Rock en Seine 2007 – Jour 1

Il est toujours agréable d’entrer en voiture dans le parc de Saint-Cloud, tel le chatelain en son domaine; on attend presque les domestiques en livrée à l’arrivée devant le chateau.

La réalité nous rattrape assez vite, car les châtelins sont pléthore en cet après midi nuageuse mais sèche. La sécheresse, néanmoins, caratérise plus le ciel que le sol. Ô bonheur, je vais enfin faire mon premier festival dans la boue !

Rock n Roll

Rodeo Massacre

Début des festivités sur la scène de la cascade avec le groupe Rock and Roll, assez inconnu « et qui le restera » ajoute Alain qui ne semble pas apprécier non plus. A vrai dire j’ai déjà tout oublié de leur prestation une heure plus tard. « Rodéo Massacre », jeune groupe francilien leur emboîte le pas, pas seulement en ce qui concerne l’horaire mais aussi pour le désintérêt total qu’évoque leur musique à mes oreilles. Lookés branchouille, ils n’ont pas grand chose d’autre à vendre …

Je commence à me demander si je ne suis pas en train de virer vieille-conne-blasée, et je ne suis pas loin de penser que je viens du même temps que les « Dinosaur Jr » dont les cheveux longs du du leader Jay Mascis sont devenus gris. Ceux là font du bon vieux rock qui envoie me dis-je en écoutant leurs guitares noisy bien lourdes. Moué, je me sens un peu désespérée. Il doit quand même une alternative autre que le jean slim ou la Harley …

Je me dirige donc avec espoir vers la grande scène où « Mogwai » est programmé à 17h, horaire bien étrange pour ce genre de musique. Je plaque tout le monde pour m’incruster au troisième rang. Pour ceux-là je veux être dedans, histoire de mettre toutes les chances de mon côté si jamais ils parvenaient à me faire décoller. Et soulagement, c’est le cas ! Avec leurs trois guitares plus une basse et une batterie, les « Mogwai » me font tout oublier. Ce n’est pas trop tôt ! Je ferme les yeux, je me laisse remplir des vibrations et c’est parti pour le voyage. Zéro communication avec le public, attitude autiste garantie sur facture. La communion ne se fait que paupières baissées, passeport obligé d’un voyage d’une rare intensité. Ecouter l’album c’est une chose, mais recevoir cette musique là physiquement, la laisser vous remplir, c’en est une autre. Fantastique.

Je flotte encore un peu pour « The Shins », qui finit de me réconcilier tout à fait avec le festival. Ces américains indie nous livrent une pop folk à la fois mélancolique et dansante qui me plait tout à fait. Je pense un peu aux Guillemots que j’adore; malheureusement, au bout de trois morceaux j’ai l’impression d’en avoir entendu assez …

C’est l’heure d’avaler quelque chose pour ceux qui ont faim, et de se promener un peu dans les allées du festival. La mode est aux collants et aux bottes, personne n’arrive à croire qu’il ne pleut toujous pas, et c’est vraiment le miracle de Rock en Seine cette année. Mais la pluie diluvienne de ces derniers jours rend le sol gadouilleux et glissant; il faut éviter les mares dans tous les coins et surtout les festivaliers couverts de boue qui vous courent après pour vous faire payer votre photo !

« Emilie Simon », en comparaison, est toujours aussi propre. Elle a l’air tout droit échapée d’un conte de fée, avec sa robe blanche constellée d’étoiles noires et son chignon de princesse. Elle est sublime, loin des obscenités sexistes que des abrutis se mettent à hurler à son entré sur scène. Sa musique expérimentale est aussi jolie à regarder qu’elle, avec ses bruits d’eau entre autres. Tellement joli et propre que c’est un peu trop justement. Trop joli et trop propre.

Retour sur la grande scène avec « The Hives » et son leader mégalo Pelle Almqvist qui a la parole facile. Il interpelle sans arrêt le public : « This song is great. Do you agree with me ? Doo you agree with yourself ? Cause I agree with myself ! And when I agree with myself, let me tell you, this is gonna be great !!! ». Du grand n’importe quoi, qui d’habitude m’agace et finit cette fois par emporter mon adhésion. Ce type là a besoin du public, ce type là VEUT l’assentiment du public (« why are you so quiet french people ? »), et il ira le chercher, ce qui est finalement très touchant. D’autant qu’il l’obtiendra en fin de compte, avec une musique « garage pop » (ce n’est pas moi qui l’invente, c’est le journal du festival, mais le terme est assez bien senti !) qui a, en tout cas, fait danser tout le monde et créé une ambiance de bonne humeur et de fête à un festival qui en avait bien besoin.

Fin de cette première journée avec les très attendus « Arcade Fire » de Montréal, qu’on ne présente déjà plus. Outre le couple de chanteurs Win Butler (avec dans le visage un mélange de Marlon Brando et d’Elvis, jeunes évidemment) et Régine Chassagne, ils sont huit à partager la scène, soit 10 artistes pour la plupart multi instrumentistes (guitares, piano, accordéons, violons, tambours, …) dans un joyeux bordel qui embarque tout le monde. On ne sait plus ou poser les yeux ou les oreilles dans ce spectacle festif où chaque protagoniste en fait plus que sa part comme en témoigne par exemple une violoniste que l’on surprend à hurler les paroles alors même qu’elle n’a aucun micro. Tant de fête et de bonheur d’être sur scène sont fatalement communicatifs, et les « Oooooh oh oh oh oh oh oh, oh oh oh oh oh oh oh, oh oh oh oh oh oh oh, oh oh oh oh oh oh oh » du public accompagneront la sortie des festivaliers longtemps après le départ de la troupe, après toutefois un rappel amplement mérité. Mis à part l’ambiance, il est vrai unique, je n’arrive pas à hurler au génial comme beaucoup. Je leur reproche toujours de me donner l’impression que je vais à mon tour partir en vrille, avec la frustration chaque fois d’être arrêtée dans mon élan sans bien savoir pourquoi …

Unkle – Burn My shadow featuring Ian Astbury (The Cult)

Unkle – Rabbit in your Headlights featuring Thom Yorke (Radiohead)

Fin de cette première journée, alors que j’entends sur le chemin le son de « Unkle » que j’avais complètrement oublié et qui me fait regretter amèrement de ne pas être devant eux … Thom Yorke, Ian Astbury ou Richard Ascroft, qui ont tous prêté leurs voix à ces compo fantômatiques et planantes ont eu plus de discernement que moi … Au moins à présent, je sais qu’ils existent et après tout, n’est-ce pas ce que l’on attend aussi d’un festival ?

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12 réflexions sur “Rock en Seine 2007 – Jour 1

  1. Wahou ! Ça réagit sec à tes critiques, ici, Isa, c’est probablement le signe que ta parole compte !
    C’est assez amusant, je farfouille différents sites pour lire les réactions des uns et des autres et ce qui a enthousiasmé les uns fait tourner les pieds à d’autres… Mais après tout qu’importe ! Chacun ses goûts et personnellement, j’assume totalement, en tant qu’amateur peu averti, mes choix, qu’ils soient en phase avec la critique ou pas (ben oui, le génial Arcade Fire n’a pas encore trouvé grâce à mes yeux non plus).

    Je me souviens être passé sur ton site l’an dernier, pour RES 2006.
    Faudrait ptête que je repasse un peu plus souvent.

    Pour ceux que ça intéresse, mon vendredi à moi est là :
    http://commeuneimage.hautetfort.com/archive/2007/08/27/rock-en-seine-demenage.html
    (mais c’est mon dimanche qui édifiera les foules)

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  2. @ Puffy4President : That’s what’s great about music : there are as many bands as tastes. I wouldn’t imagine a world where everyone’d hear the same music : how boring ! I’m listening right now to the CD of « les avant scène » where Rodeo Massacre has a song on and i still don’t like it. Sorry.
    About « assez inconnu » i wrote that ! But « et qui le restera » are not my words …
    About The Hives and Arcade Fire, I don’t totally agree but i’m not so far.
    Writing for Rolling Stone magazine ? I wish … If I were i would get paied for all the time spent on all this ! 😉
    Thank you for reading my stuff anyway, I wish you the best music to your ears …

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  3. Couldn’t agree less with your comments. Rodeo Massacre were one of the very few bands that stood out for me, and with none of the huge stageshows of the other acts: a simple look, a good sound and a great energy from a young band. Props to them.
    Arcade Fire – jump on the bandwagon…what a dull act…you find yourself trying to like them, but all the time, you just wish they would stop. And after the power of the Hives they just didn’t cut the mustard.
    Also what kind of reaction do you expect when you write « assez inconnu « et qui le restera » »? You’re hardly writing for Rolling Stone magazine…

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  4. Et oh !
    « virer vieille conne » : isa se posait cette interrogation dans son compte rendu à des fins humoristico-éditoriales ! pas la peine de l’insulter non plus.
    De toute façon, lorsque l’on pond un truc de ce genre-là :

    « tu ne comprends rien à la musique »

    C’est qu’il y a un détail qui vous passe à 10000 lieux au dessus de la tête :
    Il n’y a rien à comprendre en Musique. Beaucoup s’y sont essayé, et beaucoup s’y sont cassé le nez.
    La musique c’est de l’émotion, c’est subjectif, c’est du voyage pas cher mais inoubliable, c’est aimer autant la pluie que le soleil etc etc..
    (je suis mauvais, je sais, je ne suis pas un artiste !)
    Personnellement, je n’aime pas trop ce qu’écoute ISA, mais j’aime son univers, sa façon de parler..
    Alors voilà, sans rancune également..

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  5. Le problème en musique c’est qu’il y a tellement de choses … « Faute » je suis d’accord. Et encore, c’est un peu sec : « erreur » aurait suffit sans doute. Mais « grave », allons allons ! La musique c’est encore plus sérieux que je ne le pensais on dirait 😉 L’essentiel est que je sache finalement qu’ils existent, non ? Car finalement j’aurais – je l’espère pour eux et pour moi – très certainement l’occasion de me rattraper …

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  6. Juste pour te dire que louper Unkle (même qu’après Arcade) est une faute grave… et que pour rentrer encore mieux dans Arcade dès le début tu aurais dû faire un détour par 2 Many DJ’s au set excellent comme à l’habitude, et qui a surtout bien chauffer les esprits avant l’événement Arcade Fire!!!

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  7. Et oui Thierry Amiel pour un truc qu’il a et que vous n’avez pas pour moi : une capacité à transmettre une émotion. Je vous épargne la liste des autres artistes que j’aime, si vous l’avez trouvé lui c’est que vous avez aussi trouvé les autres et que EUX, vous paraissent « musicalement correct ».
    Etre artiste s’est s’exposer. Surtout en festival. Accepter de ne pas plaire à tout le monde. Aucun ressenti en musique n’est universel.
    Sans rancune et bon vent.

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