Rufus Wainwright @ La Cité de la musique – 16 juin 2009



Rufus Wainwright @ La Cité de la Musique

Rufus Wainwright sait se faire aimer. La Cité de la Musique avait-elle en ce mois de juin 2009 donné carte blanche à Marianne Faithfull ?, celle-ci fit de lui le 1er invité de son « Domaine Privé ». Avait-il souffert lors de son Olympia dédié à Judy Garland ?, le public le gratifia d’une standing ovation digne d’un artiste entrant dans la légende. Etait-il ce soir, à l’inverse, trop heureux à l’approche de la première de son Opéra pour être suffisamment concentré ?, la salle l’accueillit avec la chaleur qu’on ne réserve d’ordinaire qu’à un ami exceptionnel resté absent trop longtemps.

Paris, Cité de la musique, ce 16 juin 2009. Rufus Wainwright entre sur une scène ornée d’un seul piano à queue, pour entamer le set avec un « I’m going to a town » aux paroles modifiées. Un an et demi après son dernier concert à Paris, le contexte politique est radicalement différent. Depuis l’élection de Barack Obama à la tête des Etas Unis d’Amérique, il n’a plus honte du pays qui l’a vu naître. Plus question de chanter « I’m so tired of you America », remplacé par « Homophobia » ou « California », Etat dont il continue de se moquer avec la chanson du même nom.

Autre changement depuis sa dernière prestation parisienne, le singer-songwritter est désormais barbu. Ce qui lui donne un air de folkeux à la mode et masque ses fossettes délicieuses. Ce qui accentue également la ressemblance avec son père, Loudon Wainwirght « the third », vedette folk américaine que l’on aperçut également dans la série M.A.S.H. Dans les registres « look » et « famille », on exprimera d’ailleurs d’autres regrets : la sagesse du costume d’abord (l’écharpe argentée n’est plus tellement extravagante de nos jours), l’absence de sa petite soeur Martha sur les chœurs ensuite, récurrente depuis qu’elle vole de ses propres ailes.

Il faut dire que Rufus Wainwright a donné de bien mauvaises habitudes. Coutumier des débauches en tout genre, la moindre esquisse de sobriété s’avère plutôt déroutante. La barbe lui donne l’air presque grave et en tout cas bien trop « manly». Le fan serait-il versatile ? Car pour avoir fustigé un temps son côté « too much », il semble qu’il déplore ce soir une presque-normalité. Or le fils Wainwright a ceci de particulier que le suivre, c’est forcément « tomber en amour » pour tout ce qui, précisément, le rend si différent des autres. A force de donner, de raconter sa vie, de réclamer, de faire le pitre, et d’être, « en tout cas » (son expression française préférée), dans l’excès, il a fait de lui même un portrait haut en couleur qu’attend chaque fois un public pas seulement venu applaudir un chanteur, mais bien quelqu’un avec lequel il partage une histoire commune, et (l’illusion d’) une certaine intimité.

Marianne Faithful, qui le reçoit également sur son dernier album, n’est pas la dernière a avoir succombé. Avec elle, il partage un amour pour les textes de Shakespeare dont il jouera ce soir deux compositions, mais aussi un fort attachement au mythique Jeff Buckley. Pour la petite histoire, leur relation commença plutôt mal, par le ressentiment d’un homme à qui New-York fermait ses portes tandis que Jeff Buckley y régnait déjà en star (écouter absolument le « Live @ Sin-é »). Un chanteur aussi beau ne pouvait être que superficiel et peu talentueux. Lorsqu’ils se rencontrèrent, pourtant, ce fut un coup de foudre à la fois artistique et humain, qui n’eut jamais le loisir de se transformer en réelle amitié. On peut croire qu’il ne se remit jamais vraiment du décès précoce de Jeff Buckley ni du temps gâché en stérile jalousie. S’il peut parfois plaisanter à ce sujet (« j’étais jaloux de ses cheveux »), Rufus Wainwright ne manque jamais de faire applaudir Jeff Buckley lors de ses concerts. La Cité de la musique ne fera pas exception à la règle avec ce moment de grâce lors du sublime Memphis Skyline écrit en son hommage, remarquablement émouvant ce soir en piano voix. Quand on sait qu’il emmena longtemps avec lui en tournée Matt Johnson à la batterie et Joan Wasser aux chœurs (respectivement batteur et fiancée du disparu), on a une idée du personnage qui va bien plus loin que sa désinvolture affichée.

Désinvolte, il l’est assurément ce soir. On l’a rarement vu aussi léger, aussi peu tendu. Pas d’album à vendre, mais un Opéra, qui l’occupe manifestement tout entier, et dont il jouera, en exclusivité pour la France, un extrait. Aussi, on passera sur une affreuse guitare et quelques plantages (habituelles occasions de plaisanter avec la salle) pour retenir un Rufus toujours charmeur, à la voix plus exceptionnelle que jamais, profonde et chaude, aussi belle dans les graves que les aigus.

A la sortie, on pourra bien râler quelques minutes – sur un concert deux fois moins long qu’à l’accoutumée, sur sa barbe encore, sur son manque évident de concentration – il faut se rendre à l’évidence : l’homme, même un peu plus sage, reste irrésistible, et le manque s’installe déjà, à en faire mal au ventre.

Décidément, Rufus Wainwright sait se faire aimer.

Article on Le-HibOO.com

Set list (avec, entre parenthèses, quelques « Rufus Quotes » à ajouter à la collection) : Going to a town / Leaving for Paris / Beauty mark / Sans souci (« ça marche mieux avec la barbe ») / Gay Messiah / Grey Gardens / Memphis skyline / Hallelujah (« Thanks God i never heard Jeff Buckley’s version before i did that ! ») / Shakespeare – Sonnets 43 (« je suis entourné de jolies femmes ») et 20 / California / I’m not ready for love / The Art teacher / Zebulon / Cigarettes & chocolate Milk / La complainte de la butte / Les feux d’artifice t’appellent (extrait de « Prima Donna », première le 10 juillet 2009 à Manchester) / Foolish Love
Full audio ICI

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7 réflexions sur “Rufus Wainwright @ La Cité de la musique – 16 juin 2009

  1. Hello isa, merci pour ton commentaire sur mon compte-rendu du concert (http://pierrot-juicebox.blogspot.com/2009/06/rufus-wainwright-special-solo.html). Je dois dire que le tien est remarquablement écrit et traduit parfaitement ce qu’on a vu à la cité de la musique ! Désolé pour « Mempis Skyline », ce n’est pas une de mes préférées de Rufus… En tout cas, peu importe les petites imperfections et autres ratages du chanteur lors de ce concert, ils le rendent au contraire très humain. Un concert parfait serait sûrement moins passionnant, d’autant plus que Rufus sait en jouer à la perfection. Pour « Prima Donna », je ne peux malheureusement pas aller à Manchester… Mais je compte sur les petits veinards qui auront cette chance pour nous faire un super compte-rendu !!! J’attendrai en trépignant un passage a l’opéra de paris ! et vivement son album piano-voix !!!

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  2. Merciiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii pour les vidéos. J’ai un aperçu de ce concert. Il revient quand en France pour une tournée ? quoi je rêve ? et alors la vie est faite de rêves sinon elle serait bien terne.
    Bizzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz
    Valy

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  3. C’est l’amour inconditionnel isa. What else ? Ca ne se commande pas ^^
    Mais au delà de ça, j’ai eu des retours de gens qui le voyaient pour la première fois et ils l’ont bien aimé. La guitare était atroce, mais le reste értait plutôt drôle, il a pas mal parlé ce qui le rend toujours aussi spécial (c’est loin d’être le cas de tous les artistes en concert; pour en voir beaucoup, la plupart d’entre eux jouent leurs morceaux et s’en vont, et quand tu as gouté à autre chose – du Rufus – par exemple, c’est hyper frustrant !), et surtout, tu n’as pas trouvé que sa voix était franchement impressionnate ? Honnètement, je le redis : je l’avais rarement vu aussi en voix ! Peut être parce que l’Opéra lui donne plus la possibilité de la reposer alors que la plupart du temps, on le voit au beau milieu d’une tournée à rallonge (d’ailleurs, il me semble que toute sa vie n’est pas tellement autre chose qu’une immense tournée !!!)…
    Crois moi, Rufus EST exceptionnel « anyway »
    isatagada

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  4. Je suis désolée mais je ne vous suis pas là-dessus, nous avons vu des imperfections et des ratages attachants mais là ça ne passe pas.
    bbmm

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  5. Tu sais quoi ? je pense que finalement, j’ai toujours aimé les gens et les artistes plus pour leurs défauts que pour leurs perfections. C’est bien ça qui m’attache en fait 🙂

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  6. Merci Isa pour les souvenirs média 😉
    Oui, Rufus sait se faire aimer ! on a beau être troublé par ses défauts, ses perfections l’emporteront toujours ! Il est tellement attachant…
    Bises
    Eline

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