Rock en Seine 2009 : Jour 3

 

La journée commence fort : Metric, que tout le monde dit immanquable, est annoncé sur le site Internet de Rock en Seine à quatorze heures. Panique à bord car il est déjà treize heures trente. Pour un dimanche, c’est hard ! A86, N118, le bitume nous fait grâce de ses embouteillages et nous sommes au Pont de Saint Cloud en vingt minutes. Mon homme me jette près de l’entrée piétons du festival, il sait qu’il lui faudra beaucoup plus de temps que moi pour faire le tour jusqu’à l’entrée des voitures, se garer dans les allées du parc national de Saint Cloud où une organisation parfaite en tous points fait s’aligner gentiment (mais selon une procédure quasi militaire) les centaines voire milliers de véhicules, et marcher (marcher, marcher, et encore marcher) jusqu’à l’entrée. A l’arrivée, fausse alerte. Ils seront même légèrement en retard … Même en week-end, le stress parisien a encore frappé !

A l’intérieur du parc, le festival a définitivement pris ses marques. La poussière sera pour la troisième et dernière fois le décor de cette édition, et les festivaliers les plus fêtards dorment encore à poings fermés malgré le jour. Comme une joyeuse colonie, les jeunes adeptes de MGMT semblent avoir pris possession du lieu. Avec leurs bandeaux, leurs cheveux longs savamment désordonnés et leur parure colorée hippie chic, ils ont forcé le trait jusqu’à dessiner les quatre lettres de leur groupe fétiche sur le cou, le visage, les bras, les jambes …

 

D’ici aux MGMT, toute cette foule semble s’être donnée rendez-vous devant la scène de la Cascade. Nous y retrouvons nos amis de Minnie Moskovitz, également fans des Metric. Beaucoup semblent attendre le concert avec impatience et dès l’apparition de la chanteuse, je comprends pourquoi. Blonde, mince et musclée juste ce qu’il faut, pas forcément très grande mais résolument tonique, Emily Haines doit réunir à elle seule tout ce qu’un homme qualifierait de sexy. Le rédacteur du programme n’est pas insensible à son sex-appeal et si l’on en juge par ses termes choisis (« électrique », « troublante »), celle qui se produit aussi avec Broken Social Scene a fait mouche. De notre côté, même si on ira la shooter avec plaisir, ce genre de beauté un peu froide à robe (très) courte ne nous séduit pas autant que le charme scandinave de la veille. La belle introduit le set avec un petit blabla sur les éternels rêveurs, qu’on trouve un peu cruche et dispensable, à l’instar du reste de ses interventions. D’autant que ni elle ni ses musiciens n’ont l’air doux des rêveurs mais plutôt celui, très déterminé, de ceux qui savent exactement où et comment ils (y) vont. Quant à la musique, on la rangerait plutôt dans la catégorie « pop-électro » pas franchement originale plutôt que dans celle du rock, encore moins dans celle du « punk rock » ! Et si les « beats » sont bien présents (pas de quoi faire une rave ceci dit), on se demande comment le rédacteur du livret a pu entendre autrement que guidé par ses hormones enthousiastes le « groove du disco » ou encore un « mur du son psychédélique » dans cette musique un peu banale qui nous aura glissé dessus sans qu’on puisse en retenir grand-chose. Après ce qu’on nous avait promis, on est déçu.

 

Metric @ Rock en Seine par vous

 

On espère que le prochain concert, celui des « découvertes Avant-Seine » que sont les jeunes français de Lilly Wood & The Prick,  nous fera un autre effet. A vrai dire, on attend beaucoup de ces parisiens dont on a adoré le titre « Down The Drain » sur la radio du festival. Fier d’un tel avant-gardisme, on remballe un peu quand la belle photographe Eva E. Davier nous informe sur Facebook qu’on a déjà un métro de retard. Les pétillantes Peanuts les ont déjà découverts : elles adorent, elles le font savoir, et il faudra aller voir leur interview, originale et décalée comme toujours (bientôt ICI). Bref le groupe est déjà bien repéré; autant dire que si déception il y a, elle sera à la hauteur de l’attente.

Verdict ? Certes, on a vu une chanteuse très inexpérimentée niveau scène. Moulée dans une robe vert d’eau pas exactement seyante, elle manque d’assurance et ses attitudes relèvent plus du spectacle d’école de fin d’année que de Rock en Seine, le festival aux quatre-vingt dix sept mille personnes. En cela, elle s’intègre parfaitement dans son univers aux couleurs pastel digne d’un Casimir débarqué de l’Ile aux Enfants. Gare, tendre « Lilly » : dans tes « Wood », les loups pourraient bien te dévorer tout cru. Malgré cela, l’essentiel est ailleurs. Car Lilly Wood and The Prick nous a surtout collé une bonne grosse claque en révélant, malgré son air de ne pas y toucher, un potentiel monstrueux. La voix de la chanteuse est véritablement gigantesque, profonde, incroyablement mûre à ce niveau de développement, bref, de celles que l’on compte probablement sur les doigts d’une main dans une vie musicale, artistes étrangers inclus (oui, c’est à ce point). Ajoutons que cette voix s’écoule hors du corps de la brunette comme la chose la plus évidente au monde, un don du ciel qui ne demanderait ni travail, ni effort d’aucune sorte. Mieux encore, elle sert des titres pop d’une efficacité redoutable. Hormis un presque mauvais titre à la flûte traversière et certains petits emprunts parfois très proches des originaux (la ligne de basse de Knocked Up des Kings Of Leon pour Down The Drain, la mélodie de Say It Ain’t So de Murray Head pour Little Johnny), on a donc compté pas moins de deux ou trois chansons qui s’imposent immédiatement comme des tubes, au point qu’on se surprend à les chanter des jours et des jours après. Conclusion : ne pas s’arrêter aux apparences, et tant pis si le fossé est large entre l’être et le paraître. Après tout, le groupe a bien le temps de grandir.

 Lilly Wood & The Prick @ Rock en Seine par vous

 

Il faudra toute la classe jazz de l’américaine Robin McKelle pour nous calmer et donner le temps de digérer ce coup de massue avant de se préparer à affronter l’épisode guerrier du festival. Vu les bruits qui courent sur les « Petits Pois », l’objectif est en effet d’obtenir un premier rang devant la scène de la Cascade. Il n’est que seize heure trente, et le « super groupe » ne joue pas avant près de deux heures trente, mais on prend le pari. Si les rumeurs disent vrai, il n’y aura rien à regretter. Et tant pis pour Sammy Decoster (on se rattrapera, c’est promis).

 

Sliimy aide à patienter. Les deux mains peintes chacune d’une couleur différente, le gilet doré et le nœud papillon, le jeune homme d’ « à peine vingt ans » parcours la scène sans s’économiser pour mieux offrir des mélodies plutôt réussies et une musique aux accents funky. Malgré une voix androgyne proche de celle d’un Mika chuchotant, la prestation est globalement réussie. Peut être parce qu’on s’attendait à un nième buzz internet sans fondement, que Sliimy a de vraies chansons, qu’on lui reconnaît un certain sens artistique (belle reprise du Womanizer de Britney Spears) ou bien qu’il dispose, de surcroît, de très bons musiciens. Peut-être aussi qu’avec son look entre Prince et Michaël Jackson, son sourire qui a l’air de supplier « vous m’aimez ou pas ? » et son évidente bonne volonté, le fragile stéphanois, est, en outre, sympathique. Sliimy en salle d’attente, on aurait pu tomber plus mal, allez !

 

Sliimy @ Rock en Seine par vous

 

Vous pardonnerez à présent une narration qui passe au « je » : la solennité de l’évènement l’exige.

Faut il le dire ou est-ce une évidence ? Me voilà désormais très serrée contre la barrière alors que les bruits sont devenus vérité absolue : c’est bien Josh Homme (chant et guitare, de Queens Of The Stone Age), John Paul Jones (basse, de Led Zeppelin) et Dave Grohl (batterie, de Foo Fighters et Nirvana) qui composent le super groupe des « Petits Pois » (ou plutôt Them Crooked Vulture, c’est officiel). Enorme. Plus encore que par le public très rock qui pousse derrière moi, je me sens écrasée par la stature des fantastiques musiciens réunis à quelques mètres de ma pauvre barrière, avec la sensation de vivre un moment d’une toute autre envergure que la (quelque part un peu) ridicule séparation d’Oasis . Emportée par ce même sentiment, la foule hurlante se déchaîne sur des premiers titres pourtant assez brouillons. Peu importe, personne de censé ne porterait un jugement critique sur ces monstres sacrés dont le niveau n’a que peu d’équivalent. D’ailleurs, passés ces premiers instants,  les morceaux montent en puissance pour se terminer en apothéose sur un titre magique dont on voudrait qu’il ne se termine jamais. Trop court, vraiment. De quoi rendre furieux.

 

Them Crooked Vulture @ Rock en Seine par vous

Them Crooked Vulture @ Rock en Seine par vous

Them Crooked Vulture @ Rock en Seine par vous

 

Pas question de se farcir les MGMT du côté de la grande scène après des tueurs pareils. On a beau reconnaître qu’ils ont pondu un excellent album, leur prestation catastrophique du Zénith de Paris ne nous a pas donné envie de remettre ça. Mais nous sommes peu à avoir fait ce choix de l’Industrie pour les Danois de VETO, et le public pourrait quasiment se compter. Facile d’être au premier rang cette fois, avec tout l’espace possible pour sauter et danser à en prendre haleine sur une succession de titres tous plus incroyablement inspirés et efficaces les uns que les autres. On aime tout dans ce groupe, du chanteur habité à la voix de Robert Smith jusqu’à une certaine électro qui rappelle Unkle, sans s’éloigner pour autant d’un rock puissant et rythmique à la Bloc Party, un subtilement léger côté dark en prime. Nous ne sommes plus en concert, mais dans une boite de nuit où l’on dansera du premier au dernier morceau ! On la sent cette euphorie de la découverte capable de transformer les inconnus d’hier en fans hardcore de demain – pas trop tôt ! Si on pouvait, on irait tous les chercher un par un, ces festivaliers perdus devant les modeux MGMT, alors que c’est ICI, avec cette tension, cette sorte d’urgence,  qu’il se passe quelquechose. Et on la sent, cette gorge qui se serre devant la mine désemparée du leader à «la voix fiévreuse » et à « l’ardeur poignante » lorsque la musique de la grande scène parvient jusqu’à nous lors d’une pause entre deux morceaux. MGMT, 19 :50, Grande Scène – VETO, 19 :55, Scène de l’Industrie. Il est certaines injustices qui nous transformeraient en Don Guichotte, mais contre lesquelles on ne peut rien. Plus qu’à laisser couler et « make the most out of it », en espérant que le groupe aura eu le temps de séduire un public largement plus nombreux en fin de set. De notre côté, l’édition Rock en Seine 2009 se justifie entièrement avec ce seul concert qui nous comble absolument, et on aurait presque envie de rentrer pour terminer sur cette rencontre magique après laquelle on n’attend plus rien. D’ailleurs la batterie de l’appareil photo s’est éteinte en pleine captation vidéo de leur prestation;  elle, en tout cas, refusera d’ingérer quoi que ce soit d’autre.

On ira pourtant danser sans une immense conviction avec les (trop) jeunes Klaxons aux titres (trop) courts qu’on aime « bien-sans-plus », avant de s’essayer aux Prodigy qui nous découragerons au bout d’une demi-heure de hurlements et de « Fuck » presque ininterrompus ponctuant un set d’électro rappée carrément agressive.

 

On n’a pas tellement envie de leur laisser la conclusion du festival, alors qu’il reste sans doute la fin du concert de Patrick Wolf à se mettre sous la dent. Et là, que dire ? L’artiste est de ceux qui laissent perplexe, capable du pire comme du meilleur, à la fois grandiloquent et émouvant, extraterrestre visiblement inadapté au monde réel. On dirait un Billy Idol fait femme, elle-même coincée dans un corps d’homme. On dirait une Diva lissant ses cheveux platine dans la lumière des projecteurs, étreignant son guitariste avec lequel il ne jouera plus et plus tard, sa violoniste. On dirait un fou égaré aux costumes invraisemblables, drapeau britannique un moment, haut doré échancré un autre. On ne sait pas trop si on a envie de rire ou de s’incliner devant le côté unique d’un artiste véritablement original. On est touché, aussi, par cet anglais qui s’exprime beaucoup, s’applique à parler français et parvient finalement à tisser sous nos yeux un lien tangible avec un public finalement conquis. 

 

 

On reprendra une dernière fois la côte qui mène aux parkings avec un sourire songeur et (pas qu’un peu) heureux, le sourire que l’on imaginerait d’un enfant naïf décidant de profiter de tout.

 

Avec ce troisième jour, probablement celui qu’on a le plus aimé, on sait désormais avec certitude qu’on reviendra l’année prochaine !

 

 

 

Toutes les photos du Festival (c) Isatagada ICI

 

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2 réflexions sur “Rock en Seine 2009 : Jour 3

  1. Je crois faire partie des 80% n’ayant pas vraiment eu le même avis et les mêmes sentiments que toi sur ce troisième jour. Notamment sur Metric que j’ai trouvé à mon grand regret beaucoup trop court. Faut dire que j’avais raté l’élysée Montmartre et que je comptais me rattraper sur celui-là. Je confirme pour MGMT que j’ai trouvé effectivement à chier ! J’ai par contre aussi adoré les petits pois (fallait être sourd pour ne pas aimer) et j’attends avec impatiente une sortie cd après c’est vrai une légère mise au propre de leurs compos.
    PS: j’ai suivi mes gosses non contraint ni forcé mais avec beaucoup de plaisir. En fait, on avait préalablement fait quelques compromis pour établir un programme commun. Faut dire aussi que je ne suis pas loin d’être un vieux con avec donc des grands enfants. S’il y’avait un boulet dans l’histoire ça serait plutot moi.
    Je ne crois pas retenter Rock en Seine l’année prochaine. J’irai trainer mes vieux os sur un festival peut-etre plus punk/metal. Donc je ne te dis pas à l’année prochaine puis je pense que l’on se croisera surement avant.

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