Jonatan Cerrada au Sentier des Halles

Dans la monde politiquement correct de la musique, il y a pire que de soutenir Thierry Amiel, et c’est d’aller voir Jonatan Cerrada en concert.

La vérité vraie : je n’ai jamais aimé son style de chanson. En revanche, je l’ai toujours aimé lui.

Sûrement mon âme de maman devant ce môme de 17 ans (à l’époque de la première saison de la nouvelle star, souvenez vous, il y a cinq ans déjà), loin de sa famille et de sa Belgique, massacré par les médias et les critiques des donneurs de conseils en tout genre.

Ca avait commencé dès les 1ers primes de La Nouvelle Star où sa façon de danser en sautillant partout était tournée en ridicule, notamment par DD Manoukian et sa « fête de la bière » (ma foi, j’aurais sans doute pu lui conseiller – ou plutôt lui déconseiller – une ou deux petites choses en 2008, concernant la sortie d’un certain livre par exemple …). Et ça n’avait pas arrêté ensuite : il était si bête de filer son numéro de portable aux fans, de se disperser en jouant dans la série Un Dos Tres, il n’aurait jamais du faire l’Eurovision, et j’en passe…

Lui encaissait, restait souriant, confiant. Parfois c’était franchement too much néanmoins. Comme ce jour, la sortie du Parisien et l’article comparant son album à un « plat de tapas avariés ». Comme cette période aussi où, relâché dans la nature par sa maison de disque, sa maigreur m’avait frappée.

Je n’ai jamais compris qu’on s’acharne à ce point sur un gamin aussi généreux, aussi touchant. Je me suis toujours demandée comment il n’y avait pas plus de suicides, comment ces systèmes pouvaient mâcher, digérer puis recracher cette jolie chair si précieuse, si magnifique d’enthousiasme, sans payer le prix fort (rappelons ici que sa maison de disques avait vendu 250 000 exemplaires de son premier album).

Je pensais à mes propres enfants, à la magie de l’enfance en général, à cette heureuse innocence, si précieuse, soit disant chérie par les médias à travers le monde.

Bien. Il faut être cynique et accepter. Question de survie. Beau message.

J’essaye toujours de ne pas suivre cette ligne facile de l’adulte pour qui le naïf est ridicule, mais je suis comme tout le monde. Alors j’ai pris mes places au dernier moment (j’aurais eu une excuse si ça avait été complet mais ça n’a pas été le cas), et je suis allée voir Jonatan Cerrada avec mes deux enfants comme imparable prétexte.

Durant les premières chansons, j’ai eu le cœur gros de le voir se produire dans cette toute petite salle (120 places assises, 600 sur cinq jours), en pensant aux espoirs qui avaient du naître de cette victoire de 2003.

Lui, semblait stressé mais heureux et, entre deux chansons, évoquait sa Belgique qui lui manquait, sa famille, sa joie d’être là. Il parlait beaucoup, présentant presque chacun de ses titres : «  un dimanche comme ça  », son préféré du deuxième album, hommage à ses grands parents qui lui avaient donné l’amour de l’Espagne et appris la langue ; «  Mon Paradis  » et la fierté qu’il avait ressenti de pouvoir écrire pour la B.O d’un film («  Robots  » des studios de la 20th Century Fox), «  Con los anos que me quedan  », reprise de Gloria Estefan, et l’enregistrement studio qu’il s’était payé à l’âge de 16 ans, cadeau d’anniversaire pour sa grand-mère.

Mais hormis le brillant «  Ruban Noir  », l’épisode musical restait académique, ampoulé, enfermant le bouillant jeune homme dans une retenue criante. 

Vint ensuite la présentation du troisième album à venir ( » Tercero « , tout en espagnol) et une transformation radicale. Détaché du français et de ses restrictions (ne pas chanter trop fort, ne pas bouger trop, penser droit, rester classe), la bonne humeur de la fête latine lui offrait enfin un terrain de jeu idéal. Dans cette cave voûtée qui ne comptait pas une place libre, le public était debout et dansait. Lui pouvait enfin s’amuser et pousser sa voix. Un immense et lumineux sourire lui mangeait le visage.

Quant à moi, je pouvais largement adapter cette tirade du film champion du box-office «  Bienvenue chez les Ch’tis : quand on va voir Jonatan Cerrada on pleure deux fois : une fois en arrivant (de le voir «  seulement  » là, le pauvre !), et une fois en partant (de le voir «  toujours  » là et surtout heureux, après tout, MERDE !).

Je lui souhaite bon vent.

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5 réflexions sur “Jonatan Cerrada au Sentier des Halles

  1. J’avoue que je n’apprécie pas trop non plus qu’on fasse passer Jonatan de cette façon pour le petit Caliméro de service. Bien sur qu’il a du beaucoup souffrir à 17 ans de ce massacre médiatique qu’il a subit pendant de nombreux mois.
    Le plus dur n’a sans doute pas été pour lui que ça vienne des médias, mais que ça ait été à la base orchestré par ce jury qui ne tarissait pas d’éloges envers lui pendant le concours, et qui brusquement a retourné sa veste pour d’obscures raisons sur lesquelles je préfère ne plus me pencher.
    Que ça vienne d’M6 qui rejetait son propre gagnant.
    Que ça vienne de BMG qui ayant toutes les cartes en mains avec ce jeune artiste de talent pour le promouvoir a laissé passer toutes les occasions les unes après les autres visiblement volontairement en le tirant vers le bas plutôt que de l’aider.
    Les choses ne se sont pas passées loyalement c’est évident et un jour on en saura peut-être un peu plus là-dessus.
    Ca a été très dur pour lui, pour son entourage, pour ses fans …. Et là j’en sais quelque chose moi qui avais choisi ce jeune gagnant, voté pour lui du haut des mes plus de 35 ans comme des milliers d’autres personnes, et encaissé avec lui tout le mépris qui lui est tombé dessus, qui nous est tombé dessus par la même occasion, en plus des manipulations et des mensonges.
    Mais Jonatan est un battant. Il a de la force et du courage. Il n’a pas pour habitude
    de se plaindre et de s’apitoyer sur son sort. Inutile donc de le victimiser de cette façon.
    Dire « qu’il en est seulement là, le pauvre’ » c’est méconnaitre la vérité.
    Car jamais Jonatan n’a perdu son public. On l’en a éloigné volontairement.
    On pourrait le plaindre de cette façon s’il avait reçu d’une façon normale, au vu de son bilan précédent et de ses concerts suite à son premier album, aux succès bien réels, puisque souvent sold out en France ET en Belgique, une tournée lors de son retour avec son second album et si cette tournée avait été, en totalité ou en grande partie annulée faute de public. Mais ça n’a pas été le cas.
    Il n’a PAS eu de concerts tout simplement. Et personne ne peut prétendre savoir dans ces conditions ou en est son public.
    Tout a été manipulé aussi au niveau des ventes.
    L’exemple de ce qui s’est passé en Belgique où on n’a laissé son album que trois mois dans les bacs, souvent mal présenté, est très criant. Mais je ne vais pas m’étendre actuellement là-dessus. Ce serait trop long.
    La chose qui est très claire, c’est que dés qu’il a été libéré de la chape de plomb que faisait peser sur lui BMG, Jonatan a donné un premier concert au Forum de Liège, annoncé seulement moins de deux mois à l avance, et que le succès, le triomphe de ce concert ne peut être contesté, car un DVD qu’on peut d’ailleurs se procurer à son fan club, en atteste. Pendant deux heures après ce concert il a signé des autographes à un public enthousiaste, admiratif et follement heureux de le retrouver. Un public venu de partout. De très loin parfois. Du sud de la France, mais aussi d’Allemagne, de Suisse ……
    Combien de jeunes artistes débutants, après un tel massacre médiatique et plusieurs années de totale absence des médias y seraient arrivés. On le disait, ou plutôt on faisait croire surtout, qu’il avait disparu. Quelle erreur.
    Bien sur qu’il a choisi le « sentier des halles » une petite salle pour son retour à Paris.
    Il ne peut pas prétendre à de la promo sur les radios, en télés, ou dans les magazines d’une façon professionnelle. Il peut juste compter sur le net, un public fidèle pour répandre la nouvelle, quelques articles sur des sites bien définis.
    Et pour remplir de grandes salles il faut sans doute une belle promo quand on est un jeune artiste débutant, d’autant plus quand on a fait l’objet surtout à Paris d’un véritable lynchage organisé..
    Et même sans ça et dans des conditions normales ce n’est pas évident.
    On a vu ce que ça a donné pour Thierry Amiel dont la tournée avait été pourtant très médiatisée et qui a eu la chance, et tant mieux pour lui d’ailleurs, de n’avoir jamais reçu que des éloges et du soutien.
    On sait que des artistes confirmés qui vendent énormément annulent des dates également. C’est très fréquent à l’heure actuelle.
    Ce choix de cette petite salle était judicieux et réfléchi et on peut dire que ce test, car c’en était un, il l’a franchi haut la main et que le succès, pour ne pas dire le triomphe à nouveau, de ces premiers concerts à Paris ne fait aucun doute.
    Dés son arrivée sur scène Jonatan entre de plein pied dans son album espagnol avec le torride « un amor » qui met le feu à la salle. C’est assez contradictoire avec certains propos que j’ai lu plus haut qui parlent de retenue avant la présentation de son album Tercero mais bon ce n’est pas grave.
    Les concerts où j’ai eu la chance et le bonheur d’être présente c’était la folie.
    C’est bien une réalité.
    C’était aussi l’émotion et les larmes aux yeux sur certains morceaux car Jonatan est devenu, bien plus encore qu’au moment du concours et de ses 17 ans, un interprète émouvant et assez exceptionnel.
    Sans doute les épreuves lui ont donné cette profondeur qui a bouleversé à plusieurs reprises le public et l’a fait spontanément se lever pour l’applaudir, des acclamations qui n’en finissaient pas et faisaient chaud au cœur.
    Il faut savoir aussi que rien que pour le vendredi et le samedi on a refusé plus de 400 personnes.
    Non, il ne faut vraiment pas prendre en pitié Jonatan.
    L’avenir est à lui. On va seulement commencer à en parler.
    Il est jeune, talentueux, généreux et plein de charme et de gentillesse.
    Il rend tout son public heureux.
    Une des plus belles qualité de ce jeune artiste, cette faculté de rendre heureux avec sincérité et simplicité grâce à son talent et cette totale envie de donner qu’on perçoit si bien chez lui et qui éclaire tout.

    sophie

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  2. C’est une de ses qualités la persévérance . Il me semble vu sa personnalité (combatif comme un taureau) que l’espagnol lui va mieux. Même si ce n’est pas ma tasse de thé, je lui souhaite bon vent.

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  3. J’ai assisté à son concert hier soir. Quand j’ai entendu la dame derrière moi déclarer « il ne mérite pas ça quand même ! » je me suis dit qu’elle avait raison. Pourtant, il ne faut pas se leurrer, et donc pas le prendre en pitié: Jonatan Cerrada n’a pas d’actualité, son album est seulement en préparation. Alors réussir à faire des concerts sans nouvel album, sans promotion, même si c’est dans des petites salles, c’est une très bonne chose. Il faut aussi se rappeller que sa victoire remonte à cinq ans, entre temps les gamines de 15 ans qui avaient des photos de lui au mur ont grandi et l’ont forcément un peu oublié. Et puis une petite salle c’est toujours plus intime et facilite la rencontre avec le public.
    Tout ça pour dire que même si nous, « fans » fidèles ou un peu moins fidèles, ça nous fait mal de le voir passe de l’Olympia au Sentier des Halles, lui a toutes les raisons de s’en satisfaire largement.

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  4. Trop bien ton CR ! Surtout ta référence au film « bienvenue chez les ch’tit »
    Moi non plus c’est pas ma tasse de thé Jonatan, mais j’ai une tendresse pour lui aussi comme pour beaucoup de la nouvelle star 1 d’ailleurs! C’était comme une grande famille !
    Et moi aussi je lui souhaite beaucoup de bien.

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