Rock en Seine 2009 : Jour 2

 

On se l’est promis, on s’organisera mieux pour cette deuxième journée à Rock en Seine. Moins de vautrage transat, aucune minute perdue sous prétexte de ravitaillement (sandwichs obligatoire – je sais, je sais …– ), beaucoup plus de concerts surtout. En s’étouffant dès l’entrée avec la poussière soulevée par l’armée fantomatique des festivaliers, on se dit aussi qu’on aurait pu aussi prendre des masques tant on en a suffisamment mangé la veille. L’image est assez cinématographique en tout cas : zombies, comptez-vous (on en est, en tout cas !).

Pas tellement inspirés par le rockabilly des Kitty, Daisy and Lewis, la journée commencera avec les français de Cheveu dont le titre Happiness entendu le matin même sur la radio Deezer de Rock en Seine nous a mis l’eau à la bouche. Il faut pour ça faire son deuil des anglais de Noisettes, pourtant décrits par le Guardian comme « le meilleur groupe live de Grande Bretagne ». Tant pis, ce genre de choix fait aussi partie du jeu, et on n’a pas forcément envie de jouer comme tout le monde.

Devant la plus petite scène du festival – celle de l’industrie – on se retrouve donc devant le chanteur possédé du moment (on a cru qu’il allait s’exploser la jugulaire, le garçon). Avec leurs synthés et une guitare, le trio a déjà pas mal roulé sa bosse chez les américains. Dès les premières secondes, essentiellement marquées par des rythmes saccadés et quelques hurlements, on se demande comment on a bien pu les recevoir au pays de Disney et des tubes « mainstream ». Il faut le dire, ce début là est un peu déstabilisant, et on doit s’accrocher à ce qu’on a entendu pour rester. Mais au fil des titres, on apprivoise cette identité du groupe, cette étrangeté. Comme souvent, ce qui sort de l’ordinaire est certes un peu difficile à appréhender, mais quelle fraîcheur dans la musique inventive et incroyablement moderne de ces trois là ! Quelle originalité, quelle subtilité, quelle intelligence même parfois dans la construction des morceaux ! Pas facile d’accès, les Cheveu, mais quelle claque ! Alors on loue Rock en Seine d’avoir effectué pour nous le travail de débroussaillage. En fait, c’est exactement pour ce genre de rencontre qu’on se rend à un festival.

Cheveu @ Rock en Seine par vous

A peine le temps de digérer notre découverte française, et la Cascade nous réclame pour le show des Danois d’Astéroids Galaxy Tour. Le premier contact est visuel, avec une frêle et ravissante chanteuse blonde gracieusement ébouriffée qui nous fait penser à Meg Ryan. Le contact suivant nous rassure en satisfaisant pleinement nos oreilles, car Mette Lindberg balance une voix qui légitime très largement sa présence sur scène. On ajoute un batteur à se faire pâmer les filles, de vraies chansons (on reconnaît au passage le titre Around The Bend qui passe en boucle en radio), une belle présence en live et on obtient un moment, sinon inoubliable, du moins très agréable.

The Asteroides Galaxy Tour @ Rock en Seine par vous
Pas de Jil is Lucky qu’on déjà vu (sans adhérer au style folkeux bobo) à la Flèche d’Or (paix à son âme), et on fonce ensuite du côté de la grande scène pour profiter des tous derniers titres des hauts en couleurs Ebony Bones. On est un peu loin pour être réellement dans l’ambiance, et on arrive trop tard pour avoir une réelle opinion sur la performance du groupe. C’est suffisant néanmoins pour comprendre le sens du « joyeux carnaval visuel et sonore » dont parle le programme, véritable bible de ces trois jours.

Ebony Bones ! @ Rock en Seine par vous
On décide de passer le reste de la journée devant la grande scène pour une succession de trois concerts (les Canadiens de Billy Talent, The OffSpring et Faith No More) qui semble sur le papier justifier le deuil que l’on fait dès lors de The Horrors (dont la référence aux « guitares de My Bloody Valentine » a de quoi pourtant attirer comme un aimant), un Yann Tiersen en version rock (sérieusement ?), et Calvin Harris que l’on avait déjà manqué lors d’une édition précédente (décidément …).

Rock en Seine 2009
Petit moment de flottement avant le set de Billy Talent, on en profite pour faire un sitting dans l’herbe et regrouper les amis dispersés aux quatre coins du festival. Le débriefing va bon train, les avis sont souvent de sens contraire, c’est assez amusant à constater. Une jeune fille inconnue, aux Docs blanches et traits noirs, se plante devant notre ami barbu : « tu sais pas où on peut pêcho ? ». Bah non, y sait pô mademoiselle, désolée. En tout cas il sait qu’il a la tête d’un revendeur désormais. Enorme ! On daube ensuite sur le look des festivaliers, bobos parisiens jusqu’à l’écoeurement … sans s’interroger sur le notre ; classique. Faut –il être jaloux de tous ces étudiants tous plus beaux, minces et jeunes les uns que les autres pour être aussi critique, on se le demande. Une chose est sûre, après le thème anglais massivement présent hier, l’exercice imposé du jour est le port des Rayban Wayfarer, de la couleur la plus flashy possible (« le noir, c’est ringard », slogan à proposer). Si on osait, on dirait qu’on bosse pour la marque et qu’on fait un reportage photo (on n’a pas osé). Quelque soit le style, surtout ne pas passer inaperçu à Rock en Seine : c’est aussi un défilé de mode permanent où le sport national consiste à dévisager son voisin pour, une fois étiqueté, le ranger bien sagement dans sa case. Instinct grégaire quand tu nous tiens …

 


Retour à la musique, car les Billy Talent sont enfin sur scène, et la grande encore, excusez du peu. A en juger par leur mine incrédule, se retrouver là leur semble aussi incongru qu’à nous (la veille, Madness et Bloc Party n’avaient pas eu cet honneur), qui n’avons jamais au grand jamais entendu ne serait-ce que le nom de ces punks rockeurs venus du nord de l’Amérique du nord. Ils sont choux, du coup, les canadiens. Le sourire jusqu’aux oreilles, on dirait que c’est Noël au mois d’août, et qu’il y a des centaines de cadeaux à ouvrir ! Ils le disent, d’ailleurs, que c’est un rêve de jouer sur la même scène que Faith No More. Mieux, le bassiste a un tee-shirt du groupe. Des gosses heureux qu’on vous dit. Et en plus le chanteur a une tronche d’attrape fille ; c’est simple, même ses tatouages sont jolis. Après, la musique, joker. Une sorte de boys band du « punk-rock », pour résumer. Justement, devant nous il y a deux ados d’environ quinze ans qui trippent à mort en faisant le signe du diable bien haut dans le ciel. Ils se regardent avec des étoiles plein les yeux, comme si c’était le summum du bonheur absolu. « Trop rock copain » !


Avec OffSpring qui leur succède, au moins, on s’attendait à du commercial. Il faut dire que le groupe est diffusé en boucle sur les grandes radios américaines ce qui, en général, ne trompe pas. Et puis bon, ça commence, et dès le départ, c’est le feu. On ne peut pas détester tant que ça, finalement. L’ambiance y est certainement pour quelque chose, avec un public qui se réveille et se met à sauter et à pogoter de façon plutôt virile. Moment difficile pour tous les chevaliers servants que l’on voit en nombre sauver leur belle de cette furie générale, le plus souvent archi dépités de devoir quitter l’arène. Impossible de savoir si le but est de calmer le jeu ou pas, mais le set sera ponctué de pauses : un coup Dexter Holland se met au piano pour une ballade à deux balles, un coup c’est un jongleur et un lanceur de ballons qui font entracte. Curieux. Les titres se succèdent, et on est surpris de constater qu’on les connaît presque tous. Alors on continue à sauter bien haut en se disant qu’après tout, il n’y a rien de tel pour évacuer les petites tensions de la rentrée. Allez, quoi qu’on ait pensé des Offspring, il faut reconnaître qu’on a passé un excellent moment au milieu de cette foule joyeuse et déchaînée.

Les Faith No More, tête d’affiche de cette deuxième journée, vont-ils annuler leur concert ? On a beau n’avoir aucun indice corroborant cette hypothèse, on ne peut pas s’empêcher de se poser la question… à force ! Il faut dire que certains n’ont pris leur billet que pour eux et leur grand retour, après onze ans d’absence, et que le pitch du programme fait baver d’envie. En guise de « métal 2.0 », Mike Patton inaugure le set avec un morceau de piano(casio)-bar dégoulinant dans un costume rose guimauve parfaitement assorti à ses cheveux au carré gominés et plaqués en arrière, assorti d’une fine moustache à l’italienne. Suivi, sans transition aucune, d’un titre hurlé qui agresse nos pauvres oreilles : on en prend plein la tronche depuis des heures à vrai dire, et le seuil de tolérance est particulièrement bas. Les aller-retours incessants entre Lionel Richie (on apprécie au passage la reprise d’Easy) et AC/DC épuisent nos dernières ressources. Alors si certains vivront là LEUR concert du festival, on se contentera de reconnaître le niveau exceptionnel des musiciens, notamment du guitariste Jon Hudson, le seul qui nous aura réellement frappé depuis le début du festival.

Essai de boite de nuit avec Les Birdy Nam Nam, qu’on abandonnera de la même façon au bout d’une demi heure, déçu par la légèreté de leur performance malgré une explosion de lights réjouissante.


Le dos en compote et les ampoules au pied désormais ouvertes, il nous faut encore remonter l’interminable côte pavée qui nous conduira à la voiture avec un seul objectif : demain.

 

Toutes les photos du festival sur http://www.flickr.com/photos/isatagada/sets/72157622095768881/

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6 réflexions sur “Rock en Seine 2009 : Jour 2

  1. Je retiens de ton récit de l’après-midi que je n’ai finalement pas perdu grand chose en consacrant ce deuxième jour à Offspring avec lesquels j’ai été comblé. J’ai quand même du ressortir un vieux tube de ventoline périmé après ces efforts poussiéreux. Billy Talent ne m’a pas convaincu malgré mon penchant pour la musique punk et même plus son pétage de cable au début du set pour une histoire de micro qu’il avait lui-même détruit était pas cool du tout. Il s’est heureusement reprit par la suite.
    On a sorti les masques pour le troisième jour ! Ca de plus pour passer inapperçu.

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