Rock en Seine 2009 : Jour 1

Bien qu’ayant boudé l’édition précédente (morcelée et principalement programmée les jours de semaine, quelle drôle d’idée), la perspective de cette nouvelle édition de Rock en Seine était réjouissante, comme un goût de nouvelles vacances après les vacances. Vacances d’été qui plus est, la météo pluvieuse du début de semaine s’effaçant pour laisser la place à un soleil radieux et une bonne vingtaine de degrés. Un temps idéal pour commencer ce festival vautrés dans les transats verts en attendant le concert d’ouverture avec James Hunter. On retrouve les amis, on papote derrière les lunettes de soleil tout en dégustant la belle musique soul que laisse échapper les hauts parleurs de Rock en Seine. J’en suis seulement au café mais nos visiteurs anglais, eux, n’en sont visiblement pas à leur première bière de la journée ; on se demande ce que ça donnera ce soir pour le set d’Oasis pour lequel ils semblent avoir fait le voyage en nombre.

Il est quinze heures passées et toujours pas de James Hunter, si l’on en juge par les hauts parleurs qui diffusent toujours cette même voix à la Ray Charles. Sauf que. Des applaudissements nous font enfin comprendre que cette voix (noire) était bien celle du type (blanc) de la photo du programme. Premier ratage de la journée. Le premier d’une longue série, même si nous l’ignorons encore.

Quitte à jouer les estivants, nous resterons vautrés dans les transats jusqu’à Keane, programmé à seize heures quinze. Tant pis pour Just Jack (déjà vu, sans enthousiasme) et les Tatianas (le nième groupe de la scène parisienne que l’on s’est déjà coltinée toute l’année). De toute façon on est là pour trois jours : il faudra tenir sur la longueur, autant se ménager !

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A l’instar de Coldplay, Keane est le groupe de soupe pop que l’on ne peut qu’aimer sans oser l’avouer. D’autant qu’on leur doit la découverte de Rufus Wainwright dont ils sont fans absolus et qu’ils firent programmer en première partie de leur l’Olympia 2005 (souvenir encore ému) : de quoi leur pardonner pas mal de choses. Pour être objectif néanmoins, il faut reconnaître que les anglais collectionnent les tubes radiophoniques. Quant à la scène, elle nous livre un Tom Chaplin joufflu, rouge de transpiration au bout de cinq minutes, pas vraiment du genre sexy. Et pourtant. Pourtant on a vraiment aimé ! Ces titres aux mélodies imparables, cette voix exceptionnelle, ce chanteur qui court d’une extrémité à l’autre de la scène pour s’offrir au plus de monde possible – peut être d’autant plus sympathique qu’il n’est pas très beau -, ce clavier qui se donne à fond. Peu importe les raisons finalement. On pourrait faire toutes les listes (à charge) que l’on veut, objectives, argumentées, il reste que parfois la magie opère.

Ce soir, Keane nous a touché. Alléluia : La musique offre encore cette part d’irrationnel …

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Plutôt que de voir une troisième fois dans l’année les Gush que l’on ne sauvera que pour son batteur, ou encore Asher Roth sur la Grande Scène (un « MC » prometteur au timbre de voix proche d’Eminem, nous dit le programme), on se promène un peu dans le festival. C’est l’occasion d’en prendre plein les yeux avec l’exposition d’affiches « à l’ancienne » réalisées par des dessinateurs tous plus inspirés les uns que les autres et de faire le tour des stands de cuisine en se demandant quel pays (Afrique ? Mexique ? Liban ? Italie ? ) aura nos faveurs à l’heure du dîner.

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Retour devant la scène de la Cascade à dix-sept heures trente pour les Yeah Yeah Yeahs, très attendus par nos amis. Sur le papier, on nous promet « des guitares cinglantes, des chansons furieuses et un chant sexy ». En live, on a vu une chanteuse déguisée (pour être un artiste « rock électro version fille » en 2009, merci de vous habiller comme un perroquet) donnant un spectacle de danse (ou de poses spéciales photographes, on ne sait pas trop) qui malgré une voix certes belle et un set impeccablement maîtrisé, ne nous a emmené absolument nulle part. Trop de costume, trop propre, pas assez de je ne sais quoi, on n’a pas accroché. Certes, c’est agaçant de passer complètement à côté d’un concert quand on voit que le reste du monde a adoré mais voilà, la musique n’est pas une science exacte.

On repart flâner dans Rock en Seine, où l’on passe devant le stand de SFR sur lequel a lieu un concert là aussi. Peu de monde. Pourtant pas mal du tout (c’était Hold Your Horses, pour la petite histoire). On s’arrête également pour les interviews des « Avant Seine » du jour, Gush et les Tatianas, dont on rappelle qu’on n’est allé en voir aucun. Le leader des Tatianas est sympathique, humble et presque gêné lorsqu’on lui rappelle qu’il a beau faire le modeste, il a quand même déjà ouvert pour Razorlights ou le Wombats ; presque, on regrette de ne pas avoir jeté une oreille sur leur set en arrivant. Gush, en revanche, en la personne de son leader, ne fait qu’alimenter cette impression qu’on avait déjà : arrogant, antipathique, il répond avec un air supérieur lorsqu’on lui demande ce que ça lui fait de jouer devant deux mille personnes, comme si la question était condescendante et qu’ils passaient leur vie en tête d’affiche d’une tournée triomphale. Une vraie grosse tête (à claque) comme on les déteste.

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Il est presque dix-huit heures trente et il faut faire un choix entre Amy MacDonald sur la grande scène et Passion Pit sur celle de l’Industrie, la plus petite du festival. Entre une chanteuse dont l’album s’est vite avéré lassant et une découverte à faire, parrainée par Technikart qui plus est, le choix n’est pas franchement cornélien.

On a bien fait, car le concert nous embarque immédiatement au pays d’une pop jolie et enlevée, menée par un leader aux cheveux romantiques (si si !) et aux faux airs de Sinclair-en-jeune (le garçon a à peine plus de vingt ans) et des musiciens généreux au premier rang desquels un clavier investi au tee-shirt vert bouteille imprimé dinosaure, aussi barré que son look.

La voix est ce que l’on retiendra principalement, complètement androgyne ; affolant. Une chose est sûre, les « post-MGMT » sont bien plus alléchants sur scène que les MGMT eux-même !

On enchaîne avec Madness qui entrera directement dans le vif du sujet avec ses dix musiciens (dont quatre cuivres) et un One Step Beyond qui fera danser tout le public. Morceaux hyper connus ou plus neufs (le groupe vient de sortir un nouvel album), la bonne humeur s’affichera sur tous les visages du début à la fin du set, quelque soit l’âge de son propriétaire.

Et si vous voulez tout savoir, non, il n’y avait pas que des quadras emportés par la joyeuse fête géante de la Cascade. On se demande d’ailleurs qui aurait pu ne pas être emballé par ces gars au sommet de leur forme revenus tout droit d’on ne sait où, et de toute façon, par ce saxophoniste déjanté au point de s’harnacher pour mieux s’envoler dans les airs et d’y réaliser une série de sauts périlleux tout en jouant de son instrument à dix mètres du sol ! A vrai dire, le groupe a tellement convaincu qu’on n’est pas loin du triomphe. Les maîtres incontestés du ska, c’est toujours Madness.

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Passage par la case « toilettes », cauchemar absolu de tout festival qui se respecte. Si on peut louer l’initiative « toilettes sèches », on n’arrive pas à comprendre pourquoi leur nombre reste, toujours et partout, insuffisant. Ainsi on quitte le concert de Madness juste avant le dernier titre pour trouver une file dont on a du mal à trouver la fin pour prendre rang. Le pire restant à venir avec, quelques minutes plus tard et la fin du concert, l’afflux massif de centaines de personnes qui viendront déborder la queue de tous les côtés. On a envie de commettre un meurtre dans ces cas là… sauf qu’il faut garder son énergie pour simplement rester digne ; pour le meurtre, on verra plus tard. Au final, plus de quarante minutes d’attente, on manque Bill Gallahan et on arrive juste à temps pour le dernier titre de Vampire Weekend que l’on verra … de très loin. Au moins, on est resté digne, allez.

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La poisse nous suivra désormais jusqu’à la fin du festival : Quarante cinq minutes de queue pour obtenir un truc à manger (se contenter d’entendre de là les excellents Bloc Party qu’on a heureusement déjà vu cette année et qui ont l’air meilleurs encore ce soir), suivis de l’annonce de l’annulation du concert d’OASIS. Le Tour Manager de Bloc Party avait beau avoir prévenu quelques minutes plus tôt avec un fort accent anglais (« Oasis, ça ne marche pas »), personne n’avait véritablement compris la portée de sa petite phrase, prise pour un joke ou, au mieux, une tentative pour enrayer l’exode des festivaliers vers la grande scène.

Mais à vingt-deux heures passées d’à peine quelques minutes, l’organisation, manifestement écoeurée, monte sur scène pour annoncer : « Malheureusement, à l’instant sur le site de Rock en Seine, Liam et Noel se sont battus. Le groupe – pause dramatique – n’existe plus. Il ne jouera pas ce soir et annule le reste de sa tournée européenne ». Des sifflets s’élèvent du public, encore incrédule. Après les deux années consécutives d’annulation d’Amy Whinehouse, on croit à une blague. Jusqu’au moment où les écrans géants se couvrent d’un encart bleu confirmant la nouvelle, en français et en anglais. Madness a accepté de jouer une deuxième fois, et c’est tant mieux pour tous ceux qui les avaient manqués. Pour les autres, les fans absolus, ceux qui avaient décidé de zapper Bloc Party pour être bien placés devant les frères ennemis, ou encore les anglais venus spécialement pour l’occasion (on en avait croisé beaucoup au cours de la journée), c’est le coup de massue.

Sur le site internet du groupe, Noel explique brièvement : « C’est avec beaucoup de tristesse mais aussi un grand soulagement que je vous annonce que je quitte le groupe Oasis… Les gens écriront et diront ce qu’ils veulent, je ne peux simplement plus continuer à travailler avec Liam un jour de plus.”

Impossible d’enchaîner après ce moment d’une intensité historique absolue (ahah), lequel méritait bien de clôturer cette première journée du cru Rock en Seine 2009.

Cette fois la messe est dite : je ne verrai jamais Oasis en concert.
Mais au risque de se faire lyncher, c’était plutôt marrant, en fait, ce « happening rock ».

Toutes les photos du festival sur le flick’r d’Isatagada 

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5 réflexions sur “Rock en Seine 2009 : Jour 1

  1. Arffff désolée pour Oasis, je les ai vu à Bercy et …. C’est
    probablement pour ça que je n’étais pas allée les voir le
    vendredi et que j’étais allée voir Bloc Party (géniaux vraiment)
    NO REGRET.
    En tout cas super bien écrit !!!

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  2. M’enfin, suffit de bien éduquer ses enfnants 😉 Ou alors de couper le cordon et de les lâcher dans le festival (mes amis ont fait ça; tout le monde était ravi).
    Pour les concerts, je me rends compte avec l’expérience qu’à Rock en Seine c’est souvent un bon choix de s’abonner aux scènes Cascade et Industrie. Mais on a beau faire, cetaines programmations de la grande scène restent difficiles à snobber. Si j’avais fait ça en 2005 pour le concert de Radiohead (l’un des tous meilleurs voire LE meilleur concert de ma vie), je ne m’en serais jamais remise ^^
    C’était vraiment sympa de te croiser aussi 🙂

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  3. Un peu le même avis sur tout et surtout sur Keane et James Hunter sauf que mes choix d’écoute ont parfois été ceux de mes enfants. Me suis donc tapé Mac Donald et le vampire de fin de semaine. J’ai franchement regretté d’avoir écouté les gosses. A part les voix dans les deux cas sans fautes, Amy en blond country soup et Drakula teanager rock sauce créole, j’ai pas prix mon pied. Heureusement te rencontrer à apaisé toutes mes souffrances !!

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  4. Ahhhhhhhhh je sais que tu les adores, désolée mon Aurèl. Mais bon, je trouve ça bien aussi pour ça les festivals : tout le monde peut y trouver son compte sur une scène ou une autre, suffit de se balader
    Big bisous 🙂

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  5. waaaaaaa quequet’ecrit bien!!!!!!! bon je suis pas tout a fait d’accord sur certain truc (hi hi hi )
    les yeah yeah yeahs par ex mais sinon wiiii tout pareil, et c’etait (re) super chouette de faire ca
    avec toi ma belle et ton beau mister abdos kro :p bisous!!!!!

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