U2 @ Stade de France – 12 juillet 2009

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 Quatre vingt quatorze mille personnes s’étaient rendues au Stade de France en ce dimanche soir pour assister à la deuxième représentation parisienne des irlandais. Quatre vingt quatorze mille personnes, et moi et moi et moi. Le gigantisme du chiffre va de pair avec celui de l’installation déployée pour ce « 360° Tour ». Des tonnes d’acier, de câbles, de pixels, d’enceintes, de caméras et de lumières dessinent une sorte de vaisseau spatial de la hauteur du Stade de France qui se serait posé là, au beau milieu de la pelouse. En son centre, une forme hybride de foret-flèche orangée traverse la structure pour se terminer par une immense boule à facettes tandis que plus bas, un écran circulaire construit en nid d’abeille (500.000 diodes pour une projection totale de 24×16 mètres de diamètre) lui sert de jupe. Sur les côtés, d’immenses pattes de fer abritent câbles, spots et caméras, entourant la scène centrale qui compose le sol de cet étrange vaisseau, elle-même secondée par un anneau relié à son centre par deux ou trois ponts amovibles.

Ouvrir pour U2 dans un tel décor terroriserait plus d’un groupe. Pas Kaiser Chief qui a à cœur de montrer qu’il est de toute façon taillé pour les stades et dont le leader passe son temps à fanfaronner « we are Kaiser Chief, remember this name ! » comme si son avenir ne laissait aucun doute. En d’autres circonstances, on lui conseillerait bien de ravaler sa morgue. Exceptionnellement, on lui accorde bien volontiers ce moyen vital de défense, pour ne pas dire, de survie. D’autant que le groupe ne ménage pas sa sueur ni sa générosité et qu’il s’avère être l’auteur de quelques tubes, finalement ! (tâcher de les revoir dans une salle d’une taille raisonnable).

Un peu plus tard, il fait encore jour lorsque Bono, The Edge, Larry et autre Adam investissent à leur tour la scène au son de Breath. Première satisfaction : on les voit. Deuxième satisfaction : la qualité du son est impressionnante – pour être juste, c’était également le cas avec Kaiser Chief.

Que dire de ce concert tant attendu. Très sincèrement, d’abord, qu’on a vu mieux. La taille du Stade de France n’y est sans doute pas étrangère. La set list non plus. Le public est à l’avenant. Bono a beau dire qu’ils sont ravis de cette structure qui leur permet d’être le plus proche possible des gens, on a beau le croire et se dire qu’en effet, dans un tel lieu, il serait difficile de faire mieux, ça n’est pas suffisant. Quelque soit la volonté du groupe à faire le lien ou la qualité du transmetteur, à l’impossible, nul n’est tenu et s’il faut le dire et le redire alors allons-y : pour un public humain, il faut des concerts à taille humaine. Fuyez le Stade de France. Absolument.

La set list, quant à elle, fait la part belle au dernier album dont les titres seront joués en grande majorité. Fatalement, sur un concert de deux heures et une vingtaine de morceaux, il reste peu d’espace pour l’énorme quantité de « bon vieux tubes » pour lesquels les centaines de milliers de personnes se sont déplacées ; surtout lorsque, actualité oblige, il faut caser un hommage à Michael Jackson. Car contrairement à ce qui se fait habituellement pour un groupe plus « neuf », aller voir ces gars là en concert ne veut pas dire venir écouter le dernier disque en date (même lorsqu’on l’apprécie, ce qui ne semble pas être légion), mais bien voir la légende U2. Et qui dit légende, dit titres qui ont fait la légende. Aussi, si One, Pride, With Or Without You , Where The Streets Have No Name ou encore Sunday Bloody Sunday font bien partie de la fête, c‘est un peu maigre pour un concert d’anthologie comme les Cure avaient pu donner à Bercy l’an passé (trois heures sur scène, faut-il le rappeler), l’absence de New Year’s Day restant incompréhensible.

Le public enfin. L’âge moyen n’expliquant pas tout, (qui oserait dire que l’ambiance n’était pas au rendez-vous au récent concert d’AC/DC), on constatera simplement une sorte de mollesse globale et on pourra s’étonner que des gens pour qui U2 était peut-être leur « plus grand groupe du monde », malgré qu’ils réservèrent une ovation au groupe au bout de quelques titres, les laissèrent partir en fin de set sur des applaudissements somme toute assez pauvres.

Le départ du Stade de France se fit donc sur cette impression mitigée.

Et puis les jours succédant aux jours, restent toutes ces choses dont les souvenirs sont faits. Un très beau duo acoustique Bono / The Edge, l’énergie indémodable d’un Sunday Bloody Sunday, le karaoké géant sur Unknown Caller, Magnificent qui tient toutes ses promesses en live, les membres du groupe toujours en mouvement (même la batterie tournait de temps à autre histoire qu’il y en ait pour tout le monde !), et ce feu d’artifice visuel permanent avec, en point d’orgue, l’instant où les alvéoles s’éloignèrent les unes des autres pour étendre l’écran qui descendit ainsi au plus près de la scène.

On retiendra surtout ce sentiment de n’avoir pas vu une mécanique blasée par un succès qui dure depuis plus de vingt ans, mais bien un groupe vivant, avec des individualités fortes, heureux d’être là, qui prend visiblement du plaisir à jouer et s’autorise même des exécutions imparfaites de morceaux sacrés (jolis moments où Bono essaye de chanter comme il l’entend des tubes que la foule chante de toute façon recta-comme-sur-le-disque). Outre un The Edge époustouflant, pas seulement du point de vue du jeu de guitare mais aussi de la voix, U2 reste unique pour son véritable front man, à la fois pénible dans sa façon de mélanger musique, politique (l’Iran, la Birmanie) ou grande cause (le Sida), mais en même très touchant de conviction, très généreux, et qui ose encore (sous entendez  » à son âge « , 50 ans l’année prochaine) s’amuser en imitant le ton saccadé d’un martien avant de quitter la terre : qui peut ne pas aimer Bono ?

 Aussi curieux que cela puisse paraître donc, malgré le temps qui a passé et le monstre commercial qu’il est devenu (ahhh, les remerciements au tourneur, au sponsor, etc) U2 sait toujours faire preuve d’une fraîcheur et d’une authenticité qui emporte la mise.

A quoi bon lutter. Quand on a été ado dans les quatre vingt, difficile de ne pas regarder quelques jours en arrière et de ne pas se dire : Waahhhhhhhh, j’ai vu U2.

En fait c’était vraiment chouette, pour ne pas dire un peu émouvant …

 

PS : Bon à savoir pour une prochaine fois, pour tous ceux qui n’ont pas eu de billet : un tas de gens revendaient leur billet au prix d’ACHAT ! Hallucinant.

Toutes mes photos sont sur http://www.flickr.com/photos/isatagada/sets/72157621567078727/

Je vais avoir une ou deux vidéos aussi, mais pas eu le temps de mettre en ligne encore.

Set list … commentée ! : Breathe, No Line On The Horizon, Get On Your Boots, Magnificent (ma préférée du nouvel album), Beautiful Day (oh YES, it certainly is) / Here Comes The Sun, Mysterious way (spéciale dédicace à Johnny,  » parmi nous ce soir « . Han !), I Still Haven’t Found What I’m Looking For / Movin’ On Up, Angel of Harlem / Man in the mirror / Don’t Stop ’Til You Get Enough (dispensable hommage à MJ), Stuck In A Moment You Can’t Get Out Of (duo acoustique, moment de grâce), In A Little While, Unknown Caller (karaoké), The Unforgettable Fire, City Of Blinding Lights (boule à facettes & laser power), Vertigo, I’ll Go Crazy If I Don’t Go Crazy Tonight (version electro un peu ridicule), Sunday Bloody Sunday (ça gonfle la poitrine), Pride (le SDF hurle :  » in the naaame of love… « ), MLK, Walk On You’ll Never Walk Alone, Where The Streets Have No Name (près de cent mille choristes) / All you need is love, One (dans le noir sauf les lumières en provenance du public,  » séquence…émotion « ) – Encore : Ultra Violet, With Or Without You, Rain, Moment Of Surrender

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