Rio Baril – Florent Marchet

Tout arrive ! J’ai fait de mon mieux pour simplifier au maximum, et faire à peu près court. Alors okay, ça coule plus facilement, tout ça. Mais je ne sais pas, je trouve que ça n’a plus vraiment d’âme … Ce qui me rend un peu tristoune. C’est comme moi et comme le temps … Le résultat, en tout cas, est sur Hexalive.com

Allez, comme c’était écrit de toute façon, je vous livre la version longue, illisible et torturée qui fait que je suis vraiment moi … mais n’a trouvé grâce aux yeux d’aucun de mes lecteurs-testeurs .

 

Photo Rod @ www.le-hiboo.com, allez vous promener sur son site !

Chroniquer, finalement, c’est une vraie responsabilité. Quand on aime c’est pire parce qu’enfin : on voudrait tellement donner l’envie … Dans ce monde où tout va si vite, c’est une sacré chance de pouvoir s’arrêter un moment et de prendre le temps ; il y a tant de choses à voir, à faire, à écouter, que c’est un luxe tout même. Ce serait magique de pouvoir transmettre à d’autres un peu de ce que l’on a reçu … Surtout quand on vient de tomber sur un album rare …

Genèse de l’histoire : Au début de tout cela, comme souvent, un bouche à oreille chez mes amis, surtout en provenance ceux qui aiment Polar, et Domique A (tiens ! ce dernier prête sa voix sur l’album). Et puis surprise, plus tard, lorsque Anthony Fletcher en fait la pub pendant son concert : vous voyez ça souvent, vous, un artiste qui vend l’album d’un autre ? Moi non. Alors, je le mentionne sur mon blog.

Pourtant, je résiste.

Peu de temps après, mon chef à HEXALIVE me dit : « au fait, j’ai vu que tu avais mentionné Florent Marchet dans ton blog et justement, on cherche quelqu’un pour le chroniquer, ça te tente ? ».

Enfin, je cède.

C’est marrant, d’ailleurs, de chroniquer un album : le label vous envoie le disque, il vous abreuve de coupures de presse tandis que de votre côté, vous passez un temps fou sur le net à dénicher des infos supplémentaires.

De fil en aiguille vous apprenez qu’il est du Berry, que son actuelle référence absolue est Sufjan Stevens, que des dénicheurs de talents comme Beauvallet ou Lenoir l’ont distingué depuis longtemps, que  » Rio Baril  » est son deuxième album et que pour le premier, il avait été nominé pour le prix Constantin.

A ce stade, vous avez déjà écouté l’album deux ou trois fois. Vous continuez à parcourir la doc accumulée (une bonne centaine de pages, il faut faire ça sérieusement) et puis, c’est drôle, les morceaux sont en train de vous devenir familiers. Forcément, vous tendez l’oreille un peu plus et les éléments se mettent en place ; les clés de lecture s’accumulent. Car c’est bien de lecture dont il s’agit, avec les images que fait naître Florent Marchet, aidé en cela par l’écrivain Arnaud Cathrine.

A présent que le décor est planté de ces quelques incontournables, il est grand temps de tourner les pages de ce concept album qui se déguste tel un mille-feuille, si riche finalement qu’on ne sait plus par quel bout le prendre. Il faudrait pouvoir tout dire, ne rien omettre ; ça donne le tournis !

En 15 tableaux qui oscillent entre Zola et Stendhal, Chabrol et Dupontel, Florent Marchet fait avec Rio Baril la peinture rageuse et désabusée d’une société aussi détraquée qu’étriquée, dans un monde où tout est joué d’avance. Depuis l’ouverture et ses grands espaces façon western américain (Le Belvédère et son clin d’oeil à Ennio Morricone) jusqu’à la fanfare du village qui clôt l’album (Tout est oublié), on suit donc le parcours de l’enfant de province pour qui l’horizon devrait être infini mais dont on sait, immanquablement, qu’il échouera. Ce chemin désespéré, qu’il a tracé pour mieux le dénoncer sans doute (  » Qu’est-ce qui nous manque / C’est pas l’envie «  ), Florent Marchet l’a jalonné de trésors artistiques tels qu’à eux seuls ils brilleraient assez pour rendre l’espoir d’une possible lumière.

Les images sont fortes. Parmi elles, l’éternelle poésie de cette photo du gamin allongé dans l’herbe ( » vert fluo « ), sous un ciel que l’on imagine bleu et peuplé de nuages aux formes d’animaux étranges ( Il fait beau ) même si le cliché, aussitôt, se déchire.

Les textes sont parfois crus et font mouche, appuyant là où ça fait mal. Ainsi le rêve inavouable (  » La 4L de mes parents / Qui Patine et qui dérape / Il n’y a aucun survivant «  ) qui naît de l’indicible blessure d’une enfance violée ou encore, le récit du destin que l’on scelle malgré cette conscience aiguë de l’impasse (  » Elle voudrait lui apprendre / Deux ou trois gestes tendres / La main, les cheveux / Reste si tu veux  » ). Certaines paroles tirent carrément vers l’absurde ( Les Cachets :  » Si vous êtes enceinte : avortez ! « ) et disent l’échec tragiquement banal d’une vie (la perte de sa jeunesse, l’amour que l’on ne ressent plus, l’inévitable dépression) devenue trop douloureuse pour la traverser sans anesthésie. D’autres jouent sur les mots avec une ironie mordante (  » La mairie a d’ailleurs décidé de les abattre – je veux dire les arbres – «  ). D’autres encore sont d’une simplicité cruelle (  » Ce soir là, je n’avais tout simplement pas envie d’être seul avec elle «  ) et enfin, tous portent cette affirmation du vulgaire que concentrerait à elle seule On n’a rien vu venir (avec les voix de Dominique A, Philippe Katrine et Jasmine Vegas) et son accumulation de lieux communs.

On ne sait pas trop finalement, si cette médiocrité là, Florent Marchet ne lui porte pas une certaine tendresse. : n’est-elle pas, aussi, ce qui fait notre humanité ?

La musique, on s’en doute, est à la hauteur du message et de la littérature. Ainsi, l’homme est multi-instrumentiste et passionné de classique comme le serait un Rufus Wainwright en version française, en plus contenu également, sur l’utilisation des cuivres notamment, ou celle d’un orchestre symphonique (ici celui de Sofia, dont il dit s’être senti gêné des tarifs dérisoires). Avec Dionysos, il partage les sonorités d’instruments plus insolites et nous laisse à entendre ici un banjo, là un mélodica ou un très à la mode ukulélé, et puis plus loin, allons donc, un kazoo ? ! Parfois aussi, des arrangements plus dépouillés nous laissent nous attarder sur une phrase de guitare aux accents de Jeux Interdits ou sur un violon moqueur.

Oui c’est entendu, il y a du Souchon dans le style et dans la voix (La Chimie, surtout), mais l’accumulation des articles qui le mentionnent est presque agaçant. Ce n’est pas tant la référence d’ailleurs, que la réduction qu’elle sous-entend. S’arrêter à l’équation Marchet = Souchon équivaudrait à passer à côté de Marchet et décidément, ce serait dommage. Parce que du Marchet que dire … ça vaut le détour. Ne serait-ce que pour les titres qui relèvent plus de la lecture musicale que de la chanson, et qui font qu’on écoute de toutes ses forces les mots et les intonations. Je suis bizarre, sans doute, mais je me régale absolument de « Les tuyas viennent d’être taillés par un type de la mairie » et ses accents enfantins (Il fait beau) comme de « d’ailleurs lui non plus ne m’a pas rappelé » (35 ans) et sa suite, où l’on voit poindre le pêtage de plomb.

L’album peut être écouté au premier, second ou troisième degré, peu importe, car chacun peut y trouver son compte. En tout cas c’est intelligent, ce qui reflète bien son auteur dont on sent qu’il évolue sans arrêt sur plusieurs niveaux à la fois : il créée et s’auto-critique, vit et s’analyse, etc …

Du caviar d’album à consommer sans modération !

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5 réflexions sur “Rio Baril – Florent Marchet

  1. Ohhhh merci mille fois. Sincèrement. Je crois que c’est le plus beau compliment que l’on puisse faire, et sans aucun doute aussi la plus belle récompense qui soit. Je ne regrette pas d’y avoir passé autant de temps du coup 🙂

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  2. je n’écoute que rarement la musiqu,e j’en suis resté au disco et au bon vieux rock des année 80, mais la avec ce que vous avez écrit, sur ce chanteur, cela me donne envie d’entendre ce qu’il chante.
    merci
    moi aussi je vous vois beaucoup sur le blog de Marie Héléne et Sonia,ces deux jeunes femmes sont super.
    cela m’a donné la curiosité de venir voir ce que vous écrivez..

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