accompagner (« mais on est grands pourquoi on ne peut pas rester à jouer dans la résidence avec nos copains, t’as pas le droit de nous obliger » … ambiance…).

Début des festivités à vingt heures. Oui bon, normalement. Sauf qu’à vingt heures il n’y a pas un chat. Alors on tarde un peu et on reporte jusque…un peu avant vingt et une heures devant, arf, douze personnes très exactement (vingt environ en fin de concert). Déjà, me voilà toute retournée (la dure condition d’artiste, tout ça…), même si Aline précise que l’artiste en question n’a pas franchement voulu faire d’annonce. Forcément, si les gens ne savent pas que tu joues hein, ça complique un peu les choses. Du coup le vide intersidéral de la salle l’inspire : si nous sommes si peu nombreux, faut-il incriminer la grippe A ? J’aime bien sa façon de le dire. Humour un peu désabusé mais à peine. Ni amer ni hautain. Le ton juste. Ca peut être casse gueule d’ouvrir la bouche entre deux chansons ; si c’est forcé ça ne passe pas, si on en fait trop on est vite lourdingue ; on peut facilement se mettre une salle à dos. Un exercice jamais facile dont il se sort, à ce moment précis (et plus tard, en d’autres occasions), plutôt très bien.

Autre bon point, la collaboration avec David Scrima, l’illustrateur en chef du concert, également auteur / compositeur / interprète (pour info, le tube de Julien Doré, c’est lui, Les limites : « Hey je ne rêve pas, je sais, je vais quitter Paris, je sais un jour je vais payer pour ça »). Même si les plus beaux dessins à mon sens sont ceux de Joëlle Passeron (Madame Scrima à la ville) qui prend sa place lorsqu’il rejoint Thomas sur scène. Pour la petite histoire, ma fille devait être du même avis que moi puisqu’elle convoita, sans succès, celui qu’elle fit pour illustrer La balançoire (elle se consola avec Le manège de David Scrima, on la plaindra quand on aura le temps, donc).
 

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Dommage pour Thomas, en attendant : l’écran dans le dos, il n’en profite pas vraiment, comme il nous le fait remarquer en se retournant pour admirer un dessin, gros sourire (charmant) à l’appui.

Nous y voici. Au sourire je veux dire. Large, (très) large, et d’autant plus fascinant qu’il ressemble comme deux gouttes d’eau à celui de Guillaume Fresneau de DAhLIA, me transformant pratiquement en autiste si j’en juge par le nombre de fois où j’ai dû répéter à Aline : « c’est dingue comme il ressemble à Guillaume !!! » (variantes : « je n’en reviens pas comme il ressemble à Guillaume » ou encore : « la vache il a VRAIMENT la même tronche que Guillaume, je ne m’en remets pas !) NB : le 3ème album de DAhLIA sera dans les bacs en novembre, j’espère que des concerts suivront et que vous pourrez vérifier tout ça vous même).

Question musique il faut dire au préalable que le garçon est seul sur scène, avec sa guitare électro acoustique. Petit concert en guitare voix, le test ultime pour des chansons : pas d’artifice possible, c’est du sans filet.

Dès le 1er titre, grosse impression : « putain le mec a la même voix que –M– ! « . Inutile de dire que c’est un compliment. En plus, il chante juste.

Pour l’instant nous avons donc : la tronche de Guillaume Fresneau, et la voix de -M-. On aurait pu tomber sur pire.

Finalement la voix est bien celle de Thomas. Il ne chante pas que dans les aigus, et pour les sons plus graves il a une sorte de voile assez joli. Seul bémol : alors qu’il est manifestement capable d’une belle amplitude vocale, je trouve les premiers titres relativement monocordes, et m’ennuie un peu au bout de trois ou quatre morceaux. Pas vraiment ceci dit, vu que j’ai sur les genoux ma tatarinette de fille qui passe son temps à faire des commentaires sur les dessins ! Puis, je ne sais pas trop ce qui fait qu’il capte à nouveau mon attention, mais ça repart ensuite. Peut être aidée par les illustrations, peut être aussi parce que les textes chantés en français, on les écoute fatalement un peu plus que s’ils avaient été écrits dans la langue de Shakespeare.

Parlons donc des textes. Pour dire cette fois que le garçon sait écrire. En français, ce n’est pas si fréquent. Entre ceux qui tueraient pour ne pas écrire dans notre belle langue et ceux que l’on tuerait bien volontiers pour l’avoir fait, il reste peu de place pour les autres, ceux qui savent faire.

Niveau compos, je me souviens du Manège notamment. Moins du « tube » annoncé comme tel par Thomas (Les filles comme toi). Mais la vidéo aidera sans doute. J’accroche bien également sur la chanson la plus douce du concert, La balançoire, qui m’a fait penser au titre Au dessous de la ceinture d’Elodie Fregé (et donc surtout de Benjamin Biolay, qui en a écrit les paroles et la musique). A vrai dire j’accroche plus encore si elle a en effet été écrite après la séparation avec les Sleepwalkers, son groupe d’origine. Ahhhhhh, il a donc souffert. Cool. Rien de tel que de souffrir un peu pour écrire une belle chanson.

J’aime un peu moins le style d’écriture du sieur Scrima, dont je trouve les textes plus terre à terre. C’est vrai, ça redonne un peu de rythme à la soirée lorsqu’il prend place aux côtés de Thomas pour chanter la belle vie, le laissant ensuite interpréter La bagatelle (en gros  » je n’ai besoin que d’une douzaine de filles « , assez drôle). Mais j’aime moins. Ses paroles sont sans doute trop concrètes à mon goût, si je les compare aux textes de Thomas, un poil plus ésotériques. Je vais loin là, non ? Disons plus simplement que le Thomas en question doit préfèrer qu’on le comprenne à demi-mots. Et que ça me correspond mieux, à moi.

La Balançoire :

 

Les filles comme toi :

 

Résultat des courses ? Je mentirais en disant que je suis tombée de ma chaise. Malgré les réminiscences Guillaume-M-Biolay dont j’ai parlé, il m’a manqué ce « je ne sais quoi » qui frappe parfois au cœur lors d’une rencontre.
J’ai néanmoins passé une très bonne soirée, et vu sur scène un artiste tout à fait valable et prometteur. Qui serait bien inspiré cependant de mouiller le maillot un peu plus pour mettre en valeur ce qu’il fait. C’est pénible, quand même, de voir qu’il a joué devant une salle presque vide. Quand on a été « vu à la télé » par des millions de personnes, ça sent le gâchis, rien d’autre. Beaucoup voudraient « vivre de leur musique » en pensant qu’ils n’ont qu’à débarquer avec leur guitare et que tout va se faire comme ça. Sauf que non.

Bienvenue dans la vraie vie. Un concert par exemple, ça s’annonce. Il faut bosser. Faire des trucs parfois ingrats. Grandir un peu. Je déteste le gâchis. Ca me met en colère. J’ai dit.

Ah oui aussi, je vous parlais de Jules au début de cette chronique.

Il était dans la salle.

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4 réflexions sur “Thomas Marfisi à la Bellevilloise – 19 septembre 2009

  1. Hello Michal. J’aime bien les Sleepwlakers mais pour autant, je n’irai pas appeler Thomas Marfisi un « sac vide ». Bien malin celui qui oserait affirmer qu’en des circonstances similaires, il n’aurait pas « trahi » ses amis. Lorsqu’on est jeune et qu’on veut faire sa vie dans la musique, il est plus facile de dire qu’on aurait dit merde à quelqu’un comme Philippe Manoeuvre que de le faire quand la situation se présente. Et le groupe, et Thomas, ont à travers l’émission eu l’occasion d’une médiatisation à laquelle peu de jeunes artistes ont accès. A eux d’en faire quelquechose. Et pourquoi pas, un jour, de regarder tout ça avec le recul et l’indulgence de ceux qui n’ont plus 20 ans 😉
    Une bonne année à toi en tout cas.

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  2. Ouaw… Ce qui est encore plus désastreux qu’un tel « gachis », c’est qu’on s’accroche à ce point à un sac vide. Lorsque vous évoquez les Sleepwalkers, ça devient plus drôle de savoir que c’est lui qui les a viré de sa vie, il n’y a pas eu de clash, ou je ne sais quoi d’autre de dramatique. Juste une histoire de notoriété et de pognon.
    Bref, « chacun ses goûts », ouais, sauf que ça s’appelle être relativiste, et être relativiste n’amène généralement pas très loin puisque ce n’est que repousser à plus tard une impasse. L’impasse d’un artiste loupé, tout juste bon à poser pour des publicités d’une marque de blue jeans à Nice (et certainement ailleurs).
    PS: je pense qu’après l’excitation des premiers temps où « tout sourit », ça doit même lasser à un moment d’être l’idole de fans désespérés « ménagères » comme vous dîtes, ou pré-pubères d’autre part.

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  3. Je suis PTDR en lisant ce passage « Parlons donc des textes. Pour dire cette fois que le garçon sait écrire. En français, ce n’est pas si fréquent. Entre ceux qui tueraient pour ne pas écrire dans notre belle langue et ceux que l’on tuerait bien volontiers pour l’avoir fait, il reste peu de place pour les autres, ceux qui savent faire. »

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