Rock en Seine 2007 – Jour 3

Il est des hasards parfois, qui n’en sont certainement pas. De ceux, par exemple, qui ont fait que j’étais présente ce dimanche dès 14h devant la scène de la cascade pour écouter les Bat For Lashes tout début d’après midi. Alors que tout était fait pour que je passe à côté. Leur nom complètement inconnu, leur musique également, l’horaire de programmation surtout (14h, c’est bien tôt pour un concert). Alors quoi ? Par quel miracle a t’il fallu que sur les 45 groupes ou artistes présent à Rock en Seine, les seuls dont j’ai eu le temps d’écouter un extrait aient été les Bat for Lashes ? La réponse est forcément une évidence : La Magie. Et c’est bien normal après tout, puisque ces filles là sortent tout droit du pays des fées. On n’est pas obligé, d’ailleurs, d’aimer ou pas ce genre d’univers (les costumes, les maquillages) pour se laisser prendre au charme des compositions et de la voix enchanteresses de la brune Nathasha Khan, anglo-pakistanaise émigrée à Brighton. Et pour ma part j’ai vécu là mon plus beau moment à Rock en Seine, envoûtée sûrement car sinon, comment expliquer ces larmes contre lesquelles je n’ai pas pu lutter et qui ont coulé ensuite, et jusqu’à la fin du set ?

Deux claviers et deux violons, ou encore, des clochettes et un tambour ont servi – entre autres – d’écrin à la voix bouleversante de la chanteuse qui oscille entre Björk, Kate Bush ou Cat Power,  » mais en plus … « .  » En plus  » je ne sais pas bien quoi, d’ailleurs, mais tant pis ! Sur le moment, c’est ce que j’ai envie de dire tant l’émotion me saisit. Je repense à d’anciens ressentis sur This Mortal Coil, avec cette sorte de grâce aérienne et de pureté en plus, comme débarrassé du côté un peu malsain de ce genre d’ambiance. C’est magnifique mais pas dépressif. On pleure mais on ne reste pas centré sur soi. On se sent partir dans un genre de transe indienne qui accorde à la nature, aidé par les martèlement du tambour ou du bâton. On a les yeux et les oreilles grands ouverts, tout entiers tendus vers elle et de ces instants sublimes qui vous arrachent au temps et au monde, il est pas question d’en perdre une miette : il est si rare d’être émerveillé à ce point…

Les Housse de Racket me pardonneront – ou pas -, mais il est brutal de passer d’une fée à un tennisman. Difficile, dans l’état dans lequel je suis, de recevoir favorablement leur humour ( » on est super contents de jouer en première partie de Björn Björk ! « , les claviers sont rebaptisés  » Roland Garros « ), leurs déguisements (visière et bandeau en mousse au poignet inclus), leur  » concept album  » (ils vont raconter l’histoire de superstars du tennis) ou leur musique électro-pop-funk. Il paraît qu’ils bossent dur pourtant, qu’ils ont étudié le piano, les percussions et la guitare classique au conservatoire, qu’ils savent lire la musique, même qu’ils ont fait la première partie de Phoenix. Moi je reste plantée là, un peu hagarde encore après avoir flotté dans un tel coton, bien incapable d’être  » cool  » devant ces types branchés chic colorés et de recevoir leur musique pour danser. J’écoute pourtant, j’essaie de rester, je prends les photos de toute façon … Mais non, vraiment pas.  » Allez, c’est naze, on y va « . A l’impossible nul n’est tenu.

La musique plutôt tzigane de Devotchka ne me parle pas des masses non plus. Pourtant j’avais adoré la B.O. de  » Little Miss Sunshine « . Là encore c’est une histoire de goûts, la world musique peut illustrer magnifiquement certaines atmosphères mais en concert il faut aimer le genre, ce qui, à ma grande honte, n’est pas mon cas. D’ailleurs il y a trop de soleil (que c’est bon de pouvoir s’en plaindre !), c’est l’heure de faire une pause et de s’installer dans un transat pour boire une petite bière bien fraîche à l’ombre des parasols. On entend de loin la musique soit-disant R’n’B de Kelis, qui me semble bien plus mélodique pourtant, voire funk. Tant pis après tout c’est dimanche, et j’ai la flemme de me relever !

La pause dure plus longtemps que prévu, et seuls les Kings of Leon que je ne connais encore que de nom me décident à quitter ma bienheureuse retraite. Ces américains de Nashville, presque inconnus pour moi, ne le sont manifestement pas pour tout le monde : leur mySpace affiche à l’heure où j’écris pas moins de 1 839 905 visites pour plus de 164 067  » amis « . Impressionnant ! Ceci dit je n’ai absolument pas conscience d’être devant un groupe aussi énorme au moment où le concert démarre. Ce qui ne dure pas, compte tenu de la qualité du set qui m’embarque très rapidement : dans la catégorie rock, voilà sans hésitation le meilleur concert du festival ! Fabuleux ! Tous les ingrédients sont présents : une authenticité qui ne fait aucun doute, une musique qui ne ressemble pas à celle du groupe de rock voisin, des membres charismatiques (trois frères et un cousin) qui jouent ensemble et prennent leur pied sur scène, un leader (Caleb Followill) habité à la voix sensuelle, aiguë ou encore déchirée (et souvent les trois à la fois). Il y a aussi cette densité palpable de tous les instants, avec cette impression d’être toujours aiguisé, sur le fil, tendu, au bord de la rupture même parfois. Sans parler d’une basse excellente, de riffs de guitare non consensuels, d’une batterie qui s’éclate, et même, d’un échange avec le public, avec cette fragilité affichée du chanteur qui doute encore, qui s’excuse de sa voix  » broke  » et demande à la foule de l’aider sur certains morceaux (et honnêtement sa voix reste fabuleuse).  » Coquetterie mal placée  » dira quelqu’un, quant à moi j’ai entendu le malaise du mec qui doit jouer devant des milliers de personnes avec la voix justement cassée ce jour là. Touchée. Et encore un peu plus par l’aveu qu’il nous fait de sa mauvaise humeur, que le retour d’un public enthousiaste lui aura fait oublier. Je suis peut-être bien trop fille, séduite aussi par la gueule d’ange aux cheveux désormais coupés, ou alors bien trop naïve ; tant pis ! Une chose est certaine : l’album  » Because of the times  » fera très bientôt partie de ma discothèque, et je vais guetter leurs prochains concerts en France. Les Kings of Leon ou comment se réconcilier tout à fait avec Rock en Seine, ou avec le rock tout court d’ailleurs. Merci.

La tronche heureuse de Just Jack ne parvient pas à me faire passer la déconvenue que m’inspire sa musique. Je n’avais pas échappé à son tube  » Writer’s block « , mais je ne le pensais pas à ce point R’n’B’. Sa choriste (très belle voix), sosie de Diam’s, et sa gestuelle de gentil rappeur achèvent de me déconcerter. Si à présent le funk, c’est ça … Musique ultra positive donc, je suis d’accord. Mais son sourire est devenu une telle marque de fabrique, que j’espère pour lui qu’il lui est resté naturel. N’empêche que je me pique au jeu et saisis comme les autres les fameuses lunettes en étoiles que le public chaussera pour chanter  » Starz In Their Eyes  » … on est peu de choses !

Je reste devant la scène de la cascade pour accueillir les compositions de Craig Armstrong, incontournable au cinéma. Moment de flottement pour les photographes accrédités, avec des musiciens (trois claviers et une basse) très en retrait vers le fond de la scène, dans une lumière quasi inexistante et une fumée qui masque le peu qui reste.  » Trois chansons – c’est la règle dans la plupart des concerts -, ça sent mauvais « , dit l’un deux alors que les appareils-photo pendouillent encore à la fin du premier morceau. Heureusement, deux jeunes femmes viennent illuminer la scène de leur présence et de leur voix, et sauver de peu nos témoins du jour. Pour le reste les morceaux sont fatalement mélodiques, mais ne suscitent pas l’émotion attendue.

La très polémique Björk sonnera pour moi la fin de Rock en Seine 2007, pour ce qui restera dans les esprits plus un spectacle son et lumières qu’un concert. Lasers à gogo, pluie d’or, armée de cuivres et palme de l’inventivité électronique (ah ces fameux cercles sonores, si seulement j’avais pu les voir de près !) sont au rendez-vous pour celle dont les derniers albums ont été tant décriés. Si je lui reconnais une folie et une voix hors du commun, je fais mon possible pour accrocher sans parvenir toutefois à m’envoler très haut. On aime ou on déteste, toujours est-il que j’aurais tendance, en ces temps où l’on confond musique et produit de supermarché, à apprécier que survivent le plus longtemps possible des oiseaux rares de cette espèce, encore capables d’une telle créativité. Car dans un milieu de plus en plus formaté, prendre des risques et faire passer l’art avant tout devient l’exception. Dans le genre génies fous et incontrôlables, la prestation de l’incroyable islandaise ne fera malgré tout aucune ombre au souvenir des Radiohead, qui avaient clôturé d’une inoubliable façon l’édition précédente.

J’entreprends pour la dernière fois l’ascension de l’interminable côte pavée qui restera gravée dans les esprits et les pieds de beaucoup. Vingt-cinq concerts en trois jours, avec ses déceptions, ses confirmations et ses révélations. Ses frustrations aussi, puisque horaires de programmation obligent, avec ses trois scènes, je n’ai forcément pas pu tout voir de Rock en Seine. Mais on pourra polémiquer tant que l’on voudra, il n’y a vraiment qu’en festival que se trouvent concentrées autant de musiques et de découvertes sur une période aussi courte. Mission accomplie.

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2 réflexions sur “Rock en Seine 2007 – Jour 3

  1. Ahhhhhh tu les connaissais et tu ne m’avais pas pourri avec, mais pourquoi tant de haine ???? 😉
    Et pas de nouvel appareil photo non, j’espère toujours mais bon là ça fait une dizaine de jours donc …On nous en avait prêté un, un Canon Power Shot G7 : Zoom X 6 en optique qui allait jusqu’à X24 en numérique. Un régal ! Mais pas de diffusion sur Hexalive vu que nous n’avions pas d’accrédit … J’ai les BOULES !!! A très vite.

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  2. des bisous mon isaaaaaa..contente que tu es aimée les « Bat For Lashes »..car c’est surtout un groupe a voir sur scene…j’aurai vraiment aimé les voir ..donc merci infiniment pour ces magnifiques photos…ahhh…bjork…on aime ou on n’aime pas..moi suis assez fan…au fait nouvel appareil photo????? 😀 des bisouuuuuuus!

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