« Un miracle en équilibre » – Lucia Etxebarria

Eva vient d’avoir une fille et décide de lui écrire une lettre. Pas question qu’elle soit une étrangère pour celle-ci comme elle découvre que sa mère l’était en fin de compte pour elle. Pas question non plus de prendre de gants et de raconter le politiquement correct des choses. La maternité, l’allaitement, la famille, le désamour de soi, l’alcoolisme, la mort d’une mère, la reconstruction sont ainsi passés à la moulinette sauce Extebarria. Avec beaucoup d’humour au départ, et puis, peu à peu, une gravité qui prend toute la place : celle d’une vie qui n’épargne personne.

Morceaux choisis :

« Par dessus le marché je voulais être punk, et une punk qui se piquait de ne pas ressembler à la fille du centerfold de Playboy, étant donné que la nature, pour comble de malheur, m’avait faite blonde. […]. Et dans l’inconscient collectif, une blonde avec de la poitrine ne peut être qu’une idiote finie. […] je me figurais que si j’étais née plate, svelte et brune comme soeur Laureta, j’aurais pu plaire à des intellectuels, à des artistes, à des hommes moins attirés par ce qui est montré que par ce qui est suggéré, à des êtres raffinés au lieu d’être condamnée à me taper le genre de rustres qui s’intéressaient à moi. […] Première loi de la Rustrodynamique d’Eva Agullo : la taille des seins est inversement proportionnelle au quotient intellectuel des hommes que l’on attire grâce à eux. »

«  Car enfin qu’est-ce que l’amour, sinon une invention ? Non, je ne parle pas de l’amour que je ressens pour toi, ni de celui que je ressens pour ma mère, c’est à dire ce sentiment qui se construit peu à peu, qui est contradictoire mais stable car il repose sur un ciment très solide, mais de celui qui provoque vertiges, euphorie, perte d’appétit, ainsi que le besoin vital de quelqu’un d’autre, un sentiment comme celui par exemple, que j’avais ressenti pour le CMN et qui était, même sur le moment, une illusion, un produit de la chimie du cerveau, de l’ocytocine et de ma propre imagination […] qui avait projeté comme sur un écran blanc toute mes carences, mes frustrations et mes besoins, et appliqué une sorte de vernis sur l’objet de mes illusions […] Je n’étais pas amoureuse de ce fameux musicien noir, seulement subjuguée, transportée, trompée, trompée aussi par moi-même, attirée par le fait que le monde l’aimait, que des milliers de gens achetaient ses disques, que des portiers des clubs chocs le reconnaissaient. Je supposais, dans un coin de ma tête, que sa séduction serait contagieuse, que tant que je serais à ses côtés, j’obtiendrais sans effort l’approbation des autres, par osmose, par simple contact. […] j’aimais les musiciens pour ce qu’ils représentaient : l’énergie, le mouvement, l’exaltation, et je croyais que toutes mes chances de bonheur résidaient dans ces qualités qui contenaient une promesse de changement. Et à l’époque, je n’aurais même pas remarqué quelqu’un comme ton père qui incarnait leur exact contraire : la tranquillité, le calme, la paix … l’immobilité.  »

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